L’heure des comptes

Une tour de refroidissement de la centrale nucléaire de Civaux, en France. Un seul accident nucléaire grave en France reviendrait à 140 milliards de dollars au minimum, a-t-on estimé en 2012.
Photo: Guillaume Souvant Agence France-Presse Une tour de refroidissement de la centrale nucléaire de Civaux, en France. Un seul accident nucléaire grave en France reviendrait à 140 milliards de dollars au minimum, a-t-on estimé en 2012.

Le 26 avril 1986 survenait la plus grosse catastrophe nucléaire de l’histoire. Trente ans plus tard, du Japon à l’Ukraine en passant par la France, le coût humain et financier de l’atome ne cesse de croître.

Il y a tout juste trente ans, le monde a découvert avec Tchernobyl un accident nucléaire inégalé dont on paie encore le prix aujourd’hui. Il y a à peine plus de cinq ans, la catastrophe de Fukushima a montré que même les pays les plus en pointe en matière de technologie n’étaient pas à l’abri des dangers de l’atome.

Au-delà du coût humain et environnemental, le nucléaire a un coût financier exorbitant. Il se chiffre à plus de 1000 milliards de dollars pour l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie. Plus de 1500 milliards pour le Japon… Un seul accident grave en France (non majeur) reviendrait à 140 milliards de dollars a minima, prédisait en 2012 l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

Loin du catastrophisme, la Commission européenne vient d’estimer que 123 milliards d’euros seront nécessaires d’ici à 2050 pour le démantèlement des centrales finissantes et 130 milliards d’euros pour la gestion du combustible usé et des déchets radioactifs. Et si l’on se penche sur la seule évolution des dépenses d’investissements et de maintenance, on constate qu’elles explosent depuis dix ans : « 100 milliards d’euros entre 2014 et 2030, soit 1,7 milliard en moyenne par réacteur », estime la Cour des comptes pour la seule France, championne du monde de la production électrique d’origine nucléaire par habitant. Les réacteurs nouvelle génération, façon Flamanville ? Un chantier estimé à 10,5 milliards d’euros, trois fois le devis initial.

Le monde compte 438 réacteurs en activité ; une soixantaine est en construction. Si la France entend ramener sa part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 %, des pays ont compris le prix du nucléaire et décidé d’en sortir progressivement : l’Allemagne, la Suède, la Belgique, l’Italie ou la Suisse. Résultat, même si la Chine continue de construire des centrales, la part de l’atome dans le mix énergétique mondial est passée de 18 % en 1998 à… 12 % en 2015. Et cette part n’est pas amenée à progresser, même si, pour lutter contre le réchauffement climatique, l’Agence internationale de l’énergie préconise le doublement du parc mondial d’ici à 2050.

Mais il existe un autre moyen de ne pas émettre de gaz à effet de serre sans pour autant puiser dans une énergie non renouvelable : arrêter d’utiliser les énergies fossiles. C’est la tendance. Quatre-vingt-dix pour cent des nouvelles capacités de production d’électricité installées dans le monde l’an dernier sont à la base renouvelables : c’était 50 % en 2013. Un boom qui s’explique par la chute des prix : - 45 % pour les seules éoliennes depuis 2010. D’ailleurs, jamais les capacités installées d’énergies renouvelables n’ont autant progressé qu’en 2015 : + 8,3 %.