La tordeuse des bourgeons de l’épinette gagne du terrain au Québec

L’épidémie de tordeuses des bourgeons de l’épinette est maintenant bien présente dans «plusieurs régions», y compris dans les forêts du Saguenay–Lac-Saint-Jean, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.
Photo: Matt Medler Associated Press L’épidémie de tordeuses des bourgeons de l’épinette est maintenant bien présente dans «plusieurs régions», y compris dans les forêts du Saguenay–Lac-Saint-Jean, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

L’épidémie de tordeuses des bourgeons de l’épinette continue de prendre de l’ampleur au Québec. Une situation qui oblige d’ailleurs le gouvernement à accroître les superficies forestières qui feront l’objet d’arrosages aériens d’insecticide cette année.

Les invasions de cet insecte particulièrement destructeur pour les conifères reviennent de façon « cyclique » au Québec. Nous sommes d’ailleurs en plein coeur d’une épidémie qui a débuté en 2006 et qui prend de l’ampleur, souligne le professeur de l’UQAM Daniel Kneeshaw, qui prenait part lundi à un colloque sur le sujet dans le cadre du congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas).

Même si le phénomène est en bonne partie naturel, les chiffres fournis au Devoir par la Société de protection des forêts contre les insectes et maladies (SOPFIM) n’en démontrent pas moins que la tordeuse gagne actuellement du terrain. Plus de 4,3 millions d’hectares de forêts québécoises (43 000 km2) étaient infestés par l’insecte en 2014.

La superficie est passée à 6,3 millions d’hectares en 2015 (63 000 km2) et on s’attend à ce que la surface frappée continue de croître cette année, selon le directeur général de la SOPFIM, Jean-Yves Arseneault.

Même s’il est difficile de prédire le pic d’infestation, il pourrait selon lui dépasser les 20 millions d’hectares de forêts (222 000 km2). Les trois épidémies d’envergure qui ont eu lieu au Québec au XXe siècle ont touché entre 26 et 32 millions d’hectares à divers degrés de gravité.

Vaste territoire

En plus de l’augmentation des superficies frappées par la tordeuse, la SOPFIM constate que « plusieurs régions » sont désormais aux prises avec l’insecte. Si elle a débuté essentiellement sur la Côte-Nord, l’épidémie est maintenant bien présente au Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais aussi au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

À titre d’exemple, les peuplements forestiers atteints avoisinaient les 94 000 hectares dans le Bas-Saint-Laurent en 2012, alors qu’ils avoisinaient les 900 000 hectares en 2015. « Ça s’étend comme une épidémie, même s’il a fallu du temps pour que la rive sud du Saint-Laurent soit touchée », explique M. Arseneault.

Afin de lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette, le gouvernement mène depuis 2009 des programmes d’arrosages aériens d’insecticide. Cette année, Québec prévoit que 220 000 hectares de forêts seront arrosés, contre 177 610 hectares en 2015. Un budget estimé à 16,3 millions de dollars sera requis et assumé à environ 77 % par le gouvernement et 23 % par l’industrie.

Le but n’est pas d’éliminer complètement l’insecte, présent de façon naturelle dans les forêts de toutes les provinces canadiennes. « L’objectif du programme est de préserver au moins la moitié du feuillage annuel des essences vulnérables, soit le sapin baumier et l’épinette blanche », explique le directeur général de la SOPFIM. Cela leur permettrait de passer au travers de l’épidémie.

L’épinette noire, surtout présente plus au nord, pourrait aussi être davantage frappée par cet insecte ravageur. Un indice de plus que les changements climatiques ont des impacts sur l’écosystème forestier québécois ? Le réchauffement pourrait bel et bien favoriser le développement de la tordeuse, selon le professeur Daniel Kneeshaw.
 

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