Le Canada restera un client de l’Arabie saoudite, selon Irving

Même s’il s’agit d’un argument couramment évoqué par les partisans d’Énergie Est, la construction du pipeline de TransCanada ne mettra pas fin aux importations de pétrole en provenance de l’Arabie saoudite, selon le président d’Irving Oil, Ian Whitcomb.

Le dirigeant de la pétrolière, qui exploite la dernière raffinerie sur le chemin du futur pipeline de TransCanada, a confirmé cette information dans le cadre d’une rencontre éditoriale tenue mardi avec l’équipe du Financial Post, en marge d’un événement organisé par l’Association canadienne des producteurs pétroliers.

Selon ce qu’a fait valoir M. Whitcomb, la raffinerie située à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick continuera assurément d’importer du pétrole en provenance d’outre-mer, malgré l’arrivée chaque jour de 950 000 à un million de barils de brut dans le secteur de la raffinerie, par le pipeline Énergie Est.

D’ailleurs, selon ce que les représentants d’Irving ont expliqué dans le cadre des audiences du BAPE sur le projet Énergie Est, la raffinerie s’est engagée à acheter 50 000 barils par jour de TransCanada. Or, la raffinerie a une capacité de raffinage quotidienne de 300 000 barils.

La forte majorité du brut raffiné au Nouveau-Brunswick continuera donc d’être importée par pétroliers. Selon M. Whitcomb, la multinationale souhaite ainsi maintenir une diversité d’approvisionnements pour son pétrole.

« Nous allons ajouter du pétrole brut de l’Ouest canadien à notre portfolio, selon les règles du marché, mais probablement pas au détriment des barils d’Arabie saoudite », a affirmé le président d’Irving Oil. Ces importations, a-t-il souligné, sont intéressantes pour la pétrolière en raison du faible coût du transport par pétroliers.

Pipeline d’exportation

Le vice-président d'Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron, a par ailleurs souligné dans le cadre des audiences du BAPE qu’un total de 100 000 à 150 000 barils d’Énergie Est pourrait trouver preneur auprès de raffineries du Québec. Il s’agit de celle de Suncor, à Montréal, et celle de Valero, à Lévis.

Le pipeline Énergie Est servira donc essentiellement à exporter du pétrole des sables bitumineux et en provenance du Dakota du Nord. Fait à noter, près du tiers du pétrole transporté par le pipeline Énergie Est pourrait être du pétrole de schiste exploité aux États-Unis.

Selon les données actuellement disponibles, au moins 900 000 barils par jour seront directement exportés vers des marchés étrangers. Selon les scénarios présentés, TransCanada compte exporter du pétrole vers l’Europe, l’Inde et les États-Unis. Le pétrole exploité dans le Bakken, transporté vers le Canada, puis d’ouest en est pourrait donc en théorie être de nouveau exporté vers les États-Unis.

Pas moins de 281 pétroliers pourraient quitter les infrastructures portuaires de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, pour aller rejoindre les marchés extérieurs au Canada.

Les prévisions de l’Association canadienne des producteurs pétroliers indiquent que la production des sables bitumineux doit doubler d’ici 2030, pour atteindre quatre millions de barils par jour. Pas moins de dix nouveaux projets d’exploitation de pétrole des sables bitumineux doivent démarrer uniquement d’ici 2018. Une telle croissance est impossible sans la construction du pipeline Énergie Est.

5 commentaires
  • Diane Boissinot - Abonnée 13 avril 2016 23 h 03

    Beaucoup d'emplois pour le Nouveau-Brunswick, nous disait-on? Je n'en vois pas beaucoup, finalement. On en apprend des choses dans cet article! Fascinant!

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 14 avril 2016 06 h 06

    L'oléoduc acheminera seulement le pétrole vendu...

    Tant qu'elles seront suffisamment indépendantes des compagnies productrices de bitume et de pétrole, les raffineries pétrolières canadiennes et américaines voudront faire jouer le jeu de la concurrence mondiale pour obtenir, après raffinage et distribution au consommateur, seulement le pétrole dont elles auront besoin, et ceci au meilleur prix. Les transporteurs nationaux et internationaux se livreront aussi une lutte acharnée. Les raffineries canadiennes achèteront donc leurs produits de base là où il leur plaira et uniquement dans les quantités désirées. Il en sera de même pour l'oléoduc lui-même, TransCanada préférant sans doute transporter au meilleur coût non seulement le pétrole qui lui semblera le plus payant, mais aussi et surtout celui dont les marchés canadiens et internationaux voudront. Encore une fois, les pétrolières de l'ouest canadien pourraient très bien être victimes du marché mondial.

  • Nicole D. Sévigny - Inscrite 14 avril 2016 08 h 48

    À voir le prix affiché...

    sur son panneau des prix 3.72$...je comprends son empressement à faire "affaires" avec l'Arabie... :-)

  • François Dugal - Inscrit 14 avril 2016 09 h 40

    Maxime de mon défunt père

    Devant ce genre de situation, mon défunt père avait cette maxime :"Money Talks" - l'argent parle (et dans ce cas-ci, il parle arabe).

  • Gilles Teasdale - Abonné 14 avril 2016 12 h 43

    Qualité

    On ne peut comparé la qualité du brut Canadien qui est très médiocre avec les brut du Moyen orient qui sont de très grande qualité. Les brut sont différents les raffineurs choisisse sellons leurs besoin en produits finis.