Des experts craignent l’impact d’un déversement sur l’eau potable

L’oléoduc Énergie Est doit permettre de transporter 1,1 million de barils de pétrole par jour. Il doit traverser 600 cours d’eau. La consommation journalière moyenne sur l’île de Montréal est de 2 millions de mètres cubes d’eau.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’oléoduc Énergie Est doit permettre de transporter 1,1 million de barils de pétrole par jour. Il doit traverser 600 cours d’eau. La consommation journalière moyenne sur l’île de Montréal est de 2 millions de mètres cubes d’eau.

Des enseignants en traitement de l’eau disent craindre pour l’approvisionnement en eau potable de plusieurs municipalités du Québec en cas de déversement majeur de l’oléoduc Énergie Est.

La majorité des stations de purification de la région métropolitaine, par exemple, n’ont pas de prise d’eau de rechange, « aucun plan B », ont-ils souligné jeudi au cours d’une rencontre avec la presse à Montréal. Ils affirment que si elles étaient informées d’un important déversement d’hydrocarbures, les stations de purification fermeraient leur prise d’eau pour éviter la contamination de l’eau potable. Elles disposeraient de réserves d’eau pour 12 à 16 heures seulement.

Après cette période, les usines auraient le choix entre distribuer de l’eau non conforme ou arrêter complètement la distribution d’eau. « L’ampleur d’une telle catastrophe dépasse l’imagination et a de quoi faire frémir », commentent-ils.

Le personnel enseignant du Centre national de formation en traitement de l’eau de la commission scolaire des Trois-Lacs est l’un des deux centres spécialisés en la matière au Québec. Il a rédigé un mémoire d’une quarantaine de pages sur le projet d’oléoduc Énergie Est de TransCanada, en évaluant quelles pourraient être les répercussions sur l’eau potable d’un éventuel déversement majeur d’hydrocarbures.

«Flushgate »

«On va s’ennuyer du flushgate, on va s’ennuyer de la crise du verglas, puis on va s’ennuyer du déluge du Lac-Saint-Jean, dans le cas d’un déversement. Le flushgate, somme toute, ça a été un déversement d’eaux usées dans le fleuve. Les petits poissons n’ont pas été contents, mais bon, ça n’a empêché personne de dormir. Ce n’est pas de ça qu’on parle ici. Là, on parle des usines d’eau qui arrêtent d’approvisionner les villes en eau potable », s’est exclamé l’un des présentateurs du mémoire, Guy Coderre.

Il a même évoqué ultimement la nécessité d’évacuer des villes qui seraient privées d’eau potable pendant un certain temps. Il rappelle que la ville de Lac-Mégantic avait vécu un sérieux problème en approvisionnement d’eau, en 2013, à la suite du déraillement de train qui avait causé un incendie majeur au centre-ville et un déversement de pétrole des wagons.

« Ils doivent fermer les prises d’eau. Et là, on espère que dans de 12 à 16 heures, la vague de pétrole soit passée. Mais quand on pense à l’ampleur de cet oléoduc-là, la vague, elle ne passera pas en quelques heures. Ça a pris 74 jours pour un petit déversement à Lac-Mégantic, un verre d’eau comparé à ce qui nous attend », a lancé M. Coderre.

Invitée à commenter la sortie publique des enseignants en traitement de l’eau, TransCanada a fait savoir qu’elle n’avait pas lu le mémoire et qu’elle voulait prendre le temps de le lire. « Nous sommes actuellement en train de discuter des différentes mesures de sécurité, ainsi que les éventuels plans d’urgence qui seront conçus en collaboration avec les premiers répondants », dit la compagnie. « Ces plans vont nous assurer que nous sommes en mesure de répondre rapidement dans la très improbable éventualité d’un incident, de protéger la sécurité du public, de contrôler et de récupérer les volumes de pétrole en question rapidement, et de minimiser les impacts potentiels », a ajouté l’entreprise.

L’oléoduc Énergie Est doit permettre de transporter 1,1 million de barils de pétrole par jour. Il doit traverser 600 cours d’eau. La consommation journalière moyenne sur l’île de Montréal est de 2 millions de mètres cubes d’eau.
 

Consultez notre dossier sur Énergie Est : le projet de la controverse

3 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 27 mai 2016 07 h 02

    Faudra-t-il des réserves stratégiques d'eau potable?

    Ce qui me surprend, c'est que l'on n'ait pas antérieurement mis l'emphase sur le fait que les villes concernées disposent de réserves d'eau potable pour un maximum de 16 heures de consommation. J'ai hâte de lire les réponses des municipalités et de la compagnie TransCanada. Faudra-t-il créer et maintenir des réserves stratégiques d'eau potable? Faudra-t-il modifier nos plans d'urgence pour y introduire la distribution d'eau potable? Évacuer temporairement un village ou une ville engendrera des coûts humains et financiers tellement considérables et créera conséquemment un tel désordre qu'aucune population ne devrait être obligée d'en assumer le risque, fût-il improbable comme TransCanada le soutient faussement. Et que se produira-t-il après? C'est ce à quoi le projet de TransCanada nous demande de penser (et d'assumer) au moins pour les cinquante prochaines années...le tout gratuitement, pour un autrui situé ailleurs et au plus grand détriment de l'humanité toute entière en raison des changements climatiques et de leurs conséquences sur la paix entre les nations. TransCanada nous met la table pour l'enfer.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mai 2016 09 h 28

      L'eau potable se stocke très difficilement.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 27 mai 2016 09 h 10

    Une simple question de philosophie...

    Soyons justes et donnons une réponse juste...Qu'est-ce qui est le plus important, objectivement parlant, LA VIE (l'eau) ou L'ÉCONOMIE (le pétrole)? À VOUS DE CHOISIR! L'objectivité est une chose qu'ignorent les pétrolières...