El Niño, une menace pour la sécurité alimentaire

El Niño a atteint son apogée en tant que phénomène météorologique il y a trois mois déjà, à la mi-janvier. Mais ses effets, dévastateurs, sur les récoltes et la sécurité alimentaire se font, eux, de plus en plus durement sentir.

El Niño a atteint son apogée en tant que phénomène météorologique il y a trois mois déjà, à la mi-janvier. Mais ses effets, dévastateurs, sur les récoltes et la sécurité alimentaire se font, eux, de plus en plus durement sentir.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), sécheresses, inondations et températures extrêmes provoquées par le phénomène El Niño, l’un des plus puissants des dernières décennies, affectent quelque 60 millions de personnes de par le monde, depuis les îles du Pacifique, le Timor oriental ou le Vietnam, jusqu’au corridor sec d’Amérique centrale, en passant par l’Éthiopie et l’Afrique australe.

Dans cette dernière région, 36 millions de personnes souffrent actuellement d’insécurité alimentaire. En proie à une terrible sécheresse depuis le début de la campagne 2015-2016, de vastes zones du Zimbabwe, du Malawi, de la Zambie, d’Afrique du Sud, du Mozambique, du Botswana, de la Namibie, du sud de l’Angola et de Madagascar enregistrent les plus faibles précipitations depuis trente-cinq ans, ce qui a entraîné des retards dans les semis et affecté le développement des cultures et la repousse des pâturages.

Tout laisse à penser que les pertes de récoltes seront considérables à l’échelle régionale. Estimée à 7,4 millions de tonnes, la production de maïs en Afrique du Sud pourrait accuser une chute de 30 % par rapport à 2015, et de 40 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Dans le reste de l’Afrique australe, la récolte céréalière ne devrait pas dépasser 17 millions de tonnes, là encore en recul par rapport aux niveaux déjà faibles de la dernière campagne.

Des progrès « sapés »

Ces baisses prévues de rendements font grimper les prix des denrées alimentaires, rendant la situation des ménages précaires d’autant plus incertaine. Après la Namibie, le Lesotho, le Zimbabwe, le Swaziland et cinq des neuf provinces d’Afrique du Sud, le Malawi a à son tour, le 13 avril, déclaré l’état d’urgence.

En Afrique de l’Est, la situation en Éthiopie se dégrade également fortement : 10,2 millions de personnes sont en proie à la faim. Plus de 2,2 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de sous-nutrition et 450 000 de malnutrition aiguë.

« L’Éthiopie connaît une sécheresse aussi sévère que celle de 1984, qui avait été dévastatrice. La situation dans ce pays est d’autant plus préoccupante que son gouvernement s’est fortement mobilisé ces dernières années et a réalisé d’importants efforts pour développer l’accès à l’eau potable, investir dans les infrastructures – désormais on n’est jamais à plus de quatre heures d’une route – et accroître l’assistance aux ménages vulnérables. Autant de progrès que El Niño est en train de saper », s’alarme Dominique Burgeon, directeur de la division de l’urgence et de la réhabilitation de la FAO. « En Éthiopie comme en Afrique australe, l’impact sur la sécurité alimentaire va se faire sentir jusqu’à la fin 2016 », prévient cet expert.

Réunies le 17 mars à Rome, quatre agences de l’ONU – la FAO, le Fonds international pour le développement agricole, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires et le Programme alimentaire mondial – ont appelé la communauté internationale à une réaction forte. Elles estiment en effet le besoin d’aide alimentaire d’urgence et d’assistance humanitaire à plus de 2,4 milliards de dollars (2,12 milliards d’euros). Or il en manque 1,5 milliard.

« C’est maintenant qu’il faut se mobiliser »

« Cela fait un an et demi qu’on annonce que El Niño aura des effets catastrophiques, mais les bailleurs commencent à peine à se mobiliser ! Combien de crises El Niño faudra-t-il encore pour que des actions concrètes soient mises en place et que les pays puissent avoir les moyens de répondre aux impacts dès le début et de renforcer la résilience des populations vulnérables ? », interpelle Bertrand Noiret, chargé de plaidoyer sur le changement climatique d’Action contre la faim, une ONG présente entre autres en Éthiopie, au Malawi et au Zimbabwe.

La priorité pour la FAO, en Éthiopie comme en Afrique australe, est d’acheminer du fourrage et des vaccins pour le bétail et de livrer aux agriculteurs des semences et des engrais pour préparer la prochaine campagne de semis. « C’est maintenant qu’il faut se mobiliser et aider les ménages, insiste Dominique Burgeon à l’adresse des bailleurs. D’autant que, tant en Afrique australe qu’en Éthiopie, cette extrême sécheresse intervient après une année [2014-2015] chaude et sèche qui avait déjà amputé la campagne agropastorale et érodé la capacité des populations à rebondir. »

« Actuellement, on est au pic de la saison de soudure [ce laps de temps entre l’épuisement des réserves et la nouvelle récolte], ajoute M. Burgeon. Les récoltes vont arriver, donnant le sentiment d’une amélioration. Mais elles seront très faibles, et les personnes auront encore moins de moyens de résistance. La prochaine période de soudure sera encore plus longue. » Pour susciter un sursaut de la communauté internationale, l’ONU doit organiser le 26 avril une réunion des bailleurs à Genève.


10,2 millions
C’est le nombre de personnes qui souffrent de la famine en Éthiopie.
1 commentaire
  • Louise Morand - Abonnée 26 avril 2016 08 h 20

    El Nino et les GES?

    Il serait intéressant de faire le lien entre la force d'El Nino et les changements climatiques. Nous savons qu'avec la stagnation du Gulf stream, due à la fonte des glaces aux pôles, les courants chaud et froid se mélangent moins bien entre les hémisphères nord et sud. Le froid reste au nord et le chaud au sud. El Nino a été nourri par cette chaleur, amplifiant les sécheresses. Pourquoi les médias ne font-ils pas le lien avec les changements climatiques et les émissions de GES?