Un livre et une «déclaration» contre Énergie Est

Plusieurs membres de groupes écologistes et citoyens ont souligné que le projet Énergie Est représente en fait une <em>«</em><em> </em><em>menace aux écosystèmes, à notre santé ainsi qu’au climat de la planète</em><em> </em><em>».</em>
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs membres de groupes écologistes et citoyens ont souligné que le projet Énergie Est représente en fait une « menace aux écosystèmes, à notre santé ainsi qu’au climat de la planète ».

Une cinquantaine de groupes écologistes et citoyens ont lancé mercredi matin une déclaration d’opposition au projet de pipeline Énergie Est, au moment où la maison d’édition Écosociété publie un livre très critique du projet d’exportation de pétrole des sables bitumineux.

« Nous disons non à Énergie Est. C’est un refus catégorique et sans compromis que nous affichons à l’endroit du projet d’oléoduc de la compagnie TransCanada, de même qu’à toute tentative d’expansion du complexe des sables bitumineux », souligne d’entrée de jeu la déclaration, signée par une cinquantaine de groupes écologistes, de représentants autochtones et de personnalités publiques.

« Notre refus ne relève pas d’une quelconque posture du « pas dans ma cour ». Ses assises sont plus larges et profondes, ajoutent ses auteurs. Il se fonde sur un devoir envers le climat qui prime sur tout droit à l’extraction. Nous n’en avons pas contre le pétrole, mais l’extraire et le consommer de façon aussi insouciante est désormais une position insoutenable pour l’avenir de la planète. Certains gisements doivent rester sous terre, et les sables bitumineux entrent dans cette catégorie. »

Selon eux, le projet de pipeline représente en fait une « menace aux écosystèmes, à notre santé ainsi qu’au climat de la planète ». En plus des risques pour les cours d’eau au Québec, mais aussi le territoire agricole et celui de 65 municipalités, ils rappellent que le Canada s’est engagé à respecter les termes de l’accord climatique de Paris. Cet accord prévoit de mettre en oeuvre des mesures afin de limiter le réchauffement planétaire 1,5 °C. Un objectif selon eux irréconciliable avec la croissance de la production des sables bitumineux que facilitera le pipeline Énergie Est.

« La science des changements climatiques est formelle : 85 % des réserves d’hydrocarbures des sables bitumineux doivent rester dans le sol d’ici 2050 afin d’éviter un dérèglement du climat. Nous ne pouvons faire fi de ce signal d’alarme en ouvrant les vannes à l’industrie pétrolière. Nous ne pouvons ignorer l’impératif de la transition énergétique. C’est là que nous devons investir nos énergies et canaliser notre inventivité », insistent-ils.

Pour le moment, seul le gouvernement fédéral s’est engagé à mener une évaluation des émissions de gaz à effet de serre liées à la production pétrolière qui circulera dans le pipeline Énergie Est. Le gouvernement du Québec a décidé de faire fi de l’enjeu climatique, selon ce qui se dégage de la directive transmise à TransCanada pour la réalisation de l’étude d’impact que la pétrolière a finalement accepté de mener au Québec. L’entreprise ne mentionne pas non plus les gaz à effet de serre dans son avis de projet transmis au gouvernement Couillard.

Le « piège » Énergie Est

« Énergie Est est un piège écologique, économique et social qui veut nous enfermer pour plusieurs décennies dans la dépendance à une croissance dopée au pétrole », a pour sa part résumé en conférence de presse l’auteur du livre Le piège Énergie Est : Sortir de l’impasse des sables bitumineux, l'économiste Éric Pineault.

« L’opposition des Premières Nations à ce projet insensé va de soi et les dangers que représente Énergie Est ne sont pas qu’environnementaux. La dégradation des terres, lacs et rivières est une blessure culturelle, parce qu’elle contribue à la destruction de modes de vie déjà précaires. Jusqu’où devront aller les nations autochtones dans leur opposition à ce projet ? Le Canada n’a pas besoin d’une seconde Crise d’Oka », a aussi fait valoir Maïtée Labrecque-Saganash, du mouvement Idle No More.

