cache information close 

Hydro-Québec sévèrement critiquée pour un déversement de diesel

Le pipeline en cause transporte chaque année 40 millions de litres de diesel vers la centrale, à partir du port de Cap-aux-Meules.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le pipeline en cause transporte chaque année 40 millions de litres de diesel vers la centrale, à partir du port de Cap-aux-Meules.

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, juge « très inquiétantes » les conclusions d’un rapport gouvernemental qui démontre que le pipeline d’Hydro-Québec qui sert à alimenter la centrale électrique était dans un très mauvais état au moment où il a provoqué un déversement de 100 000 litres de diesel. Il critique d’ailleurs sévèrement la société d’État, qui aurait négligé de faire connaître l’état réel de cette infrastructure.

Selon le document du ministère de l’Environnement produit après le déversement survenu en septembre 2014, une inspection de ce pipeline situé dans le secteur de Cap-aux-Meules aurait permis de détecter pas moins de 6498 anomalies dans la conduite. « Plusieurs pertes d’épaisseurs de métal pouvant aller jusqu’à 90 % sur la tuyauterie ont été constatées », souligne aussi le rapport obtenu par Radio-Canada.

Toujours selon le rapport, le personnel d’Hydro-Québec n’avait pas la formation pour mener les tests d’étanchéité du pipeline qui ont conduit au déversement de diesel. Ces tests étaient pourtant menés non pas avec de l’eau, mais bien avec du diesel. Même le plan d’urgence de la société d’État était incomplet, et ce, même si le pipeline est exploité depuis 1978. Il transporte chaque année 40 millions de litres de diesel vers la centrale, à partir du port de Cap-aux-Meules.

Questions sans réponses

Pour le maire Jonathan Lapierre, la gravité de la situation ne fait aucun doute : « Nous sommes assis sur une bombe à retardement », a-t-il laissé tomber lundi, en entrevue au Devoir. Il exige d’ailleurs une rencontre avec des représentants de la direction d’Hydro-Québec. « Nous voulons nous assurer que des mesures concrètes seront mises en place, parce que pour le moment, ce sont les Madelinots qui doivent vivre avec les dommages collatéraux. Et ils devront vivre avec les conséquences pour les années à venir. »

Il a notamment mentionné les impacts sur les activités du port, mais aussi les torts causés à l’image de marque des îles de la Madeleine, qui misent beaucoup sur le tourisme. Qui plus est, selon les plans d’Hydro-Québec, les travaux de décontamination ne seront pas terminés avant la fin de 2017, soit plus de trois ans après le déversement.

Plusieurs rencontres ont certes eu lieu depuis 2014, a dit M. Lapierre. « Mais en aucun cas on ne nous a mentionné de points aussi problématiques que ce qu’on peut lire dans le rapport du ministère. Jamais. »

Au sujet des milliers d’anomalies détectées dans le pipeline visiblement en très mauvais état, le maire a déploré l’inaction de la société d’État. Mais il a surtout décrié le manque de formation du personnel et les lacunes dans les plans d’urgence. « Je trouve cela d’autant plus incompréhensible que la centrale thermique est là depuis plusieurs années. La formation devrait donc être complète. »

Hydro rassure

Du côté d’Hydro-Québec, on a voulu se montrer rassurant lundi. « Des tests d’étanchéité ont été réalisés au cours des derniers mois en utilisant de l’eau. Les résultats sont concluants : l’oléoduc est maintenant tout à fait sécuritaire », a fait valoir Alain Sayegh, directeur Encadrement réseau et planification d’Hydro-Québec Distribution.

Selon lui, la société d’État a tiré des leçons du déversement de 2014. « Nous avons rehaussé le standard de nos mesures préventives, que ce soit au niveau de l’entretien, de la formation du personnel ou des méthodes de travail. Bref, nous agissons sur tous les fronts pour éviter que ça ne se reproduise. » Hydro-Québec a aussi confirmé en soirée au Devoir qu’une rencontre aura lieu avec le maire Jonathan Lapierre « au cours des prochaines semaines ».

Pour l’Association madelinienne pour la sécurité énergétique et environnementale, le rapport du ministère de l’Environnement n’en demeure pas moins « accablant ». Le regroupement a aussi souligné lundi que les travaux de décontamination et de récupération qui ont lieu à Cap-aux-Meules ont des impacts négatifs sur la vie des insulaires. Il estime donc qu’Hydro-Québec devrait dédommager la communauté en contribuant au développement de projets dans l’archipel.

2 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 12 avril 2016 06 h 54

    Une insouciance crasse de grosses compagnies

    Hydro-Québec et ses dirigeants d'Hydro-Québec devraient aussi être pénalement poursuivis pour autant de négligence. Un aussi vieux pipeline et aussi peu d'entretien: ils s'en sont complètement foutés, ont attendu qu'il pète et prennent tout leur temps pour nettoyer du diésel. Sont-ils aussi négligents ailleurs? Attendent-ils que ça pète? Heureusement que le diésel flotte et que les Îles-de-la-Madeleine sont habitées! Le pipeline de TransCanada traversera aussi des marais, milieux humides et terres de la Couronne inhabitées. Qui surveillera et combien faudra-t-il de temps pour ramasser des tonnes de bitume? Que fera-t-on à Calgary

    • Nicole Delisle - Abonné 12 avril 2016 10 h 40

      Bien d'accord avec vous! Quand il s'agit d'exiger des tarifs plus élevés pour les citoyens, ils sont plus prompts à réagir. Mais au contraire, ils sont
      lents et mal préparés quand il y a déversement. Ils s'octroient des bonis
      à faire pâlir la classe citoyenne, mais négligent l'entretien de leurs installations. Ce n'est pas du tout à leur honneur! Existe-t-il encore une certaine fierté chez Hydro-Québec? Leur crédibilité en perd un coup, c'est
      le moins que l'on puisse dire! Les propos tenus par la compagnie ne sont-ils que de belles paroles pour amadouer le public?