Les cultures OGM ne seraient pas plus risquées pour l’environnement et la santé

Les experts ont analysé près de 900 études et publications sur le développement, l’utilisation et les effets obtenus par manipulation génétique du maïs, du soja et du coton, qui comptent pour la quasi-totalité des cultures OGM commercialisées.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Les experts ont analysé près de 900 études et publications sur le développement, l’utilisation et les effets obtenus par manipulation génétique du maïs, du soja et du coton, qui comptent pour la quasi-totalité des cultures OGM commercialisées.

Les cultures OGM ne présentent apparemment pas plus de risques environnementaux et pour la santé que les récoltes traditionnelles, concluait mardi un épais rapport de l’Académie américaine des sciences sur ce sujet controversé, notamment en Europe.

Après avoir analysé un grand nombre d’études sur les OGM, ces scientifiques consultés par l’Académie relèvent toutefois que la résistance développée par les insectes nuisibles à ces cultures est « un sérieux problème pour l’agriculture ». Un problème qui est évitable avec une stratégie adaptée.

Ce document de 388 pages publié mardi « indique qu’il est difficile désormais de faire la distinction entre les nouvelles technologies d’ingénierie génétiques, développées initialement dans les années 1970, et les méthodes conventionnelles de culture ».

« Nous avons pioché de façon très approfondie dans la littérature scientifique pour obtenir une nouvelle perspective sur l’ensemble des données portant sur les OGM et les cultures développées par des méthodes conventionnelles », a précisé Fred Gould, professeur au Département d’entomologie de l’Université d’État de Caroline du Nord, président du groupe de 50 scientifiques qui a produit le rapport.

Ces experts ont analysé près de 900 études et publications sur le développement, l’utilisation et les effets obtenus par manipulation génétique du maïs, du soja et du coton, qui comptent pour la quasi-totalité des cultures OGM commercialisées. Dans le monde, 12 % des terres agricoles sont cultivées avec des récoltes OGM.

Nouvelle perspective

Le professeur Gould a expliqué que l’étendue des informations et des opinions sur ce sujet ont généré de « la confusion » et que ce nouveau rapport vise « à procurer un nouvel examen objectif des données ».

« Nous espérons ainsi que cette étude permettra de commencer une véritable discussion et d’apporter une nouvelle perspective », a-t-il ajouté.

Les experts ont notamment reconnu « la difficulté à détecter des effets subtils ou à long terme sur la santé ou l’environnement », des produits contenant des OGM.

Mais, insistent-ils, les données existantes « n’ont pas décelé de différences dans les risques pour les humains entre les cultures OGM et les récoltes conventionnelles », un constat similaire pour l’environnement.

Les auteurs insistent sur l’importance de recourir aux nouvelles technologies de la génomique pour détecter la moindre modification imprévue dans les caractéristiques des nouvelles variétés de récoltes, qu’elles soient génétiquement modifiées ou pas.

« Les nouvelles variétés qui présentent, volontairement ou non, des traits inédits pouvant représenter un danger doivent subir des tests de sécurité, peu importe qu’elles aient été développées avec des techniques conventionnelles ou par manipulations génétiques », insiste le rapport.

Ces scientifiques ont analysé toutes les recherches animales effectuées à ce jour sur les effets des composants chimiques dans les aliments OGM commercialisés et n’ont pas trouvé de différences avec les produits traditionnels.

Ils relèvent néanmoins le fait que les études épidémiologiques à long terme n’ont pas ciblé les effets de la consommation de produits OGM comme le soja et le maïs ou des pommes et des pommes de terre. Mais les données disponibles ne révèlent aucun lien avec des maladies chroniques.

Moins d’insecticides

Au contraire, le rapport pointe certaines indications selon lesquelles les récoltes OGM résistantes aux insectes sont bienfaisantes en permettant de réduire l’usage des insecticides. De plus, certaines cultures OGM en développement sont conçues pour être bénéfiques à la santé humaine, comme le riz, riche en bêta-carotène (vitamine A).

Les récoltes OGM résistantes aux insectes nuisibles et aux herbicides n’ont pas réduit la diversité des plantes et des insectes dans ces exploitations agricoles et ont des effets économiques positifs pour les agriculteurs, souligne ce rapport.

Tout en indiquant que des transferts de gènes de cultures OGM à des espèces sauvages se sont produits, il ajoute qu’aucun effet environnemental néfaste n’a été observé.

Toutefois, les auteurs soulignent que « la complexité d’évaluer les changements à long terme dans l’environnement rend difficile de tirer des conclusions définitives ».

Pour le rapport, les agences de réglementation devraient avoir l’autorité d’imposer une surveillance environnementale pour des effets inattendus des cultures OGM.

Gregory Jaffe, un responsable du Center for Science in the Public Interest, un groupe de défense des consommateurs, estime que cette recherche « très complète » devrait « rassurer les consommateurs quant à la sûreté des produits OGM ».

Selon un sondage publié en 2015 par la firme NPD Group, 57 % des Américains estiment que les OGM pourraient être risqués pour la santé.


 
8 commentaires
  • Sylvain Dionne - Inscrit 18 mai 2016 08 h 26

    Imprécisions inquiétantes

    "[...] le rapport pointe certaines indications selon lesquelles les récoltes OGM résistantes aux insectes sont bienfaisantes en permettant de réduire l’usage des insecticides".

    Ce qui m'inquiète c'est que des industries comme Monsanto développent au contraire des OGM permettant d'utiliser davantage de leurs herbicides ou pesticides! Rien pour aider les abeilles en passant... Quelle est la proportion d'OGMs qui sont réellement développés pour être résistant aux insectes plutôt qu'aux pesticides? Et surtout, pour ces derniers, quel est le degré réel d'efficacité de cette résistance comparé aux organismes originaux? C'est quoi ces "certaines indications"? Enfin, si les insectes développent une résistance de toute façon, pourquoi jouer aux apprentis sorciers? À réduire ainsi le champ d'étude à une seule variable, je pense que ça empêche de bien cerner les risques et les impacts des OGMs.

