Québec n’a pas de portrait précis de l’utilisation des pesticides

La quasi-totalité des semences de maïs et environ la moitié des semences de soya sont traitées avec des néonicotinoïdes .
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir La quasi-totalité des semences de maïs et environ la moitié des semences de soya sont traitées avec des néonicotinoïdes .

Même si les pesticides posent des risques sérieux pour la santé humaine et l’environnement, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) ne fait pas de suivi adéquat de leur utilisation, conclut le commissaire au développement durable dans son rapport rendu public jeudi.

« Le MDDELCC n’a pas de portrait complet de l’utilisation des pesticides pour le milieu agricole, ce qui limite la précision de son calcul des indicateurs de risque pour la santé et l’environnement », souligne ainsi le commissaire Jean Cinq-Mars.

À titre d’exemple, la majeure partie des néonicotinoïdes utilisés pour enrober des semences « n’est pas comptabilisée dans le bilan des ventes ». Or, la quasi-totalité des semences de maïs et environ la moitié des semences de soya sont traitées avec ces insecticides. L’Autorité européenne de sécurité des aliments reconnaît pourtant clairement que ces produits vendus librement au Québec pourraient affecter le cerveau humain et le système nerveux. Ces néonicotinoïdes sont par ailleurs montrés du doigt pour expliquer l’effondrement des colonies d’abeilles, ce qui pose un risque majeur pour toute l’agriculture.

Ventes en hausse

Le commissaire au développement durable note par ailleurs que l’augmentation des ventes de pesticides « se poursuit », alors que « les indicateurs de risque » qui y sont associés étaient à la hausse en 2014.

Le gouvernement Québec avait pourtant promis en 2011 de réduire le recours aux pesticides de 25 %, et ce, d’ici 2021. En 1992, le gouvernement avait aussi promis de réduire leur présence de 50 % avant 2002. Chaque fois, ce fut un échec puisque les pesticides ont connu une hausse marquée au cours des années.

Une enquête de Radio-Canada a révélé en octobre dernier que malgré la volonté affichée par le gouvernement du Québec de réduire la présence des pesticides dans l’industrie agricole, leur utilisation a plutôt connu une croissance de 27 % entre 2006 et 2012. Au même moment, les surfaces cultivées reculaient.

Le ministre de l’Agriculture Pierre Paradis avait réagi à la diffusion de cette enquête en affirmant que les géants de l’industrie des pesticides, dont la multinationale Monsanto, sont en fait à « plus puissants que le gouvernement du Québec ».

Cours d’eau affectés

L’utilisation accrue des pesticides a évidemment des impacts concrets sur l’environnement, indique par ailleurs le rapport de M. Cinq-Mars. En effet, la qualité de l’eau des rivières testées en milieu agricole se dégrade. « Des pesticides, parmi ceux les plus susceptibles de nuire à la santé et à l’environnement, se trouvent parfois dans les rivières à des concentrations qui dépassent les critères déterminés pour protéger la vie aquatique. D’ailleurs, l’indicateur suivi pour évaluer la qualité de la biodiversité indique un état « précaire » ou « mauvais » dans plusieurs rivières. »

Pire, des pesticides « sont détectés en faible concentration dans l’eau potable ». Et ce ne pourrait être que la pointe de l’iceberg, puisque des pesticides « que l’on trouve fréquemment dans l’eau des rivières et dont les concentrations dépassent les critères qui ont été déterminés pour protéger la vie aquatique, commencent à peine à être testés et les résultats ne sont pas publiés ».

Qui plus est, souligne le rapport publié jeudi, « un nombre restreint d’aliments sont testés et la présence de certains pesticides largement utilisés au Québec n’est pas évaluée », et ce, alors que « l’impact sur la santé de la présence de plusieurs pesticides différents en même temps dans un aliment est peu connu ».