Les bénéfices de l’exploitation pétrolière mis en doute

Le débat sur le pétrole était organisé au Musée de l’Amérique francophone de Québec.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le débat sur le pétrole était organisé au Musée de l’Amérique francophone de Québec.

Faut-il dire au pétrole « non à jamais » ou « pourquoi pas » ? Au-delà de l’impact sur l’environnement, les bénéfices économiques de l’exploitation ont été vivement contestés mercredi soir lors d’un débat au Musée de l’Amérique francophone.

« On valorise l’achat local pour les manteaux Kanuk. […] Mais quand ça touche au gaz naturel ou au pétrole, c’est deux poids, deux mesures », a lancé le porte-parole de l’industrie pétrolière et gazière David Lefebvre en début de discussion.

Une affirmation qui a fait littéralement bondir le professeur de physique Normand Mousseau. « C’est complètement bidon ! » a-t-il lancé en parlant du « mythe » d’un pétrole national. « Le pétrole, s’il était produit au Québec, il serait mis dans le marché mondial à qui veut l’avoir. De dire “on va produire pour nous”, ça ne veut rien dire. »

Animé par le collègue Antoine Robitaille, le débat organisé par Le Devoir visait à pousser plus loin les discussions qui animent la page Idées du journal.

La structure même de l’industrie fait que le pétrole voyage, a plaidé Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki. « Les gens vont chercher le pétrole là où il est le moins cher, a-t-il lancé. Ce n’est pas dit que nos raffineurs ne choisiraient pas de s’approvisionner ailleurs. »

Agir sur deux fronts ?

Plus nuancé que M. Lefebvre, Stéphane Forget, de la Fédération des chambres de commerce du Québec, a soutenu que le Québec pouvait à la fois faire de l’exploration tout en amorçant une « décarbonisation » de l’économie.

Clairement opposée à cette idée, la coordonnatrice du mouvement Stop Oléoduc, Anne-Céline Guyon, a comparé cela à un cocaïnomane qui chercherait à cesser de consommer en se mettant à vendre de la drogue. Une affirmation qui a beaucoup fait rire l’auditoire de la chapelle du musée.

Le professeur Mousseau a quant à lui fait valoir que le marché du carbone faisait en sorte qu’il était plus désavantageux d’exploiter les hydrocarbures. « Tout le carbone qu’on va émettre, on va devoir le jeter ailleurs. »

Pour Karel Mayrand, « la totalité du modèle de l’industrie repose sur le fait qu’elle ne sauve pas le climat ». Il reproche en outre à des projets comme le pipeline Énergie Est de TransCanada de s’imposer pour toujours une fois installés.

Tant M. Forget que M. Lefebvre ont fait valoir que les intérêts de l’industrie des hydrocarbures et d’autres secteurs comme les mines étaient interreliés. « On a besoin des hydrocarbures pour développer le Nord », a déclaré M. Forget. En les écartant, on « risque de sacrifier les gens qui ont besoin de travailler », a-t-il dit en parlant des régions.

Or, comment expliquer que des intérêts étrangers n’aient pas encore investi dans le pétrole québécois s’il est si prometteur ? a demandé le journaliste Alexandre Shields. « Justement, il faut poursuivre l’exploration, et ensuite on pourra voir pour les investissements », a répondu le porte-parole de l’industrie.

Pour ceux qui l’ont manqué, le débat doit être diffusé dans son intégralité le 2 mai à 20 h au Canal Savoir. Le prochain débat aura lieu à Sherbrooke le 13 avril sur le thème de l’immigration.

9 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 24 mars 2016 05 h 57

    Question de lucidité

    Faut le faire, comparé l'exploitation du pétrole avec Kanuk au Québec. Avec le pétrole, c'est question d'environnement; nous sommes à l'ère où nous devons considérer de plus en plus la qualité l'environnement comme incontournable pour notre avenir sur la terre.

    Plus les choses avancent plus il devient difficile de trouver du pétrole à proximité, devenant plus rare au fil des ans. Sans parler des technologies pour le transformer quand il n'est pas de bonne qualité, comme les sables bitumineux.

    Je n'aurais certainement pas dit ce genre de chose au début de la découverte du pétrole et de son potentiel, quant aux besoins que nous pouvions comblés avec les dérivés du pétrole. Aujourd'hui, il faudrait réfléchir à des technologies de remplacement du pétrole.