    Autre chose: "Tout en indiquant que des transferts de gènes de cultures OGM à des espèces sauvages se sont produits, il ajoute qu’aucun effet environnemental néfaste n’a été observé". Je trouve cela pas mal subjectif pour une étude! Pas d'effet néfaste observé et apprécié par qui? Les écosystèmes étant de délicats équilibres, je ne suis pas certain que la modification soudaine du code génétique d'espèces sauvages n'aura pas un impact néfaste éventuellement. Doit-on attendre que l'on en découvre trop tard, comme c'est le cas pour l'utilisation des hydrocarbures? On va attendre que les fleurs aient des bouches et se plaignent?

    Je suis évidemment pour la recherche scientifique, mais on sait où ça mène quand le profit vient s'y incruster trop vite.

  • Claude Smith - Abonné 18 mai 2016 09 h 36

    Deux questions

    D'où proviennent ces 900 études sur lesquelles s'est basée l'académie en question ?

    Qui fait partie de cette académie ?


    Claude Smith

  • Diane Germain - Abonné 18 mai 2016 10 h 34

    Études indépendantes ?

    De ces 900 études et publications, combien d'entre elles sont indépendantes ?

    Si les OGM sont si inoffensifs, alors pourquoi une telle réticence à étiqueter les produits qui en contiennent ?

    Autre point, pourquoi Monsanto met tant d'embuches pour les chercheurs indépendants sur les OGM. Prenons par exemple, la recherche sur les OGM menée par l'équipe de Gilles-Éric Séralini du CRIIGEN et Université de Caen : à visionner - Tous cobayes https://www.youtube.com/watch?v=ipJuFMfE_6o.

    Pour plus d’info, visiter aussi le site web du professeur Séralini : http://www.gmoseralini.org/fr/.

    Il ne faut pas oublier les « mauvaises herbes » qui deviennent résistantes aux herbicides. La solution trouvée par Monsanto est d’utiliser des quantités plus grandes de Roundup avec possibilité d’ajouter du 2,4-D (2,4-Dichlorophenoxyacetic acid), l’ingrédient actif de l’agent orange (Paul François, 2016, interview à Radio-Canada, Medium Large, 2016 02 23).

    La question clé demeure : comment la compagnie Monsanto a-t-elle pu obtenir son homologation auprès des organismes gouvernementaux de divers pays de par le monde? La réponse est toute simple. Les études utilisées sont celles fournies par Monsanto ou par des scientifiques financés par Monsanto. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en se basant uniquement sur des études INDÉPENDANTES a classé le glyphosate (composant du Roundup) comme étant un cancérigène probable.

    Quant aux riz riche en bêta-carotène (vitamine A), demandez-vous pourquoi les agriculteurs et agricultrices de l’Inde, des Philippines , etc. l’ont refusé ?
    sources:
    http://www.infogm.org/INDE-Des-paysans-detruisent-
    http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/12/04/l

    Autres questions :
    La biodiversité ?
    L’accaparement des semences par quelques multinationales ?
    L’asservissement des petits agriculteurs envers ces multinatio

  • Tim Yeatman - Abonné 18 mai 2016 10 h 50

    Non mais! Vous voulez rire?

    Mais on nous prend vraiment pour des cons, ou quoi?

    On nous rechante encore les mêmes histoires, ma foi!

    C'est à croire que l'industrie des semences et des produits pharmaceutiques ont réussi à graisser bien des pattes.

    Malheureusement, quand on connaîtra enfin les résultats de nos "expérimentations" avec la nature, il sera trop tard.

    Johanne Dion
    Richelieu, Qc

  • Carmen Labelle - Abonnée 18 mai 2016 14 h 13

    L'indépendance des chercheurs et de la Presse de plus en plus à remettre en question

    Le même Jean-Louis Santini qui a pondu un article titré «Les cellulaires pourraient protéger de la maladie d'Alzheimer».Ouf! De plus en plus, les articles dans le Devoir proviennet de la même source que dans tous les autres journaux....partout le même article d'une agence de Presse. Dommage et inquiétant! Pour les experts indépendants et les études «indépendantes» dont pas une n'est mentionnée, on repassera.Il faut chercher les liens entre l'industrie et les scientifiques à leur solde. Les deux derniers directeurs du New England Journal of medecine ont démisionné en disant qu'ils ne pouvaient plus garantir l'indépendance des études et même des révisions par des pairs. À noter aussi que l'étude de Gilles-Eric Séralini et de son équipe de l’Université de Caen sur le maïs génétiquement modifié NK603 et l’herbicide Roundup,reproduisant l'étude faite et présentée par Monsanto pour faire homologuer son produit, a démontré non seulement des effets secondaires importants au niveau de la santé, mais aussi une importante distortion et biais dans l'expérience présentée pâr Monsanto . L'étude de Seraliny, qui a triomphé de tous les efforts de Monsanto pour le faire taire, est l’étude toxicologique la plus longue et la plus complète jamais réalisée au monde sur un organisme génétiquement modifié (OGM) et un herbicide sous sa formulation commerciale : elle a été effectuée sur 200 rats (100 mâles et 100 femelles) pendant deux ans (c’est-à-dire tout au long de leur vie) avec plus de 100 paramètres analysés sur chacun d’eux. Monsanto a beaucoup d'argent et le bras long, mais au bout du compte, le pouvoir c'est nous qui l'avons, parce qu'acheter c'est voter!