Du vent, dit le BAPE

Au cours des dernières années, Hydro-Québec a présenté les appels d’offres pour de nouveaux parcs éoliens comme étant un des facteurs ayant contribué aux augmentations de tarifs qui ont été imposées aux clients.
Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Au cours des dernières années, Hydro-Québec a présenté les appels d’offres pour de nouveaux parcs éoliens comme étant un des facteurs ayant contribué aux augmentations de tarifs qui ont été imposées aux clients.

Alors que l’industrie attend de Québec des indications sur l’après-2017, année de mise en service des derniers parcs éoliens résultant des appels d’offres d’Hydro-Québec, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) estime qu’il faut maintenant poser un « nouveau regard » sur cette filière et suggère au gouvernement de faire le bilan des 10 dernières années.

Dans un récent rapport de 200 pages sur le projet Nicolas-Riou, qui porte sur 68 éoliennes (224,4 MW) devant être construites l’an prochain près de Trois-Pistoles, le BAPE se penche notamment sur les enjeux économiques du développement de l’industrie éolienne au Québec, dont le coût de l’électricité.

« Il serait difficile de passer sous silence un aspect […] qui fait l’objet d’une controverse publique depuis 2013 : le coût de l’électricité d’origine éolienne au Québec », signale le rapport, passé inaperçu fin février, qui est le fruit d’une commission d’enquête coordonnée par Louis-Gilles Francoeur, ex-journaliste du Devoir.

« Le coût moyen qui ressort des trois projets retenus au 4e appel d’offres [en 2014] est nettement inférieur à celui que l’on a calculé pour les projets de l’appel précédent, qui s’est avéré le plus onéreux. Il devient ainsi compétitif par rapport au prix d’acquisition de nouvelle électricité provenant de sources hydroélectriques », poursuit l’organisme. Ainsi, Hydro-Québec a signé certains contrats d’achat à moins de 6 ¢/kWh, le prix moyen des trois projets se situant à 6,3 ¢/kWh, fait remarquer le BAPE.

Le rapport profite de l’occasion pour explorer le double mandat que le gouvernement a donné à la nouvelle filière au début des années 2000, c’est-à-dire produire du courant et faire du développement économique régional avec l’installation d’une expertise manufacturière. Aujourd’hui, la filière compte environ 1200 emplois et les sites de production manufacturière se trouvent à Gaspé, Matane et New Richmond.

Au cours des dernières années, Hydro-Québec a présenté les appels d’offres pour de nouveaux parcs éoliens comme étant un des facteurs ayant contribué aux augmentations de tarifs qui ont été imposées aux clients. Le gouvernement Couillard s’est depuis engagé à ce que le développement éolien n’ait plus d’impact sur les tarifs, ce qu’il a répété la semaine dernière lors du dévoilement de sa politique énergétique.

Le BAPE constate entre autres que 18 % des 4000 MW de la filière proviendront de « parcs communautaires », qui regroupent des acteurs locaux et des opérateurs privés, cela donnant lieu à un certain partage des profits. « Pour la commission, il s’agit d’une évolution majeure qui pourrait se poursuivre en permettant aux acteurs publics régionaux de se lier dans de nouveaux partenariats avec des acteurs publics nationaux, ce qui réserverait à l’ensemble de la population québécoise une plus grande part de la rente de cette ressource publique. »

L’industrie éolienne s’inquiète publiquement de sa base manufacturière, car plus aucun projet n’est prévu après l’année 2017, à la fin de laquelle les derniers parcs entreront en service. La politique énergétique, dont le gouvernement n’a publié que les grandes lignes, évoque la possibilité que des parcs éoliens puissent exporter directement aux États-Unis sans passer par Hydro-Québec Distribution, ce qui réjouit le milieu.

Au sujet du réseau de fournisseurs et de fabricants qui se sont développés depuis une dizaine d’années, le BAPE conclut dans son rapport qu’il est « fragile » et « étroitement dépendant d’un marché intérieur créé et alimenté par la succession d’appels d’offres gouvernementaux et que, sans leur renouvellement, les retombées pourraient disparaître ». De plus, « la proportion des bénéfices économiques et des emplois en particulier qui profitent à la région favorisée par cette politique tend à diminuer, ce qui mérite un réexamen de la part des autorités ».

