Québec affirme vouloir mieux protéger le caribou forestier

<p>Le caribou forestier est une espèce désignée comme vulnérable depuis 2005 au Québec, en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.</p>
Photo: Louis Gagnon Tourisme Québec

Le caribou forestier est une espèce désignée comme vulnérable depuis 2005 au Québec, en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.

Montré du doigt par les groupes environnementaux pour sa lenteur à agir, le gouvernement du Québec a promis mardi la mise en place d’un plan d’action en faveur d’une meilleure protection de l’habitat du caribou forestier, une espèce directement menacée par l’industrie forestière. Un plan dont plusieurs éléments clés restent à préciser.

Selon les mesures annoncées conjointement par trois ministres du gouvernement Couillard, Québec compte établir une nouvelle « limite nordique », soit la limite au-delà de laquelle des coupes de bois sont proscrites. Mais celle-ci reste à préciser, même si le ministre des Forêts Laurent Lessard a promis la « préservation des habitats du caribou au nord de la limite nordique des forêts attribuables ».

Le gouvernement a également promis la création d’une aire protégée dans le secteur des Montagnes Blanches, une région située au nord du Saguenay-Lac-Saint-Jean et jugée essentielle pour l’espèce. Mais Québec n’a pas précisé quelle pourrait être la superficie de cette aire, ni quand celle-ci sera officialisée.

Qui plus est, le Journal de Québec révélait récemment que le gouvernement veut permettre des coupes forestières dans cette région ou la régénération forestière pourrait prendre jusqu’à 200 ans.

Le ministre David Heurtel a également réaffirmé l’intention du gouvernement de créer une aire protégée dans la vallée de la rivière Broadback, au sud de la baie James. En vertu d’une entente intervenue en 2015 avec la nation Crie, des portions du territoire du bassin-versant de la rivière Broadback ont été protégées. Cette entente ne protège toutefois pas l’intégralité des zones forestières intactes qui sont pourtant essentielles au caribou forestier. Son habitat devrait en fait être fragmenté, ce qui constitue une menace connue pour l’espèce.

Pauvre en détails

Le gouvernement, qui affirme pouvoir faire cohabiter les désirs de l’industrie forestière et les besoins du caribou, s’engage par ailleurs à assurer « un meilleur suivi » des populations de ce mammifère particulièrement sensible à l’activité industrielle. Le caribou forestier est une espèce désignée comme vulnérable depuis 2005 au Québec, en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.

« Pour le gouvernement, la protection de cette espèce doit se faire de façon équilibrée en tenant compte du développement socio-économique des régions concernées : c’est pour nous une priorité. Nous mettons donc en oeuvre dès aujourd’hui un plan d’action qui consiste à concentrer la majeure partie des efforts de protection sur les éléments clés de l’habitat du caribou forestier et là où les chances de succès sont les meilleures pour la sauvegarde de l’espèce », a déclaré le ministre Lessard.

« Protéger notre environnement, et plus spécifiquement l’habitat du caribou, c’est en quelque sorte se donner une « assurance nature » pour notre avenir et celui de nos enfants », a pour sa part illustré le ministre de l’Environnement David Heurtel.

Pour la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), le plan annoncé mardi « est certes riche en intentions, mais pauvre en détails et plusieurs questions subsistent sur ces éléments forts complexes ».

L’organisme se questionne aussi sur l’intention annoncée du gouvernement de conserver tel quel 90 % des forêts intactes au Québec. « Les forêts intactes au nord de la « limite nordique » ne sont pas protégées des autres usages industriels possibles sur ce territoire, comme le développement minier, énergétique et les infrastructures reliées. Dans le contexte du Plan Nord, le développement industriel dans cette région est appelé à augmenter, ce qui aura des impacts sur l’intégrité écologique du territoire », a souligné la SNAP par voie de communiqué.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 5 avril 2016 15 h 14

    Je m'excuse du ton mais c'est ce que vous méritez

    Et c'est pour ca qu'ils permettent la coupe d'arbres ou ca va prendre cent ans aux arbres a se renouveller, quel gagne de menteurs et de prédateurs éhontés, quels gagne d'amateurs de la pire des espèces

  • Éric Alvarez - Inscrit 5 avril 2016 16 h 03

    Journalisme ou militantisme?

