Canadian Malartic veut doubler l’ampleur de sa mine à ciel ouvert d’ici 2028

Le projet d’expansion suscite de vives inquiétudes, puisque la Santé publique a déjà fait état des impacts majeurs sur la population et que la minière multiplie les infractions à la Loi sur la qualité de l’environnement depuis son ouverture.
Photo: Lawrence Côté-Collins Le projet d’expansion suscite de vives inquiétudes, puisque la Santé publique a déjà fait état des impacts majeurs sur la population et que la minière multiplie les infractions à la Loi sur la qualité de l’environnement depuis son ouverture.

La mine Canadian Malartic entend prolonger l’exploitation de son imposant gisement d’or à ciel ouvert jusqu’en 2028. La fosse sera alors deux fois plus grosse que ce qui était prévu au début de l’exploitation. Le projet d’expansion suscite d’ailleurs de vives inquiétudes, puisque la Santé publique a déjà fait état des impacts majeurs sur la population et que la minière multiplie les infractions à la Loi sur la qualité de l’environnement depuis son ouverture.

L’entreprise a rendu publique jeudi son étude d’impact pour le « Projet Extension Malartic », étape préliminaire à la tenue d’une évaluation sous l’égide du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui doit se tenir cette année.

L’expansion de cette mine à ciel ouvert, dont l’exploitation a déjà nécessité la démolition d’une partie de la ville de Malartic, est motivée par la découverte d’un potentiel d’or « économiquement viable », selon ce qu’on peut lire dans la volumineuse documentation rendue publique. En fait, les réserves pourraient dépasser les 10 millions d’onces, alors qu’elles étaient estimées à 6,55 millions d’onces en 2008. En supposant une valeur moyenne de 1000 $ l’once, la valeur brute de l’or dépasse les 10 milliards de dollars.

Pour exploiter cet or, à un taux moyen d’un gramme par tonne de roche tirée du sol, il faudra donc étendre la fosse Canadian Malartic. D’ici 2028, celle-ci « aura une longueur d’environ 3750 m et une largeur maximale de près de 900 m. Elle atteindra une profondeur moyenne de 410 mètres ». Selon ce qui était précisé en 2009 dans le premier rapport du BAPE, la fosse devait atteindre une superficie de 1,35 km2 à la fin de l’exploitation, soit en 2021. Avec le projet d’expansion, la superficie pourrait dépasser les trois kilomètres carrés.

Le prolongement de l’exploitation générera en outre une quantité additionnelle de 136 millions de tonnes de résidus, mais aussi 378 millions de tonnes de roches stériles. L’entreprise estime d’ailleurs que leur stockage « empiétera dorénavant dans un milieu naturel ». Qui plus est, « un peu plus de 200 hectares de milieux humides seront détruits », mais compensés par le promoteur. Le tracé de la route 177 sera également modifié dans le secteur de Malartic, en raison de l’agrandissement de la fosse.

Inquiétudes

S’il permet de soutenir le marché de l’emploi dans cette région minière pendant encore quelques années, le projet de Canadian Malartic n’en suscite pas moins de vives inquiétudes.

Selon l’avocate Nicole Kirouac, qui s’implique dans le dossier depuis le début du projet au sein du comité Vigilance Malartic, la perception des citoyens n’est plus ce qu’elle était au moment du premier BAPE. « Plusieurs étaient heureux de voir le projet, en 2009. Ils étaient heureux des impacts économiques pour la ville, surtout que le promoteur promettait qu’il y aurait peu d’impacts, donc peu de bruit, peu de poussières et peu de secousses liées aux sautages. Mais plusieurs disent aujourd’hui : “On nous a trompés. Ça ne devait pas avoir autant d’impacts sur notre qualité de vie au quotidien.” »

Le rapport du BAPE de 2009 se montrait d’ailleurs rassurant, estimant que les mesures prévues par la minière permettraient de réduire les nuisances provoquées par la plus grosse mine à ciel ouvert située en milieu habité au Québec. Mais depuis, la minière a reçu pas moins de 171 avis pour non-respect de la législation environnementale, notamment en raison de la poussière générée lors des très nombreux dynamitages nécessaires pour extraire le minerai. Selon les données dévoilées par Radio-Canada en février, la minière a reçu 32 avis de non-conformité uniquement au cours de l’année 2015.