Les auteurs de la déclaration et M. Pineault ont également rappelé que le pétrole qui sera transporté par le pipeline Énergie Est sera surtout destiné à l’exportation. Or, « le Québec n’a pas à devenir une autoroute pour le pétrole des sables bitumineux », a soutenu la députée péquiste Martine Ouellet.

Selon les données actuellement disponibles, plus de 80 % de 1,1 million de barils de brut qui seront transportés chaque jour seront directement exportés or du Canada. TransCanada a d’ailleurs fait valoir, dans le cadre des audiences avortées du BAPE, qu’elle pourrait toujours construire un port au Québec afin d’exporter du brut à partir des rives du Saint-Laurent.

Selon TransCanada, le pipeline devrait être construit sur une période d’environ deux ans, à partir de 2018. Cela veut dire que le pétrole des sables bitumineux et du Dakota du Nord pourrait traverser le territoire québécois sur 650 kilomètres à partir de 2020 ou 2021.

 

21 commentaires
  • Richard Lupien - Abonné 27 avril 2016 13 h 01

    Nous voulons un référendum.

    Seuls les citoyens ont la légitimité de décider de cette question. Les partis de l'opposition qui le veulent doivent exiger un tel plébiscite.

    Les ambitions et espoirs du peuple ne convergent plus dans la même directions que les malheureux affairistes.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 27 avril 2016 15 h 04

      Un référendum!!! C'est bien trop dangereux.

      Le peuple n'est que le spectateur, comme à l'époque des rois nous n'avons pas un mot à dire.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 27 avril 2016 16 h 30

      En effet, il n'y a pas d'autre moyen de consulter la population! Cependant, le mot RÉFÉRENDUM ne fait pas partie du vocabulaire des libéraux! Ils ne savent pas et ne veulent surtout pas savoir ce que cela implique. La dernière chose dont ils ont besoin, c'est de notre avis! LES AFFAIRES SONT BIEN PLUS IMPORTANTES QUE LA VIE! Parlez-en à notre MÉDECIN DE PM!

    • Marc Brullemans - Abonné 27 avril 2016 16 h 33

      J'appuie! C'était d'ailleurs une proposition que je faisais en août 2013 sur cette même tribune.

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 avril 2016 19 h 53

      Dans notre joyeuse démocratie, les citoyens.nes n'ont aucun droit ni pouvoir pour appeler à un référendum..

      Et vive la république de banane du Québec!



      - CM

    • J-Paul Thivierge - Abonné 27 avril 2016 20 h 11

      Quand le PQ, inspiré par B Drainville a changé certaines lois de fonctionnements comme les élections à date fixe il y aussi eu l'ajout d'une loi pour les consultations populaires qui pourrait s,appliquer à vérifier l'acceptabilité sociale à l'exportation de bitumineux suite à des informations complètes et honnêtes incluant la hausse des GES exportés et notre signature de l'entetnte de Paris pour le réduction des émissions de GES. Car présentement le gouvernement PLQ n'a que le vote de 3 électeurs sur 10 et même pas sur ce sujet précis et de certains citoyens qui votent pour ce parti par tradition sans y réfléchir.
      Ainsi donc un gouvernement québécois représentant moins de 20 % des citoyens pourrait imposer à 80 % de la population une décision aussi sérieuse à moyen et long termes.
      Comme en Suisse et en Californie VIVEMENT des consultations populaires régulières sur des sujets stratégiques et majeurs.
      Si on décide de faire un référendum on pourra valider par consultation populaire et si plus de 2 millions de personnes en souhaitent un L on pourra alors enclencher la procédure et les échéanciers .

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 avril 2016 10 h 16

      Le référendum a déjà eu lieu. Deux fois.

      Et les Québécois ont choisi de vivre minoritaires, à la merci de la volonté de la majorité.

      Si le Québec était déjà indépendant, la controverse relative à Énergie-Est n’existerait pas; l’Ouest canadien exporterait son pétrole par la Baie d’Hudson.

