Quinze ans pour amorcer le sevrage

Le virage énergétique annoncé doit s’articuler autour d’une réduction de 40 % de notre consommation de pétrole d’ici 2030.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le virage énergétique annoncé doit s’articuler autour d’une réduction de 40 % de notre consommation de pétrole d’ici 2030.

Même s’il juge que la fin des énergies fossiles n’est pas pour demain, le gouvernement Couillard espère amorcer un virage « historique » dans le secteur de l’énergie, virage qui doit s’articuler autour d’une réduction de 40 % de notre consommation de pétrole d’ici 2030. Reste à préciser les mesures ambitieuses qui devront être mises en place pour concrétiser la politique énergétique dévoilée jeudi.

Flanqué de quatre des ministres de son gouvernement, le premier ministre Philippe Couillard a qualifié de « première politique de transition énergétique du Québec » le document d’une soixantaine de pages présenté à Montréal. Un plan grâce auquel, selon le chef libéral, « le Québec sera parmi les sociétés les plus prospères ».

Le gouvernement s’est ainsi donné une cible « ambitieuse » de réduction de la consommation de pétrole au cours des quinze prochaines années. Québec espère en fait réduire de 40 % le recours aux produits pétroliers. Comment y parvenir ? Le premier ministre a simplement mentionné l’électrification des transports, mais aussi le recours à un combustible fossile de « transition », le gaz naturel, qui devrait prendre beaucoup plus de place au cours des prochaines années. « Il faudra travailler très fort », a admis M. Couillard.

« Cette cible s’inscrit en étroite relation avec l’objectif de réduire nos émissions de gaz à effet de serre », a souligné pour sa part le ministre de l’Énergie, Pierre Arcand. « Si on réduit l’utilisation de produits pétroliers, ça veut dire qu’on augmente le recours aux énergies renouvelables et au gaz naturel », a-t-il ajouté.

Dans le cadre de la Politique énergétique 2030, Québec souhaite d’ailleurs augmenter de 25 % la production d’énergie renouvelable. « Toutes les mesures nécessaires » pour y parvenir seront au rendez-vous, a promis M. Arcand. Les projets concrets du gouvernement restent toutefois à préciser.

Pour le moment, aucun grand projet hydroélectrique n’est prévu, surtout en raison des surplus d’Hydro-Québec. Quant au secteur de l’éolien, le premier ministre s’est montré très prudent sur la réalisation de nouveaux projets. Dans le document rendu public jeudi, le gouvernement demande à la société d’État de faire un « bilan » de cette filière. Mais selon M. Couillard, le marché de l’exportation pourrait s’avérer intéressant, tout comme le développement de projets dans le Nord québécois.

Efficacité

En plus de la production d’énergie, le gouvernement souhaite améliorer l’efficacité dans la consommation. Selon les objectifs fixés par les libéraux, on prévoit une augmentation de cette efficacité de l’ordre de 15 % d’ici 2030, soit une moyenne de 1 % par année.

Afin de coordonner les mesures d’efficacité, mais aussi celles liées à la transition énergétique mise en avant par Québec, le gouvernement entend mettre sur pied un nouvel organisme qui chapeautera le tout, ainsi que l’enveloppe budgétaire de quatre milliards de dollars sur quinze ans qui sera vouée à l’ensemble des mesures. Cela équivaut à une somme annuelle de 266 millions de dollars, dont une bonne partie était déjà injectée dans différents programmes.

Avec les objectifs énumérés jeudi, le premier ministre s’est montré certain d’atteindre la cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) fixée à 37,5 % d’ici 2030, par rapport à 1990. Même optimisme par rapport à l’objectif de réduction de 80 % à 95 % pour 2050, objectif qui suppose pour ainsi dire la fin du recours au pétrole et au gaz naturel.

« La principale source [de GES] toujours en croissance, c’est celle des transports », a-t-il dit, en promettant d’agir pour réduire les émissions de ce secteur, qui représentent 43 % de toutes les émissions de la province. Un tel virage suppose toutefois un changement de mentalité chez les Québécois. « Les consommateurs doivent faire les bons choix, et il faut les aider à faire les bons choix », a dit M. Couillard, en mentionnant l’idée de bonifier l’offre de transport en commun, dont les trains.

