Pas plus de cancers à Shannon qu’ailleurs?

Entre 1987 et 2010, un total de 446 cas ont été recensés à Shannon, dont 9 cancers du cerveau.
Photo: iStock Entre 1987 et 2010, un total de 446 cas ont été recensés à Shannon, dont 9 cancers du cerveau.

Une nouvelle étude de la Direction régionale de santé publique (DRSP) remet en question l’existence d’une épidémie de cancer causée par les TCE à Shannon. Mais les experts qui ont validé la recherche sont divisés sur la valeur des résultats.

Selon cette recherche, il n’y a pas plus de cancers à cet endroit qu’ailleurs au Québec et « aucun excès de cas n’a pu être démontré ». Les données de la DRSP suggèrent même que, toutes proportions gardées, il y aurait eu à Shannon moins de cancers qu’ailleurs.

Entre 1987 et 2010, un total de 446 cas y ont été recensés, dont 9 cancers du cerveau. Or l’équivalent de l’incidence de cancers pour tout le Québec au cours de la même période est de 453 cancers (toutes catégories confondues) et 13 cancers du cerveau.

Les résultats sont toutefois différents pour l’occurrence de cancers du foie et des voies biliaires, qui est deux fois plus élevée à Shannon qu’à la grandeur du Québec (10 cas par rapport à 5). Or la DRSP ne s’alarme pas de ce résultat parce que ces cas se trouvent presque tous à l’extérieur du panache de la contamination au TCE.

Rappelons qu’en 2007, un regroupement de citoyens a entrepris un recours collectif contre la Défense nationale à cause de la contamination au TCE de leur nappe phréatique. Pendant des décennies, la base militaire de Valcartier utilisait le TCE pour nettoyer ses armes et les rejets se déversaient dans l’eau du secteur.

La DRSP est intervenue en 2010 après que les membres du groupe — qui inclut un médecin de famille du coin — eurent plaidé qu’il y avait un nombre anormalement élevé de cancers chez eux.

Or la DRSP est formelle : ces inquiétudes ne sont pas fondées. « J’espère que ces conclusions-là vont rassurer la population », a déclaré le directeur régional de la santé publique, François Desbiens.

Le comité d’experts divisé

Le Dr Desbiens a d’ailleurs annoncé que la DRSP en avait fini avec ce dossier et qu’elle ne ferait plus d’études sur le sujet. Or cette position ne fait pas l’unanimité, même chez les chercheurs. Sur les dix experts du comité-conseil qui évaluaient l’étude, trois ont estimé qu’elle avait trop de biais méthodologiques et qu’une nouvelle étude s’imposait sur les liens entre le TCE et les personnes malades sur le territoire.

Jeudi, le Dr Desbiens ne s’en est pas caché et a fait savoir qu’il avait transmis le rapport au Center for Disease Control and Prevention (l’équivalent de la santé publique aux États-Unis) pour le faire évaluer par un tiers.

Du côté des membres du Regroupement des citoyens de Shannon, on était évidemment déçu jeudi. « On avait quand même l’espoir qu’ils répondent à la question qu’on se pose depuis dix ans : y a-t-il un lien entre les cancers de Shannon et l’exposition au TCE ? », a réagi la présidente du groupe, Marie-Paule Speiser. « Ils sont passés à côté, donc pour nous, c’est du gaspillage de temps et d’argent. »

Le Regroupement et la Défense nationale s’affrontent toujours devant les tribunaux dans ce dossier. Un premier jugement en recours collectif a établi en 2012 que le TCE avait eu un impact limité, mais le groupe l’a porté en appel. Les parties doivent se retrouver en cour ce printemps.

2 commentaires
  • Carl Bouchard - Abonné 8 avril 2016 10 h 15

    Erreur

    "453 cancers (toutes catégories confondues) et 13 cancers du cerveau" entre 1987 et 2010 pour tout le Québec.....Il semble il y avoir une erreur factuelle dans cet article.
    Il est improbable qu'il y ait eu seulement 450 cancers au Québec sur une période 23 ans.

    • Antoine Caron - Abonné 8 avril 2016 12 h 48

      M.Bouchard, l'article parle en fait de "l'équivent de l'incidence". En d'autres mots, les auteurs ont simplement ramené le nombre de cancers au Québec comme si tout le pays avait la taille de Shannon. Je suis d'accord que c'aurait été plus simple de parler en termes de pourcentages, mais j'imagine qu'ils avaient leurs raisons de procéder ainsi...

      Antoine Caron