Santé publique

L’an dernier, un rapport de l’Institut national de santé publique concluait que cette mine a eu des impacts négatifs majeurs sur la population, générant de la méfiance, du désarroi, un sentiment d’impuissance et une croissance des inégalités, entre autres. « Comme Malarticoise d’origine, mon constat est clair : c’est une ville sacrifiée à l’industrie minière, laisse tomber Mme Kirouac. Oui, il y avait des mines d’or dans la région avant, mais elles étaient souterraines. Avec cette immense mine à ciel ouvert, nous ne sommes plus dans un projet du même ordre. Les impacts ne sont pas les mêmes. »

Dans son étude d’impact publiée jeudi, Canadian Malartic reconnaît que la minière doit en faire davantage pour éviter de dépasser les « critères » environnementaux, tout en soulignant qu’« un travail important d’amélioration a été fait depuis le début de l’exploitation ».

L’entreprise juge aussi que l’expansion pourrait « susciter diverses perceptions négatives » chez les citoyens. « Les évaluations permettent de croire que les répercussions négatives du projet sur le plan humain seront en bonne partie contrebalancées par les aspects positifs qui en découleront d’un point de vue économique et social », conclut toutefois la minière.

Nicole Kirouac, qui représente un comité de citoyens qui réclame des indemnisations de Canadian Malartic, croit que l’entreprise devrait en faire beaucoup plus. Le comité, qui songe à intenter une action en justice, réclame notamment le rachat de plusieurs résidences de citoyens affectés par la mine. L’entreprise n’a pas répondu au Devoir pour dire si elle entendait répondre à cette demande.

La présence d’une telle mine en milieu habité pose aussi la question des « zones tampons » qui pourraient être instaurées pour séparer les quartiers résidentiels des fosses. Il n’existe pas de telles normes au Québec, alors que d’autres projets ont été autorisés depuis Malartic, dont celui de Mine Arnaud, à Sept-Îles.


La tenue d’un BAPE?

Le projet d’expansion présenté par Canadian Malartic devrait entraîner la tenue d’un BAPE, puisque tout projet de mine dont la production quotidienne dépasse 2000 tonnes doit y être soumis. Mais un autre projet d’expansion, autorisé en 2014, a échappé au BAPE. Il faut dire que la minière a présenté sa demande au gouvernement juste avant les changements à la Loi sur les mines. Avant les modifications, la production devait dépasser 7000 tonnes par jour pour être soumise au BAPE. La demande de l’entreprise chiffrait la production quotidienne à 6990 tonnes.
3 commentaires
  • Louis-Gérard Dallaire - Abonné 2 avril 2016 09 h 00

    Deux côtés à une médaille

    Malheureusement, M.Shields ne voit que le côté noir de la chose. Il ne fait pas voir ce qu'en pense ceux qui sont en faveur de cette exploitation. Ancien résident de cette ville, j'ai constaté que Malartic mourait à petit feu à chacune de mes visites depuis l'arrêt des deux mines à l'entrée de la ville.

    Alors les résidents avaient un choix à prendre : continuer dans cette voie ou accueillir une nouvelle industrie qui donnerait un deuxième souffle à la municipalité.

    Bien sûr, qu'il ne faut pas laisser la voix ouverte et sans balise à l'exploitation. Mais il ne faut pas tout fermer non plus.

    Le gouvernement n'a pas le courage politique d'encadrer l'exploitation de nos ressources naturelles et d'aller chercher sa juste par de ristourne. Pendant ce temps, les gens de terrains font ce qu'ils peuvent pour tirer leur épingle du jeux.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 4 avril 2016 20 h 13

      Tout comme les gouvernements le font, vous soufflez le froid et le chaud...

      Ça n'apporte aucunement de solutions à cet énorme trou à ciel ouvert qui un jour sera tellement hors proportion quant à ses effets néfastes sur la santé des résidents (otages) et de leur environnement que TOUS seront d'avis que ce projet n'aurait jamais dû connaître le jour.

      Alors pourquoi ne pas poser la question suivante...à Qui servent de tels projets pharaoniques? Quand la mine sera dans son déclin, qui sera là pour ramasser à la petite pelle tous ces gens appelés à être déracinés
      encore une fois...tous ces rebuts de cyanure et autres poisons qui ont été utilisés dans ce projet?

      Et ce n'est qu'un début de questionnement!

  • Denis Desmeules - Abonné 2 avril 2016 10 h 36

    Bien oui.... Deux côtés !

    C'est vrai que les médailles ont deux côtés... Mais un des rôles des médias est souvent de dénoncer que les industriels sont peu soucieux des populations locales dans de telles contextes. Sans ces journalistes, les exploitants se croient bien trop souvent seuls au monde et ils ne se gênent pas pour tasser brutalement ceux qui leur bloquent le chemin de l'enrichissement ! Tant mieux s'il y a des lanceurs d'alerte. N'oublions pas que beaucoup de scandales dénoncés, le sont par des journalistes à l'affût. Merci M Sheilds !