Québec reste sourd aux demandes de Gaspé

Même si le rapport de l’évaluation environnementale stratégique (EES) de la filière des hydrocarbures semble plaider en faveur d’une étude du BAPE pour le projet de Pétrolia à Gaspé, le gouvernement Couillard n’entend pas donner suite à cette demande répétée depuis plus d’un an par la Ville, a appris Le Devoir.

Le rapport de l’EES portant sur l’ensemble de l’industrie des énergies fossiles publié sans préavis la semaine dernière conclut notamment que le gouvernement « devrait favoriser l’acceptabilité sociale des projets » d’exploration et d’exploitation.

Pour ce faire, Québec devrait notamment tenir compte des différentes visions du développement territorial, améliorer les processus de consultation des populations concernées et impliquer les communautés locales dans l’implantation des projets. Le document de 220 pages, fruit de deux années de travaux et de consultations, insiste aussi sur la nécessité d’établir des mesures de contrôle en matière d’utilisation des infrastructures municipales.

Autant de constats et de recommandations qui militent, selon le maire de Gaspé, Daniel Côté, en faveur d’une étude du projet Haldimand de Pétrolia en vertu du processus d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement, soit le processus menant à un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

« Cette recommandation, si elle était mise de l’avant par le gouvernement, assurerait que le projet Haldimand soit soumis au BAPE avant son éventuelle mise en exploitation, s’il y a lieu. Il s’agirait d’un gain important pour nous et nous demandons au gouvernement d’aller de l’avant avec cette recommandation », a-t-il fait valoir la semaine dernière, en entrevue au journal Le Pharillon.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le maire de Gaspé réclame un BAPE sur le projet Haldimand. Le mois dernier, il justifiait de nouveau sa demande au gouvernement en soulignant au Devoir que l’idée de voir un jour une exploitation pétrolière sur le territoire de Gaspé « divise profondément la population ». Selon lui, il est clair qu’il n’y a actuellement pas d’« acceptabilité sociale » pour le projet. Il faut dire que le puits Haldimand 4, où Pétrolia mène actuellement un test de production de plusieurs mois, est situé à 350 mètres d’un secteur résidentiel de Gaspé, et à moins de cinq kilomètres du centre-ville.

Refus de Québec

Or, malgré les demandes répétées de Gaspé et les conclusions du rapport de l’EES, le gouvernement Couillard n’entend pas mandater le BAPE pour qu’il étudie le projet de Pétrolia, selon ce qui se dégage des réponses transmises au Devoir.

Est-ce que le gouvernement entend mandater le BAPE pour qu’il étudie les projets pétroliers et gaziers en développement en Gaspésie, dont celui de Haldimand ? « Notre priorité est de garantir la sécurité de la population et la protection de l’environnement. Notre gouvernement est aussi sensible aux inquiétudes exprimées par la Ville de Gaspé », a simplement répondu le cabinet du ministre de l’Environnement, David Heurtel, dans un courriel transmis trois jours après avoir reçu les questions.

Le bureau du ministre s’est justifié en rappelant qu’il a adopté un Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection, mais aussi qu’il a commandé une étude hydrogéologique pour le secteur du projet Haldimand. Le rapport de cette étude, a indiqué le cabinet de M. Heurtel, conclut que les sources d’eau du secteur ne seraient pas menacées par l’exploration et l’exploitation de pétrole.

On a également fait valoir que le projet Haldimand ne nécessiterait pas de fracturation hydraulique, et ce, même s’il s’agit d’un forage horizontal et que Pétrolia a déjà mené, par le passé, des « tests d’injectivité » dans le secteur. Ces tests consistent à fracturer la roche du sous-sol.

Le ministère de l’Environnement a par ailleurs dit qu’il « suit de près les activités afin de s’assurer que la santé et la sécurité des personnes ainsi que la qualité de l’environnement soient préservées. Il est présent sur les sites aux étapes-clés des travaux. Le respect des lois et règlements est obligatoire et les activités de forages sont encadrées ».

