Le Québec peine à réduire ses émissions de gaz à effet de serre

Le secteur des transports demeure le principal émetteur de GES, responsable de 43 % des émissions totales du Québec en 2013. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le secteur des transports demeure le principal émetteur de GES, responsable de 43 % des émissions totales du Québec en 2013. 

Le Québec peine à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, confirme le plus récent bilan officiel, publié jeudi par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Tout cela dans un contexte où de nouveaux projets pourraient venir alourdir le bilan de la province.

L’« Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2013 et leur évolution depuis 1990 » indique ainsi que les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec ont atteint 81,2 millions de tonnes. Il s’agit d’un recul minime par rapport à 2012, soit 0,12 %.

Le secteur des transports demeure le principal émetteur de GES, responsable de 43 % des émissions totales du Québec en 2013. À lui seul, le transport routier représentait 78,2 % des émissions de ce secteur. Le secteur de l’industrie arrive au deuxième rang, avec 30,8 % des émissions. La reste des émissions se répartit entre les secteurs que sont le chauffage des bâtiments (9,5 %), l’agriculture (9,2 %), les déchets (7,2 %) et la production d’électricité (0,3 %).

Globalement, on constate que les émissions de GES ont reculé de 8,6 % depuis 1990, année de référence pour les calculs. Cette diminution de 1990 à 2013 est attribuable principalement au secteur industriel, selon le ministère de l’Environnement.

« Nous avons accompli beaucoup de progrès depuis 15 ans, notamment grâce à nos plans d’action sur les changements climatiques et à nos initiatives novatrices, telles que le marché du carbone, qui constitue la pièce maîtresse de notre action », a également soutenu le ministre David Heurtel dans lecommuniqué annonçant la publication des données sur les GES. Ces données ont été publiées jeudi en après-midi, après l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale.

M. Heurtel a toutefois reconnu que le Québec doit « accélérer la cadence » s’il veut atteindre ses « ambitieux objectifs ». « Il en va de notre bien-être et de celui des générations futures ; faisons-le pour eux ! » a affirmé le ministre Heurtel, toujours par voie de communiqué.

Objectif ambitieux

Il faut dire que le Québec s’est fixé comme objectif de réduire ses émissions de 20 % d’ici 2020, par rapport à 1990. Le gouvernement Couillard a également établi une cible de réduction de 37,5 % d’ici 2030, toujours par rapport à 1990. Le Québec s’est même engagé à réduire, conjointement avec l’Ontario et la Californie, ses émissions de GES de 80-95 % d’ici 2050.

Pour atteindre ses cibles, le gouvernement mise beaucoup sur le marché du carbone. Selon ce qui se dégage des données publiées jeudi, tout indique que des efforts de réduction des GES devront impérativement être faits du côté des transports. En effet, l’accroissement du parc automobile, l’augmentation de la puissance, du poids et des accessoires des véhicules ainsi que l’augmentation du kilométrage parcouru « sont directement responsables de l’importante hausse observée dans le secteur du transport depuis 1990 », note le ministère de l’Environnement.

Des projets industriels en développement pourraient par ailleurs alourdir le bilan québécois au cours des prochaines années. La cimenterie de Port-Daniel pourrait émettre à elle seule deux millions de tonnes de GES par année, soit suffisamment pour annuler les réductions nettes du Québec entre 2011 et 2013. Sans oublier les projets d’exploitation pétrolière et gazière en Gaspésie, qui devraient voir le jour d’ici quelques années. Le développement minier du Nord pourrait aussi accroître les émissions de GES.

À l’échelle canadienne, le Québec fait néanmoins bonne figure, puisque les émissions par habitant sont les plus faibles de toutes les provinces. La principale province émettrice demeure l’Alberta, avec 37 % de toutes les émissions de GES au pays. Celles-ci dépassaient, en 2013, les émissions combinées du Québec et de l’Ontario. À elles seules, les émissions « fugitives » du secteur pétrolier et gazier dépassent le total de tout le secteur des transports au Québec.

12 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 25 mars 2016 19 h 12

    Sacro-sainte circulation!

    Ce ne semble pas demain la veille que nos gouvernements (provincial et municipal) s'en prendront à la circulation automobile, notamment sur l'Ile de Montréal qui pourtant pourrait être le théâtre d'initiatives intéressante. Il est de plus ressorti que le surcroît des véhicules provenait majoritairement des banlieusards. Une initiative musclée serait pertinente pour l'utilisation du transport public et l'accroissement du nombre de stations de BIXI.

    • Jean Richard - Abonné 26 mars 2016 10 h 16

      Accroître le nombre de stations Bixi, peut-être, mais ça pourrait être plus ou moins utile si on ne travaille pas sur l'environnement urbain dans lequel on se déplace à vélo.

      Montréal a une population relativement jeune, mais qui vieillit, comme partout ailleurs. Or avant de songer à remettre des gens plus âgés sur un vélo, il faudra travailler à rendre l'environnement plus sécuritaire. Encore qu'il n'y a pas que les gens âgés qui soient craintifs à pieds et à vélo.

