Québec déclare la guerre à Greenpeace

Le gouvernement Couillard déclare la guerre à Greenpeace, qu’il accuse de « désinformation » en faveur des concurrents du Québec, alors que l’organisme de défense de l’environnement dénonce l’exploitation de la forêt des montagnes Blanches, un territoire situé près du lac Mistassini, dans le nord du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le ministre des Forêts, Laurent Lessard, a indiqué qu’il existe un plan du gouvernement pour lutter « contre la désinformation » répandue par les groupes environnementalistes, quels qu’ils soient. Il entend leur barrer la route car il les soupçonne entre autres de travailler ainsi en faveur des rivaux du Québec dans les marchés internationaux. « Ce matin [mercredi], ils [les gens de Greenpeace] me motivent encore plus, a-t-il lancé. Je vais lutter de toutes mes forces contre la désinformation. Cela ne peut pas nous aider. Quand quelqu’un fait une dénonciation, des reportages truffés d’erreurs, sincèrement, il y a quelqu’un qui veut avantager un autre État forestier que le Québec. […] Mais ils vont me trouver partout où ce genre d’information ne représentera pas la réalité. »

Ils vont me trouver partout où ce genre d’information ne représentera pas la réalité

 

Un rapport aux acheteurs

Greenpeace a envoyé un rapport à une centaine de grands acheteurs de bois et de papier issus de la forêt boréale canadienne dans lequel il déplore la disparition d’un million d’hectares de forêt vierge.

Dans un communiqué transmis mercredi, l’organisation estime que près de la moitié des paysages forestiers intacts des montagnes Blanches ont été dégradés par les coupes et les routes forestières. Or, il s’agit d’un des derniers habitats du caribou forestier.

Cette détérioration est en grande partie à l’origine de la perte par la société Produits forestiers Résolu des certificats environnementaux du Forest Stewardship Council (FSC), affirme Greenpeace, qui soutient que le gouvernement semble depuis vouloir accélérer l’exploitation des secteurs vierges dans cette forêt.

Le ministre des Forêts, Laurent Lessard, a fait une sortie virulente mercredi matin contre l’organisation de défense de l’environnement. Il a rappelé qu’il était allé plaider personnellement auprès du FSC en faveur du travail exemplaire de son gouvernement. « J’étais incapable de trouver dans le monde un autre État qui en avait fait autant que le Québec, et à ce jour, personne ne me contredit là-dessus », a-t-il dit avant d’entrer à la séance du caucus libéral. Le gouvernement Couillard soutient qu’il protège déjà 90 % des forêts intactes au Québec : 80 % de ces forêts sont situées au nord de la limite nordique et 10 % au sud, dans des zones protégées. Laurent Lessard a également rappelé qu’une démarche d’intervention sur le caribou forestier était en cours avec le ministère de l’Environnement dans un secteur des montagnes Blanches.

En mai, Québec a mis aux enchères plus de 3000 hectares de forêts dans le secteur des montagnes Blanches, encourageant l’industrie à exploiter ces zones vierges, soutient Greenpeace dans son communiqué. Depuis l’établissement du Bureau de mise en marché des bois en 2013, plus de 16 000 hectares des montagnes Blanches ont été mis aux enchères, peut-on lire. Les plus bas soumissionnaires ont été Arbec et Produits forestiers Résolu, qui ont déboursé aussi peu que 0,35 $ par arbre dans certains secteurs.

28 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 25 mai 2016 18 h 22

    Bien que je ne connais pas le dossier, j'ai un préjugé favorable à Greenpeace dans ce dossier-là. À l'instar du PQ, le PLQ n'est pas exemplaire en ce qui a trait à la protection de l'environnement!

    • Jean Richard - Abonné 26 mai 2016 11 h 59

      Greenpeace, c'est une multinationale, gérant un budget de plusieurs centaines de millions de dollars. Greenpeace, c'est une organisation qui œuvre dans le domaine de la communication et du lobbying, du lobbying idéologique au départ.

      Que le PQ et le PLQ inspirent tous deux un certain niveau de méfiance, c'est tout-à-fait sain. En démocracie, la naïveté n'est pas une vertu.

      Mais si dans le cas du PQ-PLQ on se demande où va l'argent, il faut se demander dans le cas de Greenpeace d'où il vient. Un minimum de saine méfiance pourrait écarter l'idée de préjugé favorable.