    L'écologie, l'environnement et la qualité de l'air sont devenus des incontournables, à mesure que nous réalisons l'empreinte environnementale que nous faisons avec nos gros sabots, sur la planète.

    C'est une simple question de lucidité au présent à savoir que le pétrole ne sera pas toujours là et de clairvoyance, quant à notre place pour l'avenir sur la planète. J'allais écrire "notre" planète, mais nous n'en sommes pas les propriétaires; d'en abuser nous ferait le réaliser.

  • Robert Beaulieu - Abonné 24 mars 2016 07 h 22

    Crédibilité des chambres de commerce?

    Les représentants des chambres de commerce nous ont une fois de plus fait la démonstration de leur inutilité et de leur nulité comme participants aux débats sur les hydrocarbures.

    De toutes évidences David Lefebvre et Stéphane Forget non aucune sorte d'idée de ce dont ils parlent dans ce dossier.
    Ces pseudo représentants du monde des affaires non même pas la décence de faire la moindre recherche ou de présenter quelque étude comparative par rapport au potentiel de création d'emplois des différentes orientations qui s'offrent à la société.

    En se contentant de répéter machinalement les mêmes phrases vides de sens qui appuient aveuglément n'importe quel projet, peu importe les conséquences, ils ne remplisent pas leur rôle avec le sérieux qui importe.
    Si la création d'emplois était réellement leur première préoccupation ils ne passeraient pas sous silence l'armée de gens de métiers nécessaire afin de réaliser la conversion aux énergies vertes, la conservation, l'efficacité, etc.
    Creuser des trous dans le nord n'est pas un projet de société.
    Messieurs, pourriez vous svp faire vos devoirs et monter votre jeu d'une coche.
    Merci et bonne journée.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 24 mars 2016 15 h 49

      Aussitot que les Chambres de <commerce ouvrent la bouche et les lobbyistes du petrole tentent de vendre leur salades,on voit qu ils ne connaissent pas grand chose,c est comme vouloir vendre une vielle auto disant qu elle vient d un cure tres age.Ou encore vendre une asuurance-vie a ce meme cure = passer des sapins aux epais quebecois.Quels imbeciles.... J-P.Grise

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 24 mars 2016 16 h 00

      M.Beaulieu,j aime beaucoup votre description de ces Chambres de Commerce et les lobbyistes du petrole :bref des gens inutiles souvent peu brillants. J-P.Grise

  • Robert Bernier - Abonné 24 mars 2016 07 h 41

    Internalisez les coûts et ...

    Que l'industrie soit forcée à internaliser les coûts reliés à la protection de l'environnement, qu'elle soit forcée à déposer en fidéi-commis les sommes éventuellement requises pour réparer les dégâts, qu'elle soit astreinte à se payer des assurances suffisantes .... et elle verra bien qu'elle ne peut tirer aucun profit des combustibles fossiles.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Brigitte Garneau - Abonnée 24 mars 2016 11 h 13

    Quand le sophisme est roi!

    Tout comme nous encourageons Kanuk au Québec, il serait normal, selon David Lefebvre, d'encourager l'industrie pétrolière...Pardon?! Ai-je bien compris? Cela me fait penser au maire de Calgary qui racontait, afin de nous faire avaler EnergieEst, qu'il n'aimait pas les choux de Bruxelles mais qu'il avait le plus grand respect pour les producteurs de choux de Bruxelles. Comparer le pétrole sale à des choux de Bruxelles, il faut le faire!! Entre manger un bol de choux de Bruxelles ou boire une tasse de pétrole, le choix est assez évident! Les conséquences et les effets secondaires le sont aussi...

  • Denis Paquette - Abonné 24 mars 2016 12 h 46

    Payer inutilement ,est-ce que vous voulez

    Enfin, il était temps de se poser la question, investir dans le petrole est il un bon investissement, ou est ce une astuce pour nous faire payer le trip mégalo de politiciens, nous avons payer pour Petro-Canada allons payer pour Petro Alberta, dans ce pays ne sommes nous toujours que des payeurs, aller demander aux russes ce qu'ils pensent du petrole surtout que le notre est un des plus cher et des plus polluant, de ces temps-ci les compagnies de pétrole ne désinvestissent-elles pas? Enfin n'est-il pas temps que nous nous posions les bonnes questions, surtout que ca pour effet de massacrer notre patrimoine, allons nous encore payer inutillement tribut a ce pays