Suroît: les écologistes boycotteront les audiences de la Régie

Un nombre important de groupes environnementaux, dont plusieurs membres de la coalition Québec-vert-Kyoto, s'apprêtent à boycotter les audiences de la Régie de l'énergie sur la justification et les solutions de remplacement à la centrale thermique du Suroît en raison des règles de l'audience, unanimement dénoncées comme en deçà de toutes les normes éthiques en matière de consultation publique.

Déjà hier soir, l'Union des consommateurs, un des groupes les plus constants dans ses représentations devant la Régie, annonçait par communiqué qu'elle ne participerait pas aux audiences, qualifiées de «non-sens en raison de leur précipitation et de leur superficialité» par Manon Lacharité, porte-parole du groupe.

Selon André Bélisle, les règles de procédure divulguées hier par la Régie ont littéralement «galvanisé» la coalition, qui avait organisé, il y a deux semaines, la plus importante manifestation environnementale jamais tenue au Québec. «Et plusieurs groupes, dit-il, qui se réunissent ce soir pour en discuter, devraient boycotter cette pseudo-audience qui se retrouve 10 degrés en bas de ce qu'on peut accepter. La Régie, de l'avis de la plupart, est en train de se préparer à livrer un avis de complaisance au gouvernement. On ne va pas l'aider. Personne ne comprend qu'elle accepte un mandat aussi tordu. Si elle pense réaliser son plus important mandat depuis sa création, en 60 jours, elle se leurre. Selon ce qu'elle propose, il faudrait lui remettre nos mémoires dans 15 jours avec nos prévisions chiffrées des besoins en énergie et les coût des solutions de remplacement? On n'a aucunement la possibilité de questionner Hydro-Québec avant de déposer nos mémoires: c'est simplement ridicule.»

La Régie, de son côté, rendait publiques les règles de cette audience, annoncée par le premier ministre Jean Charest et son ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, à 24 heures du Conseil général de leur parti qui s'apprêtait à mettre en question leur stratégie à l'égard du Suroît.

La Régie a demandé hier à Hydro-Québec de lui présenter ses projections des besoins et de l'offre en électricité d'ici 2010 ainsi qu'une liste impressionnante de questions sur les économies d'énergie, le potentiel de gestion de la demande et d'interruptibilité, les projets en construction et leurs échéanciers, les devancements possibles, le potentiel des interconnexions, etc. Mais la Régie entend traiter confidentiellement les informations antérieurement considérées comme telles, i.e. les niveaux de barrage.

Selon l'échéancier publié hier, les groupes devront avoir déposé leurs mémoires d'ici le 24 février. La Régie entendra ceux des participants dont elle juge la contribution importante entre le 1er et le 12 mars, ce qui inclurait Hydro-Québec. Elle entend remettre son rapport «au plus tard le 8 avril».

Quant à Greenpeace, il réclamait avant-hier la présence sur le banc d'au moins un régisseur spécialisé dans les questions d'environnement parce que ce renvoi est précisément le fruit d'une réflexion critique de nature environnementale. Or aucun des trois régisseurs — Normand Bergeron, Benoît Pepin et Michel Hardy — n'est spécialisé en environnement. Greenpeace veut aussi pouvoir interroger sous serment fonctionnaires et cadres d'Hydro-Québec et obtenir jugement sur la base de données publiques, sans huis clos sur des volets du dossier. Sa décision de participer ou non aux audiences sera connue incessamment.
2 commentaires
  • Louise Martineau - Inscrite 11 février 2004 06 h 10

    C'était à prévoir!

    Une victoire facile sur ce dossier aurait été surprenante. Il faut voir ceci comme une occasion en or pour faire cause commune et enfin nous mêler de ce qui nous regarde. Toute l'information disponible sur les tactiques d'Hydro et du gouvernement doivent être connues au grand jour. Maintenons la pression!Cette victoire citoyenne que nous visons, nous l'obtiendrons si nous ne baissons pas les bras. Et elle est prometteuse pour la suite des choses car un immense réseau aura été créé.

  • René Vallée - Inscrit 11 février 2004 15 h 37

    La Régie de l'énergie : une étape de trop.

    À trop vouloir consulter, on peut donner l'impression que toutes les décisions devraient être prises à la main levée par la population. Pourtant, il serait sage de consulter seulement les personnes avisées et de laisser la décision finale à ceux et celles qui devront en assumer la responsabilité.

    Le débat public actuel contient beaucoup trop d'émotivité. Elle ne se justifie pas. En effet, la réalisation de la centrale du Suroît ne risque pas de provoquer une catastrophe écologique.

    Personne ne peut prévoir exactement l'avenir. Il y a toujours des impondérables qui peuvent jouer dans un sens ou dans l'autre.

    Mais, lorsque vient le temps de prendre une décision qui peut avoir une incidence sur la sécurité publique, la population s'attend à ce qu'elle soit prise avec prudence. Personne ne peut nier la conséquence possible de pannes électriques sur la sécurité, plus particulièrement en saison froide.

    Si la centrale du Suroît pouvait éviter des pannes de courant intempestives l'hiver, ce serait avantageux pour toute la clientèle d'Hydro-Québec. Si la centrale du Suroît permettait de vendre davantage de l'électricité durant l'été à nos voisins du sud, ces revenus serviraient à payer une partie de l'installation à notre place.