    Ce que l'on peut noter de l'annonce d'aujourd'hui est qu'il n'y a aucun détails d'annoncés. Ce qui est... étonnant.

    Pour le reste de l'article, et de façon générale tout ce que présente Alexandre Shields sur la foresterie, serait-il possible de ne pas avoir l'impression de lire un communiqué de la SNAP ou de Greenpeace? Merci.

    • Jean Roy - Abonné 6 avril 2016 09 h 25

      Les journalistes sont généralement spécialisés en économie ou en politique (locale, nationale ou internationale) ou en sports ou dans un autre domaine de la vie humaine. Cela ne les empêche naturellement pas de ratisser plus large, mais il est normal que les journalistes présentent la réalité à partir de leur point de vue spécialisé.

      À ma connaissance, la spécialité de M. Shields est l'environnement. Ce n'est pas son affaire de présenter l'exploitation du territoire du strict point de vue des affaires! Ceci dit, je trouve justement qu'il a quand même bien présenté, dans cet article, les relations entre certains enjeux économiques et environnementaux.

      Par ailleurs, la qualité de l'information passe par la diversité des points de vue. C'est pour ça que le Devoir présente notamment, sur une base quotidienne, une section Économie et une section Environnement...

    • Denis Desmeules - Abonné 6 avril 2016 12 h 06

      L'industrie est fortement représentée par les dizaines de lobbyistes directement dans les couloirs des ministères. Leurs voix sont bien entendues! S'il n'y avait pas de journaliste comme M. Sheilds, je n'ose pas imaginer comment serait notre monde ! (Pensez à la commission Charbonneau ou l'actuel scandale des Panama Papers)
      Encore une fois ; Merci M. Sheilds !

  • René Lefèbvre - Inscrit 5 avril 2016 16 h 42

    Quand l'homme détruit ce par quoi il vit

    Si le gouvernement actuel veut vraiment démontrer sa bonne foi envers la protection du caribou forestier, il doit mettre fin le plus tôt possible à la destruction des sites naturels où cet animal vit. Ce pays doit cesser d'abattre sans cesse les forests en se disant qu'elles auront repoussé dans cent ans. Ce faisant, on oublie que la mort à vitesse grand V du cheptel de caribous forestiers arrive bientôt si les papetières et les forestières aux gros sabots continuent de dévorer, avec des machines de plus en plus voraces, des milliers d'arpents de belles forêts en quelques heures seulemet.

    J'aime à rêver que demain nous réaliserons l'importance vital de cet animal pour la santé des habitats forestiers où il vit. L'homme doit comprendre le plus rapidement possible qu'il a déjà appauvrit irrémédiablement son monde quand il eccepte de détruire ce par quoi il vit pour de l'argent, ou des "jobs" en foresterie tels que les gouvernements successifs du Québec et du Canada aiment à offrir pour faire taire l'industrie forestière et ceux qui en tirent profits, salaires, et bonus.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 5 avril 2016 17 h 26

    Trois ministres pour un énoncé d'intentions!

    Je m'étonne qu'il faille trois ministres pour seulement annoncer de vagues intentions à préciser dans un délai non évoqué. Veux-t-on ainsi nous faire oublier la promesse du premier ministre à l'effet qu'aucun caribou forestier ne ferait perdre un emploi? Veux-t-on aider FSC à convaincre la compagnie Résolu de respecter ce que celle-ci veut seulement respecter, à savoir le droit québécois ? Veux-t-on ainsi politiquement désintéresser un groupe environnemental qui requierrerait judiciairement l'application du droit environnemental québécois actuel? Dans le dossier de l'oléoduc, le gouvernement n'a pas requis une injonction avant les groupes environnementaux, mais après.