L’exploitation du pétrole se ferait en accord avec les cibles, dit Heurtel

Le ministre de l’Environnement David Heurtel
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le ministre de l’Environnement David Heurtel

Si le Québec ouvre la voie à l’exploitation des énergies fossiles de la province, celle-ci devra se faire en accord avec les objectifs du gouvernement en matière de lutte contre les changements climatiques, a soutenu mardi le ministre de l’Environnement David Heurtel.

Au lendemain de la publication des rapports des évaluations environnementales stratégiques (EES) sur les hydrocarbures, Québec solidaire a interpellé le ministre au cours de la période des questions, mardi.

La députée Manon Massé a ainsi souligné que les rapports des EES concluent que l’exploitation d’éventuels gisements de pétrole et de gaz risque de compromettre les efforts du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques. Dans ce contexte, a-t-elle demandé, pourquoi le gouvernement continuerait de soutenir le « désastre climatique » que représentent les énergies fossiles ?

Toute exploitation, a répliqué le ministre, « va devoir se faire dans le contexte de la lutte contre les changements climatiques, dans le contexte de nos cibles de réduction d’émission de gaz à effet de serre, dans le contexte de notre plan d’action en électrification dans le transport et dans le contexte de notre politique énergétique […] ».

Le gouvernement, a poursuivi David Heurtel, compte s’assurer de mettre en place « un cadre cohérent, rigoureux, et sérieux ». C’est pour cela, a insisté le ministre, que les libéraux ont lancé en 2014 les deux EES dont les rapports ont été publiés lundi.

Réduire les GES

Le ministre de l’Environnement a aussi rappelé le besoin impératif de « réduire » les émissions de GES, mais aussi « notre dépendance aux hydrocarbures, au pétrole ». Mais, a-t-il répété, « ça ne se fera pas du jour au lendemain ».

Il est vrai que le gouvernement Couillard s’est donné des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Québec compte atteindre une réduction de 20 %, par rapport à 1990, d’ici 2020. Selon le plus récent bilan, les émissions ont reculé jusqu’à présent de 8,6 %. Québec vise par ailleurs une réduction de 37,5 %, toujours par rapport à 1990, d’ici 2030.

Qui plus est, dans le cadre de la politique énergétique dévoilée récemment, le gouvernement du Québec s’est engagé à réduire de 40 % notre consommation de produits pétroliers, et ce, d’ici 2030.

Ces objectifs de réduction des émissions de GES et de consommation de produits pétroliers devront être réalisés dans un contexte où le gouvernement Couillard compte vraisemblablement ouvrir la porte à l’exploitation des ressources fossiles du sous-sol québécois.

Or, le rapport de l’EES sur l’ensemble de la filière des hydrocarbures conclut qu’à « long terme », l’exploitation des hydrocarbures apparaît « comme difficilement conciliable avec les objectifs du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques ».

À titre d’exemple, on évalue que l’exploitation du sous-sol de l’île d’Anticosti pourrait générer annuellement entre 1,4 et 4 millions de tonnes de GES, soit entre 2 % et 6 % des émissions visées par le Québec en 2020. Bref, à elles seules, ces émissions pourraient compromettre l’atteinte des objectifs de réduction fixés par le gouvernement. Cette estimation ne tient pas compte des projets pétroliers et gaziers en développement en Gaspésie.
 

Consultez la carte des forages réalisés au Québec
5 commentaires
  • Sylvain Dionne - Inscrit 1 juin 2016 08 h 59

    Bla bla bla

    "... se fera en accord avec les cibles"! Mais décidément ce gouvernement nous prend pour des imbéciles à fond la caisse. Il y a consensus scientifique sur le fait qu'il faut diminuer l'exploitation et l'utilisation des hydrocarbures. Il faut le dire comment? Dans une nouvelle langue? C'est vrai que pour le PLC (et aussi pour le PQ et la CAQ) le mot protection de l'environnement signifie "pensée-crime" dans la novlangue. On n'a qu'à voir les attaques virulantes contre Greenpeace ces temps-ci...

    • Emmanuel Rousseau - Inscrit 1 juin 2016 20 h 05

      Vous exprimez exactement ce à quoi je pensais après avoir lu cet article. On nous parle comme si le Québec sera épargné du déluge s'il atteint ses cibles GES. Ça n'a aucun sens cette façon de penser.

    • Bernard Plante - Abonné 2 juin 2016 13 h 39

      Si les dégâts se confirment il suffira d'adopter un autre béluga pour faire comme si on se préoccupait de l'environnement...

  • Patrick Boulanger - Abonné 2 juin 2016 12 h 05

    Je suis heureux que QS a interpellé le PLQ sur ce dossier. Par ailleurs, bien que je connaisse pas ce dossier, je ne suis pas porté a donné une grande crédibilité au propos de M. Heurtel.

  • Marc Brullemans - Abonné 3 juin 2016 23 h 03

    Une augmentation substantielle des émissions québécoises

    Supposons une exploitation de 6500 puits de gaz de schiste (avec fracturation) sur une période de 50 ans. Si l'on tient compte d'émissions fugitives à hauteur de 5%, on arrive, sans processus de liquéfaction, à une moyenne de 8 mégatonnes d'équivalent CO2 par an pendant 50 ans. Avec liquéfaction, cela serait 12 mégatonnes annuelles ou 15% des émissions québécoises de 1990. Si l'on suppose une cible de réduction de 85% pour la fin du siècle, il ne reste plus rien au budget carbone du Québec. Adieu veaux, vaches, laits, fromages, couvées...