Produits forestiers Résolu poursuit Greenpeace pour «manoeuvres frauduleuses»

Selon Greenpeace, plusieurs paysages forestiers dans le secteur des montagnes Blanches auraient été perdus ou dégradés au cours des dernières années.
Photo: Getty images Selon Greenpeace, plusieurs paysages forestiers dans le secteur des montagnes Blanches auraient été perdus ou dégradés au cours des dernières années.

Produits forestiers Résolu a décidé d’intenter une poursuite contre Greenpeace devant un tribunal américain. L’entreprise accuse le groupe écologiste de « manoeuvres frauduleuses » dans le cadre de sa campagne pour la protection de la forêt boréale.

Par voie de communiqué, l’entreprise bien présente au Québec a affirmé mardi que Greenpeace a formulé des « accusations malveillantes et diffamatoires » à son endroit.

Produits forestiers Résolu dénonce ainsi la campagne du groupe environnemental concernant la forêt boréale. Dans le cadre de cette campagne, Greenpeace l’aurait notamment, et à tort, accusé de « ravager des forêts menacées », « de provoquer la destruction d’espèces menacées et de l’habitat essentiel du caribou », « d’abandonner et d’appauvrir les peuples autochtones de la forêt boréale » et « de compromettre la capacité de la forêt boréale à atténuer les changements climatiques ».

« Notre entreprise vise les plus hautes normes qui soient en matière de gestion environnementale. C’est pourquoi nous considérons que les attaques dirigées contre nous sont à la fois d’un cynisme éhonté et d’une irresponsabilité inouïe », a déclaré Richard Garneau, président et chef de la direction de Résolu, toujours par voie de communiqué.

Greenpeace a répondu mardi en soirée en soulignant qu’il était pour le moment « prématuré » de commenter les actions en justice de Résolu. L’organisation a toutefois réitéré que sa mission de protection de l’environnement se basait sur des « preuves scientifiques » et qu’elle entendait bien se défendre devant les tribunaux.

Greenpeace et Produits forestiers Résolu s’affrontent régulièrement sur la place publique. Greenpeace a d’ailleurs envoyé récemment un rapport à plusieurs grands acheteurs de bois et de papier pour dénoncer les coupes dans le secteur des montagnes Blanches, un habitat critique pour le caribou forestier.

Mise aux enchères

Cette détérioration est d’ailleurs en grande partie à l’origine de la perte par la société Résolu des certificats environnementaux du Forest Stewardship Council, selon Greenpeace, qui a soutenu que le gouvernement du Québec semble depuis vouloir accélérer l’exploitation des secteurs vierges dans cette forêt.

En mai, Québec a mis aux enchères plus de 3000 hectares de forêt dans le secteur des montagnes Blanches, encourageant l’industrie à exploiter ces zones vierges, selon Greenpeace. Depuis 2013, plus de 16 000 hectares des montagnes Blanches ont été mis aux enchères, estime l’organisme. Les plus bas soumissionnaires, Arbec et Résolu, ont déboursé aussi peu que 0,35 $ par arbre dans certains secteurs.

5 commentaires
  • Sylvain Dionne - Inscrit 31 mai 2016 22 h 26

    Quelle belle planète nous allons avoir!

    Une autre poursuite baillon contre les défenseurs de l'environnement. Je commence à me demander si les dirigeants de ces entreprises ont pour objectif de transformer leurs enfants ou petits-enfants en canibales. Car que restera-t-il à manger quand les écosystèmes se seront effondrés? De vrais futurs Morloks si on se réfère au roman de H.G. Wells. Remarquez que le pas qui reste à franchir est très mince vu leur manque de scrupules...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 1 juin 2016 09 h 45

      «Une autre poursuite baillon contre les défenseurs de l'environnement»

      Pour qu'une action en justice soit qualifiée de poursuite baillon il faut que le pousuivit ne soit pas en mesure de se défendre faute de moyens.

      Hors ici Greenpeace a tout à fait les moyens de se défendre, au moins autant qu'elle a les moyens d'attaquer à grande échelle une entreprise.

      Greenpeace est une multinational qui en 2011 avait un budget de quelques 237 millions d'euros, 2,400 employés (2008), et 15,000 bénévoles (selon Wiki).

      Là ses attaques contre Résolu sont de nature tout à fait commerciale. Il n'y a aucune raison de se plaindre à ce quelle doivent répondre devant les tribunaux si l'entreprise visée considère qu'elle est diffamée.

    • Raymond Lutz - Inscrit 1 juin 2016 21 h 17

      "Pour qu'une action en justice soit qualifiée de poursuite baillon il faut que le pousuivit ne soit pas en mesure de se défendre faute de moyens."

      Quelle définition incorrecte! Je vous reprends M. Ares: une poursuite stratégique contre la mobilisation publique ou poursuite-bâillon est, en Amérique du Nord, une action en justice visant à entraver la participation politique et le militantisme. Il s’agit le plus souvent d’une poursuite civile pour raison diffamatoire, intentée contre un individu ou un organisme ayant pris parti dans le cadre d’un enjeu public. Le concept inclut également les menaces de poursuite, car le succès d'une telle opération ne découle pas tant d'une victoire devant les tribunaux que du processus lui-même, visant à intimider la partie défenderesse (celle attaquée) [...].

      eh oui... moi aussi je vous sers du Wikipedia

    • Jean-Yves Arès - Abonné 2 juin 2016 09 h 55

      Bien, servez nous Wiki de façon moins sélective et plus complète.

      La suite du texte de Wiki que vous avez repris,

      « Ainsi, le plaignant s'en prendra généralement à des individus isolés ou des organismes de petite taille, et brandira la menace de dommages-intérêts démesurés par rapport au tort qui lui est prétendument causé. Si les menaces n'ont pas l'effet désiré, des procédures judiciaires seront entamées, ce qui aura l'effet de transformer un enjeu public en litige privé. Toutes les ressources financières et humaines du défendeur seront alors monopolisées par sa défense, au détriment de la promotion de la cause socio-économique, environnementale ou culturelle qui lui tient à cœur.

      Les procédures sont souvent abandonnées lorsqu'elles ont atteint leur objectif de paralyser politiquement le défendeur»

      Ici Greenpeace n'est pas un ''Individus isolés ou organisme de petite taille''. Et avec des revenus de l'ordre 350 millions$cdn et de 15,000 bénévoles (incluant assurément des juristes) ne conduira pas à ce que ''les ressources financières et humaines du défendeur seront alors monopolisées par sa défense''.

      De plus ici ce n'est pas le militantisme ou la participation politique qui est cause mais bien l'attaque commerciale que subit l'entreprise par des informations quelle juge «malveillantes et diffamatoires» que l'organisme communique à ses clients. Et les clients, qui de peur à avoir a subir à leur tour une imposante campagne de boycotte, n'ont pas vraiment le choix de juger de la pertinence des jugements de Greenpeace, clairement leur prise de décision se fait en fonction d'avoir, ou pas, Greenpeace sur le dos.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 2 juin 2016 09 h 56

      On peut noter aussi que le ''transformation d'un enjeu public en litige privé'' est fait par Greenpeace lui-même.

      Un enjeu public se joue avec les autorités publiques et commande une discussion au niveau politique pour une correction et ajustement des lois et règlements. L'action de Greenpeace ici est une action de nuissance commerciale contre une entreprise qui se conforme aux lois et règlement.