      Si le Canada anglais a pu adopter une constitution sur notre dos (sans même nous inviter à la séance ultime de négociation), croyez-moi qu’il n’hésitera pas à nous faire passer ce pipeline sur le corps, que nous le voulions ou non.

      La Démocratie, c’est quand les minorités (nous) peuvent s’exprimer, mais c’est aussi quand les majorités (eux) peuvent agir.

      M. Couillard a raison; notre capitulation finale à Énergie-Est est le prix de notre appartenance au Canada.

  • Roger Bertrand - Abonné 27 avril 2016 14 h 13

    Enfin un groupe qui saisit les véritables enjeux

    Bravo à ce groupe certainement plus objectif que Transcanada et ses lobbyistes !

  • Pierre Fortin - Abonné 27 avril 2016 14 h 38

    On en revient toujours à l'acceptabilité sociale


    Il est temps que Philippe Couillard se prononce sur ce qu'il entend par "acceptabilité sociale". Reconnaît-il que la population doit avoir le dernier mot, le droit politique ultime de veto, sur ce projet qui fera peser sur les générations qui viennent la menace de déversements dont les conséquences sont imprévisibles et surtout inquantifiables?

    Les "pétrophiles" qui parlent de sécurité d'un pipeline doivent malheureusement reconnaître que l'expérience vécue ailleurs dessert leurs arguments. Il y aura déversement comme il y a en eu de nombreux et des plus désastreux dans un passé récent. Le débit annoncé pour Énergie Est est hors norme et ne laisse présager que pire encore.

    Philippe Couillard doit cesser son jeu de cache-cache et déclarer ouvertement et clairement sa position face à Énergie Est. Comment un Premier ministre peut-il demeurer aussi timide devant un mouvement social qui ne cesse de prendre de l'ampleur et qui risque de déraper?

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 avril 2016 19 h 58

      Si les étudiants avaient pu bénéficier du principe d'acceptabilité sociale lors du printemps érable.. Jamais Charest n'aurait pu augmenter les frais de scolarité.

      Si 200,000 personnes qui descendent dans la rue plusieurs fois pour manifester qu'une loi est innaceptable.. Je ne vois en quoi ce principe peut changer quelque chose.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 27 avril 2016 20 h 16

      Comme P Couillard a déjà dit qu'en 2017, au 150 ième , il signerait la constitution, puis là, il y a l'utilisation du territoire québécois pour exporter le polluant bitumineux et mondialiser les émissions de GES. Sur ces 2 sujets ,c'est un minimum incontournable qu'il y ait processus de consultations populaires suivant la norme.

  • P. Raymond - Inscrit 27 avril 2016 14 h 58

    Et comme par hasard

    Dès qu'il toucherait le Québec le tracé descendrait au Sud afin d'affecter les prises d'eau potable et le territoire du plus grand nombre de citoyens possible. Comment des gouvernements se prétendant élus par le peuple peuvent-ils aller autant à l'encontre du devenir de leurs citoyens et laisser agir une multinationale ainsi?

    Merci à tous ces groupes et à toutes ces personnes se portant à la défense des citoyens, de leur avenir et de leur environnement.

  • Jacques Sideleau - Abonné 27 avril 2016 17 h 05

    Acceptabilité sociale ou rien!

    Je suis d'accord avec vous, monsieur Lupien. Les impacts de ce projet sont vraiment trop graves pour laisser le gouvernement (de moins en moins crédible) et les gens d'affaires (qui se foutent de tout sauf le profit) décider à la place des citoyens, les enjeux environnementaux étant beaucoup trop importants. Eux tout ce qu'ils veulent, c'est la "piastre". Quant à l'apport économique que le projet pourrait générer pour le Québec, on le sait dérisoire (très peu d'emplois lors de l'exploitation, absence de redevances). L'acceptabilité sociale doit y être avant que tout autre aspect soit à l'étude, sinon pas de projet! Nous ne prendrons pas le risque que notre territoire devienne une poubelle à pétrole sale.
    Nous voulons un référendum!