      Il y a aussi les cyclistes non bixistes. Nombre d'entre eux seraient prêts à payer le juste prix pour pouvoir garer leur bécane là où ils pourront la retrouver en entier au retour. L'aire moyenne d'une case de stationnement de voiture est d'environ 20 mètres carrés à Montréal. Il y a de quoi garer plus de 20 vélos ou plus.

      Et l'hiver ? Le vélo d'hiver serait beaucoup plus accessible qu'on ne le croit si on revoyait la façon d'entretenir la chaussée. On a par exemple aménagé à grands frais le viaduc du boulevard Saint-Laurent sous la voie ferrée du CP. Ce lien cyclable est devenu un casse-gueule en hiver, avec une grande plaque de glace vive à l'endroit où les vélos sont susceptibles de rouler assez vite (au bas de la pente). Outre les cyclistes, les piétons ont aussi été les victimes des carences d'entretien d'un tronçon de rue qui a coûté trop cher et qui a été mal conçu.

      Changer les habitudes de transport fait partie de la solution. Mais il y a toute une culture automobile qu'il faut changer avant que ce ne soit possible. Or, le Québec ne va pas dans la bonne direction face à ce changement nécessaire et Montréal n'a pas le contrôle de son développement et reste très timide de toutes façons. Ce n'est pas sans espoir, mais il vaut mieux hésiter avant d'être trop optimiste...

  • Christian Montmarquette - Abonné 25 mars 2016 19 h 38

    Comme le disait si bien Nathalie Normandeau..

    ...y'a encore trop de vaches au Québec.

  • Jean Morissette - Abonné 25 mars 2016 20 h 13

    l'autruche

    Notre bon premier ministre a bien aimé aller faire son coq au cop21 à Paris, mais que fait-il au Québec? Il suffit de circuler un peu en voiture pour voir que les Québecois circulent de plus en plus avec des grosses voiture utilitaires. Qu'est-ce qu'on attend pour surtaxer ces véhicules et subventionner davantage les voitures électriques ou hybrides. Que fait-il pour stopper le projet d'aléoduc énergie est qui ne fera qu'augmenter les émissions à effets de serre. Souhaitons qu'un jour l'autruche se cache la tête dans le sable bétumineuse et se réveille.

    • Jean Richard - Abonné 26 mars 2016 09 h 57

      Subventionner les voitures individuelles à batteries est une erreur monumentale. Primo, miser sur la voiture individuelle dans les grands centres (et le Québec est plus urbain que rural) ne fait que promouvoir un modèle d'urbanisation (et suburbanisation) qui est à la source du problème de la surconsommation d'énergie. Secundo, en augmentant le nombre de voitures individuelles, on amplifie le problème de l'encombrement urbain et par ricochet, celui de la congestion. Cet encombrement deviendra encore plus critique dans les centres-villes. Faire le plein d'essence prend 3 minutes, charger une tonne de batteries prend plusieurs heures. Le problème des voitures immobiles ne pourra que prendre de l'ampleur.

      Malgré les millions $ alloués en subventions, il n'y a toujours que 8000 voitures électriques au Québec. L'incidence sur la consommation totale de pétrole est pratiquement nulle. En comparaison, au plus fort de la crise économique en Espagne, l'état a réduit les limites de vitesse sur les autoroutes, amenant une diminution de la consommation de 10 à 15 %. Des mesures pour réduire la consommation des voitures à pétrole ne coûtent qu'une fraction des juteuses subventions à l'achat de voitures individuelles et pourtant, entraînent des résultats de loin plus considérables.

      Des mesures pour réduire la consommation des véhicules existants, c'est un premier pas. Un autre pas important serait un incitatif à utiliser les transports collectifs, urbains et interurbains. Si on met ensemble les subventions et les détaxes, on constate que chaque voiture individuelle électrique coûte plus de 12 000 $ à la collectivité. Si on investissait une telle somme dans les transports collectifs sur la seule île de Montréal, nous aurions 24 G$ disponibles pour les 6 à 8 prochaines années.

    • Jean Santerre - Abonné 28 mars 2016 08 h 41

      M. Richard votre idée semble exclure d’autres solutions valables que le transport en commun.
      Bien sûr le transport en commun doit être privilégié ainsi que l’infrastructure urbaine pour favoriser des moyens plus sains, vélos, marches, partages de la route, et autres.
      Mais comment faire disparaitre 4 millions de véhicules individuels d'un coup de baguette magique et transformer tant d’unité pour les rendre 15% moins énergivores.
      Ni le comportement des individus, ni l’amélioration technologique ne peuvent seuls y venir à bout.
      De plus il est démontré que rendre les choses plus efficaces ne réduit pas la consommation, bien au contraire, selon le principe de Jevon.
      Le remplacement d’un parc automobile s’étale sur environs une génération, ce qui nous porte en 2030-2035.
      La majorité des voitures sont immobiles 95% du temps, mais qu’elles soient électriques ou au charbon n’y change rien, c’est la nature de la bête.
      Alors, pourquoi exclure que ce temps perdu soit mis à profit par une ressource renouvelable et propre comme l’électricité.
      À ma connaissance, le programme d’électrification n’a pas encore entamé la moitié des 460 millions alloué, mais vous projetez des économies de milliards de dollars avec sa mise au rancart?
      Pourriez-vous expliquez ces calculs d’économie de 24 G(milliards)$
      Seulement une partie des 8 000 voitures ont obtenu la subvention maximale de 8 000$
      Je crois que l’électrification fait partie de la solution et je crois qu’elle favorise l’expression d’autre moyen en les rendant plus désirables en évitant les désagréments de l’utilisation de produit fossile comme le bruit, l’odeur, la poussière et les polluant. Cela rendra la cohabitation avec les piétons et les cyclistes bien plus cordiaux.

