Énergie Est exporterait du pétrole américain… vers les États-Unis

En plus des projets d'exportation vers les États-Unis, TransCanada envisage toujours de construire un port au Québec.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir En plus des projets d'exportation vers les États-Unis, TransCanada envisage toujours de construire un port au Québec.

S’il est construit, le pipeline Énergie Est devrait notamment servir à exporter du pétrole américain vers le marché… américain. C’est là un des très nombreux éléments précisés dans la demande révisée déposée mardi à l’Office national de l’énergie. Le projet de la pétrolière s’y décline sur un total de 38 885 pages.

Un des documents inclus dans cette volumineuse documentation présentée uniquement en anglais fait état des marchés visés par le projet de pipeline. TransCanada y indique qu’Énergie Est servira notamment à transporter du pétrole provenant de la région de Williston, au Dakota du Nord, où on exploite du pétrole de schiste.

Ce pétrole sera transporté jusqu’au pipeline Énergie Est grâce à un nouveau pipeline qui traversera la frontière, des États-Unis vers le Canada. Ce projet « Upland Pipeline » pourrait transporter quotidiennement 300 000 barils de brut vers le territoire canadien dès 2020. En théorie, près du tiers du pétrole transporté par le pipeline Énergie Est pourrait donc être du pétrole de schiste exploité aux États-Unis.

Raffineries américaines

Selon la documentation déposée à l’Office national de l’énergie, ce pétrole pourra ainsi être transporté jusqu’à la côte est, en passant par le Québec, puis chargé à bord de pétroliers. « La destination la plus probable serait le marché le plus près géographiquement et qui a besoin de pétrole léger, soit la côte est américaine » et ses raffineries, précise l’entreprise albertaine.

En clair, du pétrole américain devrait être importé au Canada, pour ensuite être exporté vers les États-Unis. Une telle option de transport serait d’ailleurs intéressante pour l’industrie pétrolière, puisqu’elle permettrait d’en réduire les coûts, par rapport au transport par trains.

Port au Québec ?

La demande déposée mardi par TransCanada indique par ailleurs qu’elle a déjà trouvé des façons d’expédier un total de 845 000 barils par jour à ces futurs clients. Mais la pétrolière cherche toujours le moyen d’expédier un volume de 150 000 barils. Des « options » sont actuellement considérées, dont celle d’un projet de port au Québec, donc sur le Saint-Laurent, mais qui ferait l’objet d’une « demande séparée » de celle pour le pipeline Énergie Est.

Dans le meilleur des scénarios actuellement sur la table, pas moins de 900 000 barils transportés chaque jour par le pipeline seraient destinés à l’exportation, soit plus de 80 % du pétrole. D’ailleurs, selon ce qu’a déjà indiqué TransCanada, la multinationale souhaite exporter du brut vers les États-Unis, mais aussi l’Europe et l’Inde.

Demande complexe

C’est l’Office national de l’énergie qui a demandé à TransCanada en février dernier de revoir sa demande, jugeant très ardue la compréhension des dizaines de milliers de pages de documents alors envoyées à l’organisme fédéral.

« En étudiant les rapports supplémentaires, mises à jour sur le projet, errata et modifications qui ont été ajoutés au volume considérable d’informations déposé initialement, l’Office a constaté qu’il est difficile, même pour des experts, de s’y retrouver dans la demande telle qu’elle est présentée actuellement. L’Office craint qu’il soit encore plus difficile pour le public en général de comprendre et de s’y retrouver », avait alors souligné l’organisme.

La demande déposée mardi se décline tout de même dans une très longue liste de documents très techniques et présentés pour le moment uniquement en anglais. La version française doit normalement être rendue publique d’ici un mois.

En parallèle, TransCanada mène actuellement l’étude d’impact de son projet pour le gouvernement du Québec. Celle-ci doit être déposée en juin.

Consultez notre dossier sur Énergie Est : le projet de la controverse


 
15 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 17 mai 2016 16 h 55

    Ne dit on pas colonisé un jour colonisé toujours

    Allons-nous être capable de les empêcher de venir nous piétiner comme des vulgaires, enfin depuis la Commission Charbonneau tout le monde sait que ca n'a pas d'importance, pourquoi ils s'en priveraient.

  • Pierre Lalongé - Inscrit 17 mai 2016 17 h 11

    A qui vont les profits? Pour qui sont les risques?

    Les États-Unis refusent le pipeline Keystone XL mais le Canada accepterait le Upland Pipeline pour sortir le pétrole du Dakota du nord (du pétrole de la formation de Bakken comme celui de Mégantic).
    Pourquoi le Québec laisserait passer ce pétrole hautement toxique et explosif?

    • Brigitte Garneau - Abonnée 18 mai 2016 12 h 34

      Et pendant ce temps-là, L'Alberta est en feu et celui-ci menace même certaines stations pétrolières...Est-ce que nous nous réveillerons de ce cauchemar avant qu'il ne soit trop tard? Sommes-nous imbéciles à ce point? Il faut croire que oui. Pour répondre à votre question, Monsieur Lalongé, je constate que personne ABSOLUMENT PERSONNE ne pourra tirer profit de cet IMMONDE GÂCHIS!!!