Invitée à dire si Québec envisage un bilan des objectifs contenus dans sa Stratégie énergétique 2006-2015, une attachée de presse du ministre des Ressources naturelles a renvoyé Le Devoir au rapport d’un groupe de travail gouvernement-industrie produit en 2015. Ce rapport brosse l’état des lieux actuel et propose des pistes pour soutenir l’industrie québécoise, notamment la diversification, l’innovation et le développement d’une stratégie propre au secteur qui découlerait de la Politique énergétique 2016-2030.

15 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 14 avril 2016 06 h 52

    Les plus récentes éoliennes pourraient donc véritablement concurrencer les plus récents barrages hydroélectriques!

    Ce rapport sera probablement longuement étudié et commenté, mais il est heureux que l'on puisse produire de l'electricité à bien meilleur coût avec le vent qu'avec l'eau. Cette concurrence sera d'autant féroce et payante pour nous tous que les profits resteront en région et aideront à les développer. J'aurais aimé que la Commission Charbonneau enquête sur les contrats donnés par Hydro-Québec pour la construction, la réparation et l'entretien des barrages les plus récents. Comme la scandaleuse fuite pétrolière aux Îles-de-la-Madeleine nous le démontre, Hydro-Québec peut parfois être très mal administrée et faire preuve d'insouciance pour une communauté.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 14 avril 2016 18 h 44

      De pluon se doit de souligner le point avantageux que nos grands barrages réservoirs de ManicV et LG 2 entre autres permettent de stocker l'énergie quand le vent est bon et de turbiner à plusieurs reprises l'eau qu'on avait accumulé quand les vents soufflaient forts. Même si le FU des parcs éoliens est de 30 à 40 % le fait qu'ils sont situés dans diverses régions permet d'optimiser les performances réelles en combinaisons avec les réssources hydroélectrique.
      Enfin si les parcs éoliens avaient été sous gestion publique , qu'on avait installer ses parcs sur les terres publiques de Manic Outardes et de la Baie James à proximité des postes , lignes et installations de productions il y aurait eu optimisation efficace des lignes et équipements de transport vers les centres d'utilisation.
      Bien certain, il est encore temps d'utiliser ces options quand la demande de fourniture augmentera partout chez nos voisins pour vendre avec profits nos surplus d'énergie propre et renouvelable pour atteindre nos cibles de réduction des émissions de GES et pour accélérer la transition énergétique comme l'électrification des transports collectifs et individuels .

    • Carmen Labelle - Abonnée 16 avril 2016 01 h 01

      Ouf M.Lusignan, ou vous êtes naïf, ou vous travaillez pour cette industrie....Nous qui vivons dans les communautés prises en otage par ces multinationales, par cette exploitation anarchique qui n'est dirigée par aucune logique, aucune stratétgie énergétique, mais par les visées partisanes du conseil des Ministres qui dicte à HQ où lançer des appels d"offre, nous savons bien que nos communautés impactées ne retireront que très peu de bénéfices et supporteront tous les impacts et inconvénients. Alors de grâce, taisez-vous!

  • Jean-Michel Goulet - Abonné 14 avril 2016 07 h 37

    Un gain signé Martine Ouellet

    Vous croyez que cette baisse du prix s'est faite par magie ? Après des années de mauvaise gestion du PLQ de la fillière éolienne marquées par des contrats juteux pour le privé, un ménage était nécessaire. Malheureusement, le mal est fait, le public voit le secteur comme un fiasco.

    L'ancienne ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a fait le ménage dans les appels d'offre. Elle a fait diminuer les coûts et augmenter les points pour le contenu québécois. Résultat, l'électricité à 6 ¢/kWh... une baisse de plus de 50 % !

    • Jean-Yves Arès - Abonné 16 avril 2016 10 h 52

      Oui et non.