  • François Beaulé - Abonné 25 mars 2016 23 h 08

    La majeure partie de l'augmentation provient du transport des marchandises

    Les émissions totales du transport routier ont augmenté de 6,5 Mt entre 1990 et 2011. La part du transport des personnes dans cette augmentation est de 1,4 Mt ou 22 % alors que celle du transport des marchandises est de 5,1 Mt ou 78 %.

    « l’accroissement du parc automobile, l’augmentation de la puissance, du poids et des accessoires des véhicules ainsi que l’augmentation du kilométrage parcouru « sont directement responsables de l’importante hausse observée dans le secteur du transport depuis 1990 », selon le ministère de l'Environnement. Or c'est faux, la majeure partie de l'augmentation depuis 1990 provient du transport des marchandises et non pas du transport des personnes. Le ministère devrait rendre public ses calculs pour tenter d'appuyer son affirmation.

    • Benoît Landry - Inscrit 26 mars 2016 11 h 45

      Et dans le cadre de la mondialisation, c'est de plus en plus évident. Quand on en est rendu à importer nos cornichons des Indes.... Et que dire du transport du pétrole vers les autres continents tandis qu'on en importe des autres continents... La source de GES se croisent dans de beaux gros bâteaux au beau milieu de l'océan, faut le faire

      Il faudra bien un jour s'ouvrir les yeux et se rendre compte que dans notre système la pollution est un facteur important de la croissance économique

    • Jean Richard - Abonné 26 mars 2016 12 h 32

      Deux facteurs qui ont joué dans la balance :

      - le système de livraison « juste à temps » aurait contribué à mettre sur la route davantage de camions, mais surtout des camions de plus grande taille et,

      - le commerce en ligne a multiplié de façon marquée la circulation des petits camions de livraison.

      Dans ce dernier cas, on note aussi une augmentation sensible des matériaux d'emballage (qui vont encombrer nos décharges). Qui n'a jamais reçu un minuscule objet emballé dans une énorme boîte et livré par un camion d'une taille démesurée ?

      Toutefois, bien qu'on indique ci-haut que 78 % des émissions de GES soient attribuable au transport des marchandises, on peut devoir rectifier le calcul en introduisant les émissions non comptabilisées, qui ne sont pas moins importantes. De 1990 à 2007 par exemple, l'augmentation du parc des camions au Québec a augmenté de 21,5 %, celui des voitures de 16,5 % et celui des camions légers (incluant VUS et mini-fourgonnettes) de 169 %. La fabrication de ces millions de véhicules a contribué à une quantité très élevée d'émissions de GES, mais ils ne sont pas comptabilisés au Québec puisque ces véhicules (sauf quelques camions et autobus) ont tous été construits ailleurs.

      Il faut noter aussi l'augmentation continuelle de la distance domicile-travail, à son niveau le plus élevé dans la région de Montréal.

  • Jean Santerre - Abonné 26 mars 2016 06 h 23

    Soyons sérieux!

    Il est très facile de demander aux autres de faire des efforts, et ce gouvernement ne s'en prive pas.
    Mais qu'en est-il des gestes concrets.
    Où est la politique des bonus-malus?
    Où est la politique des transports publics?
    Où sont les autobus électriques "en essai depuis 20 ans", mais en fonction quotidienne dans de plus en plus de villes autres qu’au Québec?
    Où est la politique d'achat de remplacement des véhicules de fonction de nos ministres, fonctionnaire et cadre supérieur de l'état par des véhicules sans émission?
    Où sont les encouragements, pardon l'obligation ET les encouragements pour les municipalités de remplacer leurs flottes par des véhicules sans émission?
    Quand votera-t-on une loi pour obliger les manufacturiers à offrir des véhicules sans émission?
    Pourquoi autorise-t-on encore les démarreurs à distance?
    Le ministre Heurtel sait-il qu'il a tout le pouvoir de les proposer, les mettre en action et les encadrer?
    Le ministre comprend-il que l’environnement est notre salut ET le salut économique de notre province qui en a bien besoin?
    Parle est facile, agir demande un peu de sérieux.
    Allons, cessez de pleurnicher et mettez-vous au boulot, cela fera du bien à tous.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 26 mars 2016 18 h 15

      Rien à rajouter monsieur Santerre, vous avez tout dit!