  • André Mainguy - Inscrit 17 mai 2016 18 h 33

    Énergie Est

    Pourquoi ne dit-on pas aux Québécois et aux Canadiens que le projet d'Énergie Est servira à transporter du pétrole américain vers les ports de la Côte Est et non du pétrole canadien ?

    Est-ce que Philippe Couillard l'ignore ? Ce serait assez aberrant !

    René Lévesque disait : Un peuple informé c'est un peuple libre. La liberté a foutu le camp avec le monde des affaires. Voilà pourquoi ce monde des affaires dont les 1% des plus riches contrôlent 99% du PIB mondial.

    Lesage diasait : Qui s'instruit s'enrichi ! Parlait-il des membres instruits du PLQ ? Je ne le crois pas...

  • Raymond Labelle - Abonné 17 mai 2016 20 h 11

    Donc, le Canada sert de raccourci aux EU...

    ...pour envoyer son pétrole vers ses raffineries.

    L'article dit: «En théorie, près du tiers du pétrole transporté par le pipeline Énergie Est pourrait donc être du pétrole de schiste exploité aux États-Unis."

    Et l'autre 2/3? Du pétrole conventionnel des EU dirigé vers les raffineries des EU? Ou du pétrole canadien destiné à l'exportation? Et si oui, à l'exportation où?

    Une combinaison?

    Pas clair.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 mai 2016 06 h 33

      Une seule chose est clair : ce dossier ne l'est pas. C'est le premier point.

      S'agissant du pétrole sale des sables bitumineux, depuis le début, c'est de ce pétrole dont il s'agit. Maintenant, ce n'est plus le cas, mais le pipeline demeure. C'est le deuxième point.

      Le troisième, nouveau car inattendu comme une carte frimée, ce serait du pétrole américain transporté par pipeline, avec un port à venir dans le Saint-Laurent, pour se rendre par bateaux à l'est des États-Unis, ce qui, en principe, diminue la longueur du pipeline qui passerait au Québec et ferait un pied-de-nez à Irving depis que cette compagnie a dit qu'elle n'achèterait pas tant de pétrole sale que ça.

      Voilà autant de raisons pour dire NON à Énergie-Est. Le territoire du Québec, le fleuve Saint-Laurent et le peuple québécois n'est pas la cour arrière de cette multinationale qui veut s'en servir comme bon lui semble.

      Dire NON à son pipeline pour ce pétrole sale, c'est dire aussi NON à un pétrole aussi sale fut-il américain.

      Si les entreprises du Dakota veulent rejoindre les raffineries de l'est des États-Unis, qu'elles pensent à leur cour arrière qui, soit dit en passant, est moins longue à franchir, mais sûrement plus compliquée à utiliser

      Et, si elles veulent un raccourci en passant par des provinces sympathiques au Canada, elles peuvent imaginer un parcours qui se rend à Windsor et franchit les États au sud de l'Ontario et du Québec pour s'y rendre.

      C'est élémentaire.

      Comme cela ne semble pas être le cas, il faut savoir pourquoi EnergieEst a l'oeil sur ce qu'elle considère une cour arrière au Québec.

      Énergieest estime-t-elle que cette cour est la leur et que ceux qui habitent le territoire du Québec pensent ainsi.

      Terriblement ahurissant si c'est le cas. Et absolument révoltant.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 18 mai 2016 14 h 34

      Pourquoi en effet le pipeline ne passe pas par les Etats du Nord-Est des USA sans nous déranger sur nos terres avec ce pipeline et les bateaux sur notre St-Laurent.Probablement que,comme B.C.ils n en veulent pas sur leur terres américaines.La crainte est le début de la sagesse. Et nos braves libéraux n ont peur que des souverainistes et des référendums. J-P.Grise

  • - Inscrit 17 mai 2016 21 h 16

    Le lapin, le chapeau

    Cette compagnie va toujours sortir un lapin du chapeau. Après avoir fait chanté le Québec et les culpabiliser sur la base du nationalisme canadian, voilà qu'on apprend que le pipline servira aux Américains pour exporter leur pétrole ... chez eux. On appelle ça comment ? Nous faire payer les risques ? Non merci messieusr les canado-américains. On est pas aussi épais que vous semblez le croire.

    Le gouvernement du Québec et les Québécois doivent plus que jamais dire NON à cette compagnie voyou qui nous prend pour des caves !

    • Léonel Plasse - Abonné 18 mai 2016 12 h 00

      Vous faites confiance au gouvernement québécois?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 18 mai 2016 15 h 06

      Bravo M.Georges Hubert,les citoyens réveillés et allumés refusent ce pipeline,mais on ne peut pas en dire autant du gouvernement du Québec colonisé ,dépendant et vassal d Ottawa ,du ROC et par conséquent des Américains qui voient le manque de vision,de colonne vertébrale de notre cabinet..... J-P.Grise