Les attentes budgétaires sont grandes pour l’environnement

Ottawa s’engage à atteindre l’objectif de protéger 10 % de son territoire marin d’ici 2020.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Ottawa s’engage à atteindre l’objectif de protéger 10 % de son territoire marin d’ici 2020.

Après dix années de règneconservateur, les attentes budgétaires sont grandes dans le domaine environnemental, d’autant que les libéraux ont promis de faire des gestes significatifs en matière de lutte contre les changements climatiques, un domaine dans lequel le Canada a pris beaucoup de retard. Le tout dans un contexte de croissance anticipée du secteur pétrolier.

Après avoir ajouté le terme « changement climatique » au titre de la ministre de l’Environnement du Canada, Catherine McKenna, une première dans l’histoire canadienne, le premier ministre Justin Trudeau a promis au début du mois des investissements fédéraux « massifs » dans les infrastructures vertes.

En campagne électorale, M. Trudeau s’était aussi engagé à mettre sur pied un « Fonds pour une économie à faibles émissions de carbone », qui devrait être financé à hauteur de 2 milliards de dollars au cours des quatre prochaines années. Des investissements de 100 millions de dollars de plus sont également prévus pour « la production de technologies vertes ».

C’est justement le genre de signal clair que souhaite voir Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, dans le budget qui sera présenté ce mardi. « Il faut que le gouvernement donne un véritable coup d’accélérateur en faveur d’une économie sobre en carbone, pour démontrer le sérieux du virage énergétique que le Canada entend prendre », explique-t-il, à la veille du dépôt du premier budget du ministre des Finances, Bill Morneau.

Réorienter l’économie

Selon M. Mayrand, Ottawa doit impérativement utiliser son programme de relance « pour orienter l’économie dans la direction que nous devons prendre et démontrer qu’il y a véritablement une vision d’ensemble ». Une vision qui passerait selon lui par une réduction des subventions à l’industrie pétrolière et gazière.

Dans un contexte de ralentissement du secteur, il reconnaît toutefois qu’il sera difficile pour le gouvernement de s’attaquer au soutien acquis dont bénéficie une industrie très influente, mais qui est également responsable d’une large part de la croissance continue des émissions de gaz à effet de serre au Canada.

Dans un rapport d’une centaine de pages produit par une coalition de plusieurs organismes à vocation environnementale en prévision du budget 2016-2017, on cible en outre des éléments qui devraient se retrouver dans le document présenté mardi. Les groupes misent notamment sur des investissements de quelques milliards de dollars dans le développement, mais aussi le fonctionnement des transports collectifs.

Karel Mayrand souligne aussi que le fédéral pourrait mettre en place un programme de rénovations vertes, à l’instar du crédit d’impôt RénoVert annoncé jeudi dernier par le gouvernement Couillard afin de stimuler la rénovation résidentielle écoresponsable. « On nous parle souvent des milliers d’emplois que doit créer le projet de pipeline Énergie Est durant sa construction, mais un tel programme de rénovation peut aisément créer autant d’emplois, et pour une plus longue période. »

Par ailleurs, le Canada de Stephen Harper a accusé des retards majeurs en matière de protection de ses milieux naturels, notamment les milieux marins. Sylvain Archambault, de la Société pour la nature et les parcs, estime donc que les libéraux doivent maintenant rattