TransCanada dépose l’étude d’impact du pipeline Énergie Est

La décision de TransCanada de déposer une étude d'impact a mené à l'annulation du BAPE déjà entamé sur le projet.<br />
 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La décision de TransCanada de déposer une étude d'impact a mené à l'annulation du BAPE déjà entamé sur le projet.
 

TransCanada a déposé ce lundi l’étude d’impact de son pipeline Énergie Est au gouvernement du Québec. La pétrolière, qui a complété l’étude du plus gros projet industriel privé de l’histoire de la province en six semaines, dit agir ainsi « dans un esprit d’ouverture et de collaboration ».

Comme convenu avec le gouvernement Couillard, TransCanada a finalement accepté en avril dernier de se conformer de façon « volontaire » à la procédure québécoise d’évaluation environnementale. En vertu de la législation, l’entreprise albertaine a donc produit une étude d’impact sur son projet de pipeline, qui doit parcourir le territoire du Québec sur plus de 650 kilomètres.

Par voie de communiqué, la pétrolière a annoncé lundi qu’elle a remis « le premier volet » de son étude d’impact, qui comprend un total de 10 chapitres. Ceux-ci traitent notamment des aspects suivants : description du projet, description du milieu récepteur, évaluation des impacts, gestion des risques d’accidents, mais aussi protection de l’environnement, surveillance et suivi.

Exit les GES

L’étude n’a pas à tenir compte des émissions de gaz à effet de serre imputables à la production pétrolière qui circulera dans le pipeline, à raison de 1,1 million de barils par jour. Le gouvernement du Québec ne l’a pas exigé.

Selon une compilation du Centre québécois du droit de l’environnement publiée la semaine dernière, l’étude demandée par Québec aurait laissé en suspens plus de 800 questions liées au projet, des questions pourtant soulevées dans les mémoires qui devaient être déposés au BAPE qui a été annulé en avril.

Fait à noter, TransCanada n’a pas déposé lundi l’ensemble de la documentation requise dans le cadre de l’étude d’impact de son pipeline destiné à exporter du pétrole de l’Ouest. « Tel que convenu avec le ministère, l’analyse des risques technologiques requise par le gouvernement du Québec, et qui fait partie du chapitre gestion des risques d’accident, est en cours et qu’elle sera ajoutée à l’étude d’impact, une fois complétée », a précisé l’entreprise dans un courriel.

BAPE à venir

Qui plus est, le ministère de l’Environnement devra analyser l’étude déposée afin de vérifier si celle-ci répond aux questions formulées par le gouvernement. Une fois qu’elle sera jugée complète, elle pourra être rendue publique, en vue de l’étude du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement prévue cet automne.

Québec avait demandé dès novembre 2014 à TransCanada de se conformer aux dispositions de la loi québécoise, ce que la multinationale a refusé de faire jusqu’à tout récemment. TransCanada estime en effet que la décision de construire ou non le pipeline Énergie Est appartient uniquement au gouvernement fédéral. Le pipeline Énergie Est doit effectivement être soumis à une évaluation de l’Office national de l’énergie et une décision dans le dossier est attendue pour 2018.

Confronté aux refus répétés de l’entreprise albertaine, le gouvernement Couillard avait même décidé, en 2015, de mandater le BAPE pour qu’il étudie le projet sans avoir en main d’étude d’impact, contrairement à ce que prévoit la législation depuis 1980. Il a par la suite accepté que cette étude soit menée en seulement six semaines, alors qu’un tel processus devrait normalement nécessiter plusieurs mois de travail.

Pipeline en 2020

TransCanada espère commencer la construction de son pipeline d’ici environ deux ans, afin qu’il soit en exploitation en 2020 ou 2021, et ce, pour au moins 40 ans. Il transportera chaque année plus de 400 millions de barils de pétrole.

Le pipeline Énergie Est franchira, au Québec, plus de 860 cours d’eau, dont plusieurs rivières qui servent de source d’eau potable. Il traversera aussi plusieurs terrains privés, puisque plus de 2000 propriétaires terriens sont concernés par le tracé de la pétrolière.

Il s’agit du plus important projet de pipeline en Amérique du Nord. Selon les données actuellement disponibles, quelque 80 % du pétrole des sables bitumineux et du Dakota du Nord qui circulera chaque jour dans le pipeline sera directement exporté, notamment vers les États-Unis et l’Europe.
 

Consultez notre dossier sur Énergie Est : le projet de la controverse

8 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 6 juin 2016 13 h 57

    Un exemple de transparence! Quelle farce.

    Après avoir pendant des années refusé de déposer la moindre étude en clamant que cela relevait du fédéral et ne regardait pas les provinces, voilà que TransCanada bousille le BAPE et s'entend avec le gouvernement pour déposer un embryon d'étude bidon bâclée en six semaines où il manque la section sur les risques! Franchement.

    Comme si on ne voyait pas qu'eux et le gouvernement se moquent éperdument des citoyens en autant que leur projet d'un autre siècle aille de l'avant. Dans cette affaire le Quebec est décidément le dindon de la farce alors qu'il ne récoltera rien sauf les risques. Le gouvernement actuel est de loin le plus servile et à genoux que nous n'ayons jamais eu. Face à tant de couillardises même Duplessis doit se retourner dans sa tombe, ce qui n'est pas peu dire.

    • Louise Collette - Abonnée 6 juin 2016 14 h 45

      Je n'aurai pas mieux dit Monsieur Plante, rien à ajouter à votre commentaire sinon que je n'en veux pas de ce projet, comme de nombreux Québécois d'ailleurs, aucun profit, aucun bénéfice, que des risques...

    • Pierre Lalongé - Inscrit 6 juin 2016 17 h 36

      Tout mon appui à Bernard Plante pour ce commentaire.
      Trop de risques pour notre eau potable

    • Louise Nepveu - Abonnée 6 juin 2016 22 h 29

      Et que dire de la pub frénétique vantant les "retombées pour le Qc (sic)" omniprésente sur les sites internet? Du lavage de cerveau à grande échelle! Pendant que la crise de l'eau touche de nombreuses régions du globe, peut-on se payer le luxe de compromettre notre plus grande richesse?

    • Brigitte Garneau - Abonnée 7 juin 2016 12 h 36

      Posons-nous objectivement la question (ce que le gouvernement et les pétrolières ne sont pas capables de faire) : Qu'est-ce qui est le PLUS IMPORTANT? L'EAU (la vie) ou LE PÉTROLE (l'économie)?

  • Mireille Frenette - Abonnée 7 juin 2016 13 h 50

    Agir

    Il faut participer massivement à toute initiative de protestation contre Énergie Est, encourager la Fondation Coule pas chez nous et lire le livre de d'Éric Pineault "Le piège énergie est" paru en avril chez Écosociété

  • Lyna Lepage - Inscrite 7 juin 2016 14 h 18

    Tout a fait d'accord averc Louise Nepveu... dans les prochaines décennies, l'enjeu le plus important de la planète ce sera l'eau potable... pas le pétrole dont on ne cesse de gonfler les soi-diant réserves!

  • Pierre Asselin - Abonné 7 juin 2016 21 h 45

    Prévoir .......

    Tout va être mis en œuvre par TranscCanada et le gouvernement libéral pour nous faire avaler de force ce projet .
    Sondage bidon et biaisé, campagne de relations publiques , stratégie de marketing vicieuse , désinformation , faux enjeux
    Tout ce qu'il faut pour diviser le plus possible la population
    On s'est mis dans la merde comme jamais parçe tout l'accent a ete mis sur le pétrole et il faudrait continuer .....on se moque de nous
    C'est triste , mais celà prend des Quebecois pour accepter de se faire marcher dessus comme ça Jamais une autre province accepterais un tel projet sur son territoire sauf l'Alberta ........800 cours d'eau , 700 km de pipeline ......