      Oui Ouellet a lancé un signal clair que les soumissions retenues. Mais le prix maximum était fixé a 9.5¢, c'est a dire bien plus haut que les 6.3¢ dont parle l'article.
      http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

      Bien sûr ce signal était clair en rapport des 13.5¢ des derniers appel d'offre, mais le marché des éolienne est mondial et il avait vu une très forte progression de la demande qui a provoquer une forte surchauffe alors que l'industrie fonctionnait a pleine capacité. Tout excès fini par produire une réaction contraire.
      http://www.usinenouvelle.com/article/surchauffe-da
      http://www.ddmagazine.com/images/stories/eolien/wi

      En 2010 la croissance a freiné, exemple de la France ou il elle a fortement reculée http://tinyurl.com/j8rj9bx

      Croisé à la récession et des prix des matières premières qui eux aussi fortement reculée (une éolienne pese quelques milles tonnes...) auquel s'ajoute la venue du gaz de schiste et la baisse des prix de l'énergie a fait le reste.

      Alors oui la position de Mme. Ouellet a une une influence sur les prix, mais cette baisse tient avant tout à la conjecture qui elle est multifactorielle.

      De plus Martine, alors qu'elle postulait à la chefferie du pari en 2015 paroposait de payer directement les surcoûts des nouvelles productions en coupant le dividende d'Hydro pour éponger les pertes qu'engendrent ces productions... Le tout alors que le Québec nage dans une totale surproduction !

      Une coupe des dividendes d'Hydro à l'État = coupe de service et/ou hausse d'impôts et taxes.
      On repassera donc pour les bienfaits de son passage au pouvoir.

      Martine Ouellet en vidéo ici,
      http://quebec.huffingtonpost.ca/2015/03/31/exclusi

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 16 avril 2016 14 h 40

      @jya comme il est difficile de vous lire...

      1) oui Ouellet a lancé un signal clair que les somissions retenus. ????
      2) En 2010 la croissance a freiné, exemple de la France ou il elle a fortement reculée ???
      3) Croisé à la récession et des des matières premières qui eux aussi fortement reculée (une éolienne pese quelques milles tonnes) sic ...auquel s'ajoute la venue du gaz de schiste et la baisse des prix de l'énergie a fait le reste ???

      Comment "commenter" vos commentaires quand on n'arrive pas à comprendre vos propos...SVP

  • J-Paul Thivierge - Abonné 14 avril 2016 13 h 25

    La production d'énergie éoliennes un avantage pour le Québec

    Enfin on confirme que l'énergie produite par nos éoliennes est économique et efficace
    sur une base normalisée sans les abus accordés par le PLQ aux promoteurs
    les KWh éoliens sont aussi économiques que la production thermique sale
    et préférables aux KWh de la petite hydraulique privée poussée par le PLQ.
    pour nous l'énergie éolienne est plus économique que les KWh hydroélectriques récents
    ( la Romaine à 12 ¢ produire + 4 ¢ transporter )

    http://mern.gouv.qc.ca/publications/energie/eolien

    • Carmen Labelle - Abonnée 16 avril 2016 01 h 05

      Faux; l'énergie hydroélectrique patrmoniale est plus éconimique. Et le kW le moins couteux reste encore celui que l'on n'utilise pas! Vivement une politique énergétique qui favorise une économie d'énergie!

    • Hélène Paulette - Abonnée 16 avril 2016 11 h 01

      Plus de GES sont produits pour développer l'hydro-électricité, madame Labelle, sans compter les torts à l'environnement en harnachant les rivières beaucoup plus grands...

  • Denis Paquette - Abonné 15 avril 2016 03 h 46

    Les rivières peuvent être autrement qu'électriques

    Il était temps que l'on sache a quoi s'en tenir, les fonctionnaires quelle race a part, ils ne se sont jamais donné la peine d'évaluer ces projet étalés dans le temps et a leur juste valeur, du moins, ils se sont bien gardés de nous le dire, en fait ils ont toujours préférés arnacher, enfin maintenant que nous le savons et il leur sera difficile de continuer a arnacher les rivière, les rivière peuvent être autre chose qu'électriques

  • Jacques Morissette - Inscrit 15 avril 2016 08 h 27

    Lorsque l'objectivité est pour ajouter un autre joueur

    Îl faut douter de l'objectivité d'Hydro Québec sur cette question. L'objectivité est comme un trou qu'on peut aisément enterrer, surtout quand elle ajoute dans la course un autre joueur pour compétitionner.