      Les Québécois d'un certain âge ont pour la plupart été habitués très jeune à associer l'image du missionnariat à celle de la vertu. Quand les Pères Blancs d'Afrique venaient quêter dans les églises et les écoles, rarement remettait-on en question la noblesse de leur engagement. Convertir l'Afrique noire à l'idéologie blanche et chrétienne, ça valait bien que l'on sacrifie quelques sous, quelques dollars.

      Les missionnaires verts ont remplacé les pères blancs et le combat présente de nombreuses similitudes. Les pères blancs se disaient apolitiques, les missionnaires verts aussi. Pourtant...

      Les dossiers à saveur écologiste, avec quelques dessous économiques mal dissimulés, sont loin d'être apolitiques. Quand certains intérêts sont menacés par le lobbying vert, les partis politiques interviennent pour dénoncer ce lobbying (sans même l'appeler par son nom car...). Mais quand c'est le contraire, le silence est la règle. Ainsi, quand certains groupes écolos font l'éloge de la voiture verte, avec bien des omissions dans l'information fournie au grand public, les politiciens n'y ajoutent rien, le tout étant en conformité avec leur douteux plan d'électrification des transports.

      En d'autres mots, quand l'information diffusée par les écolos fait le bonheur des politiciens, c'est le silence de la complicité. Quand c'est l'inverse, on agite les épouventails – des deux côtés de la clôture.

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 mai 2016 12 h 18

      @ M. Richard

      " Les dossiers à saveur écologiste, avec quelques dessous économiques mal dissimulés, sont loin d'être apolitiques. (M. Richard)?

      M. Richard, Grenpence est une organisation à but non lucrative (OBNL) et non une multinationale. Quand à la provenance de ses recettes, elles " proviennent exclusivement des dons de ses adhérents (notamment à travers des campagnes dites de street fundraising5) et de fondations" (wikipédia).

      "Les dossiers à saveur écologiste, avec quelques dessous économiques mal dissimulés, sont loin d'être apolitiques."?

      Pouvez-vous, ici, développer davantage?

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 mai 2016 12 h 31

      M. Richard, le libéralisme est également une idéologie. Quand à Greenpeace, il est évident que cette organisation est un groupe de pression qui tente de faire bouger nos politiciens. Et à mon sens, c'est une très bonne chose avec les partis politiques que l'on met au pouvoir.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 mai 2016 12 h 32

      Monsieur Richard, la seule question, c'est celle de la vérité. Si Greenpeace mentait, le ministre le dirait plutôt que d'attaquer le messager.

  • Pierre Asselin - Abonné 25 mai 2016 18 h 30

    Un plan pour lutter « contre la désinformation »

    Une rigolade ........Ce gouvernement ......un plan contre la déinformation....

    Mais soyons sérieux ce gouvernement a été élu à partir d'un plan de désinformation pourquoi changer une formule gagnante .

    Il devrait travailler sur un plan pour livrer la vraie information

    • Brigitte Garneau - Abonnée 26 mai 2016 11 h 31

      On a déjà eu : «Les vraies affaires». Croyez-vous vraiment qu'on va avoir : «La vraie information»? Permettez-moi d'en douter...

    • Francois Cossette - Inscrit 26 mai 2016 14 h 07

      Pourtant ... question de mentir et de mensonges, on peut dire que ce gouvernement, pour une fois, sait de quoi il parle.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 25 mai 2016 19 h 13

    Désinformation?... Par qui?

    Le parti libéral ose accuser Greenpeace de désinformation, parti qui est lui-même un spécialiste en la matière de par son idéologie néolibérale. Heureusement que Mr. Harper n'est plus au pouvoir, sinon le terme utilisé aurait possiblement été celui de "terrorriste". La crédibilité du parti libéral est fortement amochée.

    • Raymond Drapeau - Abonné 28 mai 2016 08 h 06

      C'est plus forts qu'eux ils faut qu'ils continuent à désinformer partout.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 25 mai 2016 20 h 08

    Pas d'appui au ministre pour arbres

    Il n'y a rien comme notre gouvernement pour vendre au meilleur prix notre territoire aux forestières. Quand Richard Desjardins va donner son OK, je serai peut-être d'accord pour que les forestières coupent nos arbres. Mais jusqu'à ce jour, ne j'ai rien lu de positif à ce sujet. Donc, le ministre peut bien se fâcher, mais je vais prendre le parti de Greenpeace sur cette question.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 25 mai 2016 21 h 49

    Un imbécile heureux au service des prédateurs

    Le ministre libéral au service des multinationales de la déforestation ne m"impressionne pas. Je vais continuer à soutenir $$$ mensuellement Greenpeace pour que ce valet des oligarques du 1% soit neutralisé et que celles-ci soient dénoncées.