Des permis d’exploration bloqueraient des projets d’aires protégées, conclut une étude

Le Québec s’était engagé à protéger 12 % de son territoire d’ici 2015, puis 17 % d’ici 2020. Le Bas–Saint-Laurent (notre photo) accuse toutefois un retard, avec seulement 4,5 % d’aires protégées.
Photo: Cal Woodward Associated Press Le Québec s’était engagé à protéger 12 % de son territoire d’ici 2015, puis 17 % d’ici 2020. Le Bas–Saint-Laurent (notre photo) accuse toutefois un retard, avec seulement 4,5 % d’aires protégées.

L’omniprésence des permis d’exploration pétrolière et gazière dans le Bas–Saint-Laurent aurait pour effet de bloquer les efforts de protection de portions importantes du territoire pourtant déterminées et soumises au gouvernement depuis près de trois ans, conclut un nouveau rapport dont Le Devoir a obtenu copie.

Dans la foulée d’un exercice de consultations publiques mené en 2013 par la Conférence régionale des élus du Bas–Saint-Laurent, sept territoires au total ont été formellement déterminés comme aires protégées candidates et proposés comme tels au ministère de l’Environnement du Québec dès juin 2013.

Or, « aucun des territoires d’intérêt de la région qui ont été proposés au gouvernement n’a été protégé à ce jour. Sans statut légal, ces territoires demeurent vulnérables à toute forme d’activité industrielle », déplore le directeur général de la Société pour la nature et les Parcs Québec (SNAP), Alain Branchaud. C’est cet organisme qui a rédigé le rapport d’une quarantaine de pages, en collaboration avec le Conseil régional de l’environnement du Bas–Saint-Laurent (CREBSL).

Selon les auteurs de l’analyse à paraître ce mercredi, l’omniprésence des permis d’exploration pétrolière et gazière dans la région pourrait expliquer en partie l’inaction de Québec. Il faut dire que pas moins de six des sept territoires déterminés se trouvent dans des zones où des entreprises ont acquis, auprès de ce qui est aujourd’hui le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, des permis d’exploration. La plupart de ces permis ont été délivrés en 2009 et 2010, mais certains remontent à 2006.

Permis de Pétrolia

Trois des territoires choisis pour leur grande valeur écologique se situent dans des secteurs où des permis sont détenus par l’entreprise Pétrolia, qui en possède plusieurs dans le Bas–Saint-Laurent et en Gaspésie. Outre l’île d’Anticosti, c’est d’ailleurs dans ces régions que se concentrent les permis actifs de l’entreprise, dont le premier actionnaire avec le gouvernement du Québec.

Parmi les trois zones dont Pétrolia détient les droits d’exploration, on retrouve le territoire de la rivière Causapscal, une rivière à saumon qui se situe à la tête « du bassin versant de la rivière Matapédia, rivière à saumon de grande renommée ». Toute cette région, souligne le rapport, revêt « une grande importance du point de vue de la biodiversité ».

Un autre territoire où Pétrolia détient des permis se situe dans le secteur de la rivière Cap-Chat, dans les monts Chic-Chocs. Ce secteur constitue une partie de l’habitat du caribou de la Gaspésie, mais aussi d’autres espèces à statut précaire. On retrouve enfin, toujours sous permis avec Pétrolia, le secteur de la rivière Cascapédia, « une rivière à saumon importante », précise le rapport.

L’analyse en question a identifié un total de quatre entreprises différentes qui détiennent des permis recoupant au moins un des six territoires déterminés comme candidats à un statut de protection officiel. Aucun des territoires n’aurait toutefois fait l’objet, jusqu’à présent, de travaux d’exploration.

Qui plus est, le gouvernement aurait le pouvoir, selon l’analyse de la SNAP, de soustraire les territoires à l’exploration pétrolière ou gazière. Des dispositions de la Loi sur les mines, qui régit pour le moment l’essentiel du secteur de l’exploration pétrolière au Québec, permettent en effet de soustraire des territoires pour des fins de protection. Les détenteurs de permis peuvent aussi renoncer volontairement à leurs droits afin d’assurer la conservation de ces territoires.

La chose apparaît d’autant plus nécessaire, selon les groupes signataires, que le Québec s’était engagé à protéger 12 % de son territoire d’ici 2015, puis 17 % d’ici 2020. Le Bas–Saint-Laurent accuse toutefois un retard, avec seulement 4,5 % d’aires protégées. Les sept territoires d’intérêt amèneraient le niveau de protection à environ 7,5 %.

« Ces noyaux de conservation constituent l’épine dorsale, la base, d’un réseau régional d’aires protégées, souligne le président du CREBSL, Yanick Gendreau. Ces territoires permettront de combler les carences écologiques qui persistent en milieu naturel en plus de protéger les éléments rares de la biodiversité et d’augmenter la connectivité entre les territoires protégés. »

7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 mars 2016 02 h 36

    Des amateurs

    Quel gouvernement pissou et sans envergure qui préfère faire des cadeaux de plusieurs millions que de protéger notre territoire, quel gagne de ministre a la petite semaine, enfin j'ai envie d'omettre la ministre de la culture de cette épithète

    • Robert Beauchamp - Abonné 23 mars 2016 10 h 27

      Annoncé sous Jean Charest, mais toujours le meme parti liberal.

  • Bernard Plante - Abonné 23 mars 2016 08 h 49

    Quoi?

    Laisserait-on sous-entendre que notre ministre pro-pétrole de l'environnement David Heurtel n'aurait pas fait son travail? Quelle surprise!

    Ce gouvernement est une honte à l'intelligence.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 23 mars 2016 10 h 56

    Rapport intéressant à lire.


    Avec ses multiples cartes il donne une occasion au public d'avoir une meilleurs connaissance de ce territoire. On y retrouve, entre autres, des points chaud qui peuvent entré en conflit d'utilisation/protection. Mais il n'aborde que les frictions qui peuvent découlé d'une éventuelle exploitation pétrolière. L'industrie forestière y est pourtant une menace bien plus grande tant qu'aux impactes sur les rivières et sur les corridors de continuité du territoire.

    Accessible ici, http://www.crebsl.com/documents/pdf/foret/rapport_

  • Armand Morissette - Inscrit 23 mars 2016 13 h 19

    Histoire pétrolière

    Depuis 1994, les ex-premiers ministres du Québec ont des préjugés drôlement favorables au pétrole et aux pétrolières, un employeur constant. Pendant que ces redoutables lobbyistes continuent de s'activer, l'ampleur des dommages apparait. Lucien Bouchard et André Cayer d'Hydro Québec avec ses plaques tournantes de l'énergie, ont réussi toute une dilapidation de nos richesses collectives, de nos connaissances et de nos droits d'exploration avec l'extinction de la Société Québecoise d'Initiatives Pétrolières (SOQUIP) au profit, entre autre, de Pétrolia. En échange, nous avons gagné le droit de subventionner cette société privatisée pour des aberrations comme les forages sur l'île d'Anticosti. Au passage les citoyens furent dépouillés de 57 M$.
    Les obstacles à la protection du territoire s'ajoutent à ces conséquences désastreuses. Maintenant ce sont les ex-PM libéraux qui nous préparent l'enfoncement d'un oléoduc meurtrier à tous points de vue. Leur pouvoir à détériorer le bien commun est sans égal.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 23 mars 2016 16 h 14

    Quand cessera cette grossière MANIPULATION?

    Vite! Un psychiatre à la rescousse! Expliquez-moi quelqu'un pour que je puisse comprendre! À quoi sert-il d'avoir des zones protégées si on ne les protège pas? À quoi sert-il de consulter les citoyens si on ne les écoute pas? Que veut dire ACCEPTABILITÉ SOCIALE si les PÉTROLIÈRES ont toujours le dernier mot? Quelqu'un peut-il éclairer ma lanterne?