Les cendres de l’incinérateur de Québec pour dépolluer le site d’Armagh?

En transférant du mâchefer de l’incinérateur à Armagh, la Ville de Québec pourrait limiter les quantités qu’elle envoie à son propre site d’enfouissement à Saint-Joachim.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir En transférant du mâchefer de l’incinérateur à Armagh, la Ville de Québec pourrait limiter les quantités qu’elle envoie à son propre site d’enfouissement à Saint-Joachim.

Les problèmes de pollution au site d’enfouissement d’Armagh (MRC de Bellechasse) pourraient être réglés en partie grâce aux cendres de l’incinérateur de Québec, avancent des scientifiques.

Des chercheurs du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) suggèrent d’utiliser ces cendres (ou « mâchefer »), au lieu du sable, pour recouvrir les montagnes de déchets d’Armagh.

Étant donné que ces cendres ont un pH élevé (alcalin), on pense qu’elles pourraient neutraliser les fortes concentrations de sulfure d’hydrogène (H2S) sur le lieu d’enfouissement technique (LET).

Selon le responsable du dossier à la Ville d’Armagh, David Loranger-King, cette solution devra d’abord faire l’objet d’une analyse plus poussée et être évaluée par tous les groupes concernés (les résidants voisins du LET, la Santé publique, etc.). Une rencontre doit d’ailleurs avoir lieu au début du mois, notamment avec les résidants touchés.

« On est rendus à l’étape de présenter le rapport aux intervenants concernés », a-t-il dit. En plus des bénéfices environnementaux, cette solution pourrait « générer des économies » en réduisant les coûts de fonctionnement, ajoute-t-il.

Le mâchefer représente les résidus solides produits par la combustion des déchets dans l’incinérateur. Avant de les envoyer dans les sites d’enfouissement, on retire le métal qu’ils contiennent.

La Ville de Québec aussi y trouverait son compte, selon son porte-parole Jacques Perron. En transférant du mâchefer à Armagh, elle pourrait limiter les quantités qu’elle envoie à son propre site d’enfouissement à Saint-Joachim, et dès lors, prolonger sa durée de vie. « On est encore à l’étape de l’analyse », précise-t-il.

L’incinérateur de Québec produit entre 55 000 et 65 000 tonnes de mâchefer par an. Une partie pourrait se substituer aux quelque 13 000 tonnes de sable utilisées comme produit de recouvrement par le site d’Armagh chaque année.

Ironiquement, les problèmes d’odeurs de sulfure d’hydrogène à Armagh découlent du recours à un autre matériau de recouvrement : le résidu de gypse. L’utilisation entre 2009 et 2012 de ce matériau est à l’origine duproblème d’odeurs nauséabondes (oeufs pourris) qui perdure aux abords du LET.

Un petit groupe de citoyens menace même d’intenter une action collective à cause des désagréments qu’ils ont subis ces dernières années. Ils n’ont pas voulu faire de commentaires sur l’étude du CRIQ ces derniers jours.

Pas trop de COV, encore trop de H2S

L’étude avait été produite à la demande de la MRC. Outre le mâchefer, le rapport demandé suggère une forme de compost produit par l’entreprise Englobe comme nouveau matériau de recouvrement. Il recommande aussi de rendre les torchères plus efficaces puisque les épisodes d’odeurs sont plus intenses lorsqu’elles sont déficientes.

Le document apporte aussi des éclaircissements sur la pollution qui accompagne les odeurs fétides. Selon les chercheurs, les concentrations dans l’air des composés organiques volatiles (COV) qui préoccupaient la Direction de la santé publique (DSP) ne dépassent pas les normes sur le site comme à l’extérieur.

Ce n’est toutefois pas le cas du H2S qui est à l’origine des odeurs. « Il apparaît que les seuls paramètres susceptibles de causer des impacts sur la qualité de l’air dans le voisinage du site sont le H2S et les odeurs. »

Les chercheurs n’ont pas mesuré l’impact sur la santé des émissions de H2S, ce n’était pas dans leur mandat. Ils ont toutefois fait des modélisations qui suggèrent un« dépassement théorique » de la norme permise par le Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (RAA).