Le défi environnemental de Justin Trudeau

Sous les applaudissements de dirigeants du monde entier, Justin Trudeau doit signer ce vendredi aux Nations unies l’accord de Paris sur la lutte contre les changements climatiques. Mais tout de suite après les poignées de main, les sourires et les tapes dans le dos, le vrai travail commencera en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les « voies ensoleillées » évoquées par le premier ministre risquent de céder la place à des passages nuageux.

Quelque 130 pays enverront un signal fort en signant l’accord de Paris en ce Jour de la Terre, le 22 avril. Les États signataires se sont engagés à tout mettre en oeuvre pour limiter la hausse des températures à moins de deux degrés Celsius par rapport aux « niveaux préindustriels ». Pour cela, ils devront réduire leurs émissions de GES de 40 % à 70 % d’ici 2050.

Il s’agit de bien belles cibles, mais le gouvernement Trudeau doit passer de la parole aux actes, insistent les groupes écologistes. Ottawa et les provinces se donnent six mois pour accoucher d’un plan de lutte contre les changements climatiques avant la ratification de l’accord de Paris par le Parlement fédéral, probablement à l’automne.

Un des défis du Canada, c’est que l’industrie pétrolière et gazière, déjà le plus important émetteur de GES au Canada (26 % des émissions totales), prévoit d’augmenter sa production, souligne René Audet, directeur de l’Institut des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Le projet de pipeline Énergie Est, destiné à livrer 1,1 million de barils de pétrole albertain par jour sur 4600 kilomètres, jusque dans les provinces de l’Atlantique, représente un défi supplémentaire pour le gouvernement Trudeau.

« Cet enjeu peut devenir un test pour l’unité nationale. Si le BAPE [Bureau d’audiences publiques sur l’environnement] recommandait de ne pas faire le pipeline Énergie Est, Ottawa pourrait difficilement aller contre la volonté d’une institution québécoise », dit René Audet.

Déjà, des élus de l’Ouest canadien ont répliqué avec vigueur quand le maire Denis Coderre et d’autres représentants québécois ont souligné les risques pour les résidants qui vivent près du pipeline envisagé. Le « Québec bashing » a irrité pas mal de monde.

Une route semée d’embûches

Arrivé à Manhattan une journée à l’avance, Justin Trudeau a eu un aperçu du dilemme qui l’attend, jeudi, lors d’une discussion avec des étudiants de l’Université de New York. Un étudiant lui a demandé comment il pourrait appuyer les projets de pipelines alors qu’il a fait campagne pour la lutte contre les changements climatiques.

Cette apparente contradiction — appui de principe aux pipelines et nécessité de réduire les émissions de GES — n’est pas le seul obstacle sur la route du gouvernement Trudeau. Ottawa et les provinces se sont donné six mois pour accoucher d’un plan canadien de lutte contre les changements climatiques. Objectif : réduire les émissions canadiennes de GES de 30 % par rapport au niveau de 2005, d’ici 2030, comme le gouvernement Harper s’y est engagé.

Les provinces ont accepté le principe de mettre un prix sur le carbone pour inciter les entreprises à moins polluer, mais des divergences subsistent. La Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse, entre autres, résistent à la mise en place de toute forme de taxe sur le carbone, comme le font la Colombie-Britannique et l’Alberta.

Le Québec, l’Ontario et le Manitoba, eux, ont choisi d’adhérer à la bourse du carbone avec la Californie. Ce marché du carbone permet aux entreprises polluantes d’acheter un droit de polluer.

« La bataille d’Ottawa pour mettre un prix sur le carbone paraît symbolique. La réalité, c’est que la majorité des provinces ont déjà mis un prix sur le carbone », estime Steven Guilbeault, du groupe Équiterre.

Il est encouragé par les investissements de 4 milliards de dollars dès cette année pour l’environnement — dont la moitié pour les changements climatiques —, annoncés dans le budget fédéral du mois dernier. « Comme disent les anglophones, “money talks”. C’est une volonté jamais vue pour un gouvernement fédéral de s’attaquer à cette question-là », dit Steven Guilbeault.

Ces sommes serviront notamment à améliorer les transports en commun. Le secteur des transports est le deuxième plus important émetteur de GES au pays, avec 23 % des émissions de tout le pays, selon Environnement Canada.

8 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 22 avril 2016 06 h 56

    Grand chantier

    Certe l'industrie est une des principales parties, mais il faudra aussi que les citoyens contribuent: or on voit de plus en plus de VUS sur le routes. Il devra y avoir une cohérence quant à la nature de l'utilité sociale de certains véhicules. Même si cela doit présager un "passage nuageux", il n'en demeure pas moins qu'il a le sens des responsabilités de s'y attaquer, contrairement à ses prédécesseurs.

  • J-Paul Thivierge - Abonné 22 avril 2016 09 h 40

    Trouvez l'erreur !

    Justin Trudeau notre spectaculaire PM signera aujourd'hui l'accord de Paris
    pour le Canada, qui ambitionne aussi de devenir exportateur
    de 500 Millions de barils de sale bitumineux par année !

    Est-ce un oxymoron linguistique ou une dichotomie fonctionnelle ?

  • J-Paul Thivierge - Abonné 22 avril 2016 09 h 48

    L'objectif ULTIME . Cesser de vouloir exporter !

    Si les producteurs bitumineux du Canada cessait de vouloir grossir même si présentement ils produisent à perte, s'ils se contentaient de maintenir la production pour satisfaire la demande canadienne sans faire aucune exportation ... à 2 millions de barils par jour cela ferait travailler des milliers de personnes dans le gisement de l'Athabaska sans devenir complice de crime contre la vie sur Terre.
    L'objectif ULTIME ; cesser de vouloir devenir exportateur et de doubler l'exploitationé

    • Denis Desmeules - Abonné 22 avril 2016 19 h 02

      Sans vouloir être éteignoir sur votre bonté idée, le marché des hydrocarbures est un libre marché mondial et les frontières n'existent pas. Ce qui peut intéresser les raffineries canadiennes peut provenir de n'importe où et le bitume canadien ira là où le prix est le meilleur sans égard à la logique nationale!

  • André Mutin - Abonné 22 avril 2016 10 h 22

    Et quelle fut la réponse ?


    « Un étudiant lui a demandé comment il pourrait appuyer les projets de pipelines alors qu’il a fait campagne pour la lutte contre les changements climatiques.»

    • François Doyon - Inscrit 24 avril 2016 07 h 34

      En effet monsieur André Mutin, "quelle fut la réponse". Pouvons-nous croire qu'elle viendra? J'aimerais bien.

  • François Boucher - Abonné 22 avril 2016 10 h 22

    Le fédéral devrait commencer par la taxe d'accise

    Dans le secteur des transports, les camionnettes et fourgonnettes sont de grands consommateurs d'essence et donc de grands émetteurs de GES. Saviez-vous que ce type de véhicule est exhonéré de la taxe d'accise fédérale?
    Comme première étape, la taxe d'accise devrait être appliquée sur ces véhicules.

    • André Bastien - Abonné 22 avril 2016 17 h 40

      Excellente suggestion. Simple à appliquer et efficace. Les fonds ainsi recueillis pourraient subventionner l'achat de véhicules électriques et une infrastructure de recharge rapide à travers tout le Canada.

      Merci M Boucher.