Les résultats des EES doivent servir de base à l’élaboration de la première loi québécoise sur les hydrocarbures. Le dépôt du projet de loi est prévu d’ici l’été, en théorie. Cette loi doit permettre d’ouvrir la voie à l’exploitation de pétrole et de gaz au Québec. Si le gouvernement Couillard se montre très réticent aux forages sur l’île d’Anticosti, il est très ouvert aux projets qui se développent en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent.
 

Consultez la carte du site Haldimand

 

Consultez notre dossier sur les énergies fossiles du Québec

Oui à la fracturation

Même s’il se montre très réticent à l’idée de permettre des forages avec fracturation sur l’île d’Anticosti, le gouvernement ne ferme pas la porte au recours à cette technique d’exploitation pétrolière et gazière au Québec. Dans une réponse transmise au Devoir, le cabinet du ministre de l’Environnement, David Heurtel, a toutefois indiqué que de tels forages nécessitent « une autorisation » en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement. On a également souligné que « l’encadrement du processus », qui peut servir à exploiter du pétrole ou du gaz de schiste, sera « assuré » dans le cadre de l’adoption de la future loi sur les hydrocarbures. D’autres règlements devraient émaner du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, a-t-on précisé.
4 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 6 juin 2016 08 h 26

    La cassette libérale, encore et encore

    Alors que la population est profondément divisée sur la question, tout ce que le ministre Heurtel trouve à leur répondre est sa fameuse cassette insipide. Quelle méprise de la population et de ses préoccupations. Si Gaspé se nommait Westmount je parie qu'on tiendrait un autre discours.

    À la décharge du ministre insipide, il faut admettre qu'il ne doit pas être facile tous les jours de devoir faire semblant de défendre l'environnement lorsqu'on agit pour un premier ministre pro-pétrole qui vous utilise en tant que faire-valoir. Dans une telle situation, posséder un visage à deux faces devient probablement une question de survie...

  • Tim Yeatman - Abonné 6 juin 2016 08 h 56

    C'est vraiment jouer avec les mots!

    "On a également fait valoir que le projet Haldimand ne nécessiterait pas de fracturation hydraulique, et ce, même s’il s’agit d’un forage horizontal et que Pétrolia a déjà mené, par le passé, des « tests d’injectivité » dans le secteur. Ces tests consistent à fracturer la roche du sous-sol."

    Pas de "fracturation hydraulique" mais des "tests d'injectivité" qui consistent à fracturer la roche. Non mais, on nous prend pour des valises, ou quoi??!!??

    Johanne Dion
    Richelieu, Qc

  • Robert Beaulieu - Abonné 6 juin 2016 09 h 43

    Le gouvernement des compagnies.

    Le gouvernement, financé avec notre argent, travail avec et pour les compagnies au détriment de l'environnement donc de la population. Pour favoriser les profits des corporations au détriment du bien commun on se sert des institutions ''démocratiques'' de façon abusive et on impose les projets toxiques à l'aide de désinformation. Ce n'est pas une théorie, ça s'appelle un complot. Le terme Orwellien ''test d'injectivité'', comme le mentionne avec raison M. Shields fait référence à la fracturation de la roche du sous-sol. C'est une façon malhonnête de décrire des explosions souterraines et l'injection sous très haute pression de liquides toxiques dans le sol qui vont affecter de façon prévisible l'eau des puits environnant.
    Le ''Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection'' ne protège pas l'eau souterraine justement. Il a été adopté récemment à la demande des industries d'hydrocarbures pour outrepasser la volonté des municipalités qui ont un règlement spécifique pour protéger leur eau.
    ''Le respect des lois et règlements est obligatoire...'' Pas de problèmes, ils sont fait sur mesure par les lobbyistes de l'industrie.
    La structure de notre démocratie fonctionne à l'encontre du bien commun. Nous pouvons faire beaucoup mieux.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 7 juin 2016 09 h 09

      Tout à fait! Rien à rajouter...