Le phoque commun victime de sa bouille sympathique

Les jeunes phoques communs naissent sur les rives du Saint-Laurent dans des secteurs bien souvent fréquentés ou habités, ce qui augmente les chances qu'ils soient dérangés ou harcelés. Et cela peut menacer leur survie.
Photo: Jean-Pierre Desroches Les jeunes phoques communs naissent sur les rives du Saint-Laurent dans des secteurs bien souvent fréquentés ou habités, ce qui augmente les chances qu'ils soient dérangés ou harcelés. Et cela peut menacer leur survie.

Un total de quatre espèces de phoques fréquente assidûment les eaux du Saint-Laurent, dont le très connu phoque du Groenland. Mais une seule espèce y vit toute l’année, le phoque commun, beaucoup moins abondant et sujet au dérangement humain dès sa naissance, qui se déroule à cette période-ci de l’année. Même si la loi fédérale interdit d’importuner un mammifère marin, il est fréquent de voir des gens harceler ces animaux en croyant venir en aide à un phoque en difficulté.

Avec leur bouille attendrissante, les jeunes phoques communs attirent aisément la sympathie. Il faut dire que, si l’animal est seul sur une plage, il peut sembler en détresse, malade ou alors abandonné hors de l’eau, surtout lorsqu’il pousse des cris plaintifs.

Qui plus est, les femelles, souvent solitaires, mettent bas au printemps sur les rives du Saint-Laurent, dans des secteurs souvent fréquentés ou habités. La recette parfaite pour que ces mammifères soient dérangés au point de compromettre parfois leur survie.

Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) traite chaque année, en mai et juin, une vingtaine de cas rapportés de jeunes phoques échoués vivants.

Photo: Jean-Pierre Desroches Les jeunes phoques communs naissent sur les rives du Saint-Laurent dans des secteurs bien souvent fréquentés ou habités, ce qui augmente les chances qu'ils soient dérangés ou harcelés. Et cela peut menacer leur survie.

Un chiffre relativement élevé compte tenu du fait que la population est estimée, selon des données fragmentaires, à seulement 2600 individus, contre sept millions pour le phoque du Groenland.

Or, dans la plupart des cas, il s’agit tout simplement de phoques qui se reposent entre deux allaitements, alors que la mère est retournée à l’eau pour se nourrir. « Il est tout à fait normal qu’un jeune soit laissé seul », souligne Jean-François Gosselin, biologiste à Pêches et Océans Canada.

Se retrouvant face à ces petites bêtes émouvantes et en apparence fragiles, les passants font néanmoins des gestes illégaux, tout en croyant les secourir.

Le plus souvent, ils tentent de les remettre à l’eau, ce qui accroît la détresse de l’animal et peut pousser sa mère à l’abandonner. Certains essaient même parfois de les nourrir avec des sardines ou du lait.

Dans les cas les plus extrêmes recensés au cours des dernières années, des gens ont amené des phoques chez eux pour les mettre dans une piscine ou un bain. Un tel geste condamne l’animal, qui ne peut habituellement pas être réintroduit dans son milieu naturel.

Voyant un jeune phoque grelotter, une personne a aussi cru bon de l’installer dans sa voiture et de monter le degré du chauffage. Tout cela pour réchauffer un animal qui vit toute sa vie dans les eaux glaciales du Saint-Laurent.

Dérangement humain

Autant de comportements à proscrire, selon le vétérinaire Stéphane Lair, du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages. « Il faut éviter de tomber dans le cycle qui mène à l’abandon du jeune : la présence d’humains près du jeune effraie la mère, le phoque laissé à lui-même inquiète les riverains, qui tentent de l’aider en le déplaçant ou en le repoussant à l’eau, ce qui réduit considérablement les chances que la femelle revienne. »

Jean-François Gosselin, qui étudie les phoques depuis plus de 25 ans, abonde dans le même sens. « À Pêches et Océans, nous sommes d’avis que le fait de les laisser tranquilles est la meilleure façon de maximiser leurs chances de survie. » Il souligne que ces animaux ont une très vaste aire de répartition, et ce, sur les deux rives du Saint-Laurent, de l’estuaire au golfe. Ils peuvent même se retrouver dans la partie fluviale.

« Des interactions répétées avec un phoque peuvent empêcher l’animal de se reposer, et le stress causé par la présence humaine peut le rendre plus vulnérable aux maladies, à la prédation », ajoute M. Lair. Bref, les jeunes phoques ne sont pas en difficulté, mais le deviennent en raison des comportements inappropriés des riverains.

Hot-dogs pour phoques

S’ils sont les plus exposés au dérangement et au harcèlement, les phoques communs ne sont pas les seuls à les subir.

Le RQUMM a reçu, au fil des ans, plusieurs signalements pour de jeunes phoques à capuchon, appelés « dos bleus », qui se trouvaient dans la région de Montréal, notamment sur l’île Sainte-Hélène.

Une situation pour le moins inhabituelle, puisque cette espèce vit surtout dans les eaux autour de Terre-Neuve, voire dans l’Atlantique Nord.

Dans un cas de « dos bleu » signalé à Longueuil, des passants avaient tenté de nourrir l’animal avec des croustilles, des hot-dogs et des frites. Le phoque a finalement été euthanasié, ce qui est rarissime.

D’autres cas inhabituels signalés dans le Saint-Laurent font plutôt sourire. En 2013, un phoque barbu, reconnaissable à ses longues moustaches, a élu domicile dans la marina de Sillery, à Québec, en plein été.

Ce mammifère vit pourtant habituellement dans l’Arctique. Une opération a donc été lancée pour réimplanter l’animal, qui a été capturé, puis relâché au large de Tadoussac.

On espérait ainsi qu’il retrouve le chemin de son milieu naturel. Quelques jours plus tard, le RQUMM a reçu un appel. Le phoque barbu était de retour à Sillery.

Que faire si vous voyez un jeune phoque?

Gardez vos distances (au moins 50 mètres), puis idéalement, quittez le secteur.

Ne manipulez pas le phoque, ne tentez pas de le nourrir, de le forcer à retourner à l’eau ou d’interagir avec lui de quelque façon ; il est illégal d’importuner un mammifère marin.

Tenez les chiens en laisse.

Rappelez-vous qu’il s’agit d’animaux sauvages qui sont imprévisibles, qui peuvent être agressifs et mordre.

Consultez notre dossier: le Saint-Laurent, grandiose et fragile
1 commentaire
  • Hélène Gervais - Abonnée 21 mai 2016 06 h 03

    Ce serait bien ....

    qu'ils publient ces informations le plus possible dans tous les journaux, les journaux de quartier, du bas du fleuve, de la Gaspésie, de la Côte Nord, etc.. pour que les gens soient au courant.