Suroît: des écologistes demandent à Mulcair d'analyser la filière des économies d'énergie

Le ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, a été invité hier à faire vérifier par une commission indépendante si la filière des économies d'énergie ne constituerait pas à court terme une réponse plus rapide, plus économique et plus acceptable d'un point de vue social et environnemental au projet du Suroît.

Cette requête lui a été adressée par Héritage Saint-Bernard, un groupe environnemental de la région de Beauharnois, où sera implanté le projet du Suroît. Le groupe en question a d'ailleurs demandé au ministre Mulcair, qui s'opposait depuis des mois à ce projet avant d'en parrainer l'adoption par le cabinet, en décembre dernier, s'il l'aiderait à déposer à l'Assemblée nationale la «première tranche» d'une pétition électronique signée par 17 000 personnes opposées au Suroît en raison, justement, du potentiel mal exploité de l'efficacité énergétique du Québec. La pétition se poursuit au rythme de quatre à cinq signatures à la minute sur le site Internet du groupe.

Dans la région d'accueil du Suroît, l'opposition au projet s'intensifie: la municipalité de Sainte-Martine s'est opposée par résolution au projet. Elle fait partie de la MRC qui recevra un million de dollars en échange d'une modification à son schéma d'aménagement pour rendre possible la construction de la centrale thermique.

D'autre part, la coalition Québec-Vert-Kyoto, qui a organisé l'importante manifestation de la fin de semaine dernière à Montréal, récidive elle aussi, notamment grâce à son site Internet, avec une nouvelle manifestation à Québec, samedi à 13h, devant le Palais des congrès où se tiendra le conseil général du Parti libéral. La coalition espère que les militants libéraux demanderont des comptes aux ministériels sur le non-respect des engagements électoraux du parti, officiellement engagé contre la production thermique d'électricité...

Dans sa lettre au ministre Mulcair, le directeur général d'Héritage Saint-Bernard lui demande d'intervenir en vertu de ses pouvoirs généraux d'enquête pour faire examiner avec rigueur les solutions alternatives au Suroît et pour vérifier les «allégations d'Hydro-Québec et du ministère des Richesses naturelles» en ce qui a trait aux besoins énergétiques anticipés pour le Québec entre 2007 et 2010.

De leur côté, deux procureurs spécialisés en droit environnemental, Franklin Gertler et Évelyne Fecteau, qui avaient fait déclarer illégale la ligne Hertel-des Cantons, précisaient hier dans une entrevue au Devoir qu'en vertu de la loi sur la Régie de l'énergie, il appartient à Hydro-Québec Distribution et non à Hydro-Québec Production, la marraine du Suroît, d'établir l'existence et l'ampleur des besoins en électricité du Québec. Par voie de conséquence, se sont demandé les deux procureurs, serait-il possible que le ministre de l'Environnement, son collègue de l'Énergie et le gouvernement se soient substitués à la Régie de l'énergie, qui doit statuer sur ces besoins, en acceptant un projet justifié publiquement par des besoins internes que cette instance régulatrice n'a jamais validés?

Pour Philippe Bourque, du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement, Québec a escamoté à tous les niveaux le débat sur la véritable solution de rechange au Suroît: l'efficacité énergétique. La Colombie-Britannique, dont la situation énergétique s'apparente beaucoup à celle du Québec, dit-il, vient de publier une étude qui démontre que son programme Power Smart pourra répondre au tiers de l'augmentation de la demande en électricité au cours de la prochaine décennie.