Oui au pétrole

Même s’il promet de réduire notre consommation de pétrole, le gouvernement Couillard a clairement réitéré jeudi son ouverture à l’exploitation pétrolière et gazière au Québec. Le ministre Arcand a d’ailleurs répété qu’une loi sur les hydrocarbures sera présentée sous peu. « Cette exploitation, si elle devait se faire, se fera dans le respect des populations et de l’environnement », a-t-il ajouté.

« Je ne suis pas opposé au développement encadré des hydrocarbures. On va le faire en Gaspésie », a souligné pour sa part le premier ministre, après avoir réaffirmé qu’il n’était pas favorable au projet d’exploration pétrolière sur Anticosti, mais que le gouvernement respecterait le contrat signé.

Pétrolia a d’ailleurs salué l’annonce du gouvernement, puisque la future politique énergétique ouvre la porte au développement des énergies fossiles du Québec. Une erreur selon Greenpeace, la Fondation David Suzuki et Équiterre, qui ont tous soutenu jeudi que la province devrait fermer la porte à cette filière afin de véritablement amorcer une transition énergétique.

Normand Mousseau, qui avait coprésidé la Commission sur les enjeux énergétiques, a pour sa part souligné que si certains objectifs de la politique sont louables, il manque pour le moment de moyens concrets pour les atteindre. C’est le cas, selon lui, de la cible de réduction de 40 % de la consommation de pétrole.

Selon M. Mousseau, le financement de quatre milliards de dollars pour le nouvel organisme censé encadrer la mise en place de plusieurs mesures est tout simplement « insuffisant » pour permettre de réaliser la transition énergétique que le gouvernement se vante de vouloir opérer.

Et quoi qu’en dise Québec, le gaz naturel ne constitue pas, selon lui, une source d’énergie de transition. Il estime donc risqué d’investir dans le développement d’infrastructures qui en augmenteront l’utilisation au Québec. D’autant plus que le gaz naturel consommé en Amérique est de plus en plus du gaz de schiste, une ressource dont le bilan environnemental est pour le moins controversé.

40 commentaires
  • Louis Gagnon - Inscrit 8 avril 2016 01 h 51

    jouer avec les mots

    Donc, nous nous lançons dans l'exploitation et l'usage du gaz naturel pour réduire notre consommation d'énergies fossiles ? Et cela, malgré le fait qu'Hydro-Québec a des surplus. Dans quelle langue est-ce que cette logique tient la route ?? Ensuite, lorsqu'il s'est déclaré contre l'exploitation sur Anticosti, c'était déjà évident qu'il faisait du théâtre pour justifier ses forages en Gaspésie. Bref, Couillard a certainement de solides bases en évaluations environnementales pour être certain d'atteindre la réduction de plus du tiers de nos émissions pour 2030. Ridicule.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 8 avril 2016 10 h 04

      Le gain de l'utilisation du gaz naturel se retrouve pour le transport lourd qui n'a pas d'autre option de remplacement. La réduction d'émission de GES serait de 30% selon le tableau présenté dans ce rapport en page 39,
      http://mern.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/2016/04/

      A la lecture de ce rapport on comprend que le GV donne beaucoup de place et d'appui à Gazmétro.

      Pour le pétrole c'est moins sûr pas mal. L'énoncé est très idéaliste, au point d'y avoir tout ce qu'il faut pour faire de l'obstruction systématique.

      Extrait:
      «Il basera sa décision de poursuivre ou non des activités d’exploration et, éventuellement, d’exploitation des ressources en hydrocarbures du Québec sur les recommandations formulées dans le rapport final des évaluations environnementales stratégiques (EES). En plus de la sécurité de la population et des communautés, une attention particulière sera apportée à la protection des milieux naturels, notamment les milieux insulaires.»

      Plus loin il ajoute,

      «-Le gouvernement est favorable à une exploitation limitée et encadrée des hydrocarbures, compatible avec ses objectifs de réduction d’émissions de GES et avec le maintien de notre industrie pétrochimique.
      -Le potentiel doit être confirmé, la rentabilité économique, évaluée et les meilleures pratiques, appliquées avant que l’exploitation ne soit autorisée.
      - Le cas échéant, la filière des hydrocarbures devra faire l’objet d’un encadrement et d’un contrôle rigoureux.
      -Les travaux d’exploration et d’exploitation devront susciter l’adhésion des communautés concernées.
      -Les citoyens seront écoutés, accompagnés dans leur démarche et informés tout au long de celle-ci.»

    • Jean-Yves Arès - Abonné 8 avril 2016 10 h 37

      Et ce rapport démontre certaines contradictions entre la frilosité démontrée par le GV face à l'exploitation du pétrole chez nous et la réalité de notre consommation.

      Alors que la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec de 2014 donnait dans la répartition des sources d'approvisionnement de pétrole du québec en 2011,

      - 38 % pour l'Algérie
      - 22% pour le Kazakhstan
      - 11% pour l'Angola
      - 8% de la Norvège
      - 7% du Royaume-Uni et autant de l'Est canadien
      - Et 4% du Mexique

      dans le présent rapport la situation, et pour 2014, et pour 2015 est changée du tout au tout.

      L'Algérie ne compte plus que pour quelques 11% et 13%, alors que les États-Unis eux, qui étaient absent en 2011, compte pour un peu plus de 50% de nos sources en 2014, et pour quelques 55% en 2015 !

      C'est donc dire que le pétrole qu'on utilise présentement provient en très grande partie de l'extraction par fracturation des schistes au sud de nos frontières...

      On demande donc aux autres de faire ce que l'on refuse de faire nous même !

      Voir page 59 du rapport pour le graphique de nos approvisionnements 2015.

    • Jean Santerre - Abonné 8 avril 2016 12 h 28

      Je ne vois pas en quoi la provenance du pétrole diminue notre dépendance envers cette source polluante, bien que le niveau de gaz à effet de serre varie selon sa source, ses méfaits sur la santé demeure et sont affligeant.
      Peu importe d'où il vient, il faut tout faire pour en diminuer son usage.
      Dans ce cas-ci, moins est mieux, beaucoup mieux.
      C'est la raison de cette politique. Il reste à déterminer si les moyens qui sont encore à définir seront les bons.

  • Jean Santerre - Abonné 8 avril 2016 06 h 37

    Les intentions sont bonnes

    Ce plan est l'expression, le souhait et l'évidence même des changements qu'il faut apporter à notre consommation énergétique.

    Maintenant, il reste à voir comment et avec quel moyen, le gouvernement établira les structures et conditions qui permettront de les réaliser.

    Pour l'instant, rien n'est dit.

    • André Bastien - Abonné 8 avril 2016 23 h 12

      Véhicules à hydrogène?
      --------------------------

      Un des seuls moyens mentionnés dans la Politique est que les stations services seraient dans l'obligation de vendre tous les "carburants": essence, biocarburants, gaz naturel, propane, électricité, hydrogène.

      Pour réduire l'usage des hydrocarbures, on va obliger le monde à en vendre partout, sous toutes ses formes!!!

      Et l'hydrogène: nous n'avons aucun intérêt aux véhicules à hydrogène, au Québec:

      L'hydrogène est produit à partir du gaz naturel et génère tout le CO2 au moment de sa production. Son coût de production est plus élevé que l'essence. Une seule station de distribution d'hydrogène coût entre 1 et 2 millions$ et il en faudra des milliers au Québec: un investissement de plusieurs milliards$!!!

      Comme nous avons des surplus d'électricité au Québec, l'hydrogène est un non-sens total, un gouffre financier et un échec commercial annoncé.

      Tout cela a été indiqué publiquement l'an dernier au gouvernement dans sa consultation préparatoire à cette nouvelle Politique énergétique mais le gouvernement a plutôt écouté les conseils donnés en secret par les gens intéressés à vendre des hydrocarbures.

  • Bernard Terreault - Abonné 8 avril 2016 07 h 32

    L'étalement urbain

    Tant qu'on laissera l'habitat et les commerces de type suburbain et périurbain s'étaler à qui mieux mieux, au gré des développeurs et des conseils municipaux à leur service, la consommation de pétrole ne pourra pas baisser. On continuera de prendre l'auto pour aller à l'école, au travail, au dépanneur, à la SAQ, chez le dentiste, chez le coiffeur.

    • Jean Richard - Abonné 8 avril 2016 09 h 59

      L'aménagement du territoire avec tout ce que cela comporte, c'est la partie la plus importante de l'équation. Or, le gouvernement du Québec, bien loin de s'attaquer au développement sauvage, se fait complice des promoteurs de ce développement sauvage dont une des composantes principales est l'étalement.

      L'héritage que le siècle dernier nous a donné, ce sont des banlieues résidentielles à perte de vue, banlieues qui ont fait exploser les besoins en transport individuel et augmenter de façon sensible le temps consacré aux déplacements. Passer trois heures par jour assis dans un char à attendre, ce n'est pas très productif, même si les stations radio en profitent pour augmenter leurs cotes d'écoute.

      Mais au cours des dernières décennies, le problème s'est aggravé car on a assisté à un étalement des fonctions urbaines (industries, commerces et services). Cet étalement mal contrôlé a contribué non pas à rapprocher les gens de leur travail ou des services, mais plutôt à multiplier les besoins en transport. Le Québécois moyen parcourt un nombre toujours croissant de kilomètres-voitures par année.

      Enfin, le PLQ (et son jumeau le PQ) devrait s'abstenir de prononcer l'expression transport collectif. Dans ce pays où il faut 20 ans pour mettre en service une simple ligne d'autobus sur voie réservée et chaussée conventionnelle (Pie-IX), on voit bien où est la volonté. Il n'y a AUCUN projet sérieux de transport en commun susceptible d'aboutir avant 2030 (moins de 14 ans), année cible dont il est question ci-haut. Des transports collectifs qu'on laisse volontairement (et hypocritement) dépérir (pour vendre plus de voitures individuelles pollutantes, même celles à batteries) ne pourront jamais contribuer à réduire les émissions de GES d'ici 2030. D'autres pays et d'autres grandes villes feront le travail de réduction à notre place et certains vont quand même continuer à se péter les bretelles...

    • François Beaulé - Abonné 8 avril 2016 10 h 16

      Rappelons que la majeure partie de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre par le transport routier, depuis 25 ans, est due au transport des marchandises. Comme il est difficile d'électrifier le transport des marchandises par camions, il faudrait non seulement stopper l'étalement urbain mais aussi produire et consommer des biens durables, de façon frugale. La production et la surconsommation des «biens» détruit la planète.

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 8 avril 2016 11 h 42

      Nous ne sommes pas un troupeau de moutons !!!

    • Luc Falardeau - Abonné 8 avril 2016 15 h 06

      @ J Richard : "Dans ce pays où il faut 20 ans pour mettre en service une simple ligne d'autobus sur voie réservée et chaussée conventionnelle (Pie-IX), on voit bien où est la volonté."

      Dans l'article "SRB-Pie-IX: le projet va de l'avant" (LaPresse, 18 fév. 2016, D. Cameron), on parle d'une mise en service en 2022.

  • Claude Richard - Abonné 8 avril 2016 08 h 53

    Un petit Suroît avec ça?

    Ce gouvernement n'a pas fini de nous réserver des (mauvaises?) surprises. Alors que les restrictions budgétaires n'étaient pas du tout au programme de la dernière campagne électorale, il nous en a mis plein la vue depuis deux ans. Il a ressucité le Plan Nord, qui vivote depuis. Il a volé la Stratégie maritime à la CAQ. Et voilà qu'il veut nous affranchir du pétrole!

    Personne ne sera contre. Mais en remplaçant ce dernier en bonne partie par le gaz naturel, il offre une solution plutôt boiteuse, comme semble le dire M. Mousseau. Cela préfigure un nouveau Suroît et fait toute une fleur à Gaz Métro. Salut André Caillé!

    Que se cache-t-il derrière cette orientation des libéraux, dont les préoccupations "sectorielles" ne sont jamais loin. Est-ce une autre histoire de tableaux blancs à la Jean Charest? En ce qui me concerne, la confiance n'est vraiment pas là.

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 8 avril 2016 09 h 02

    Pipelines

    Qu'en est-il du projet de pipeline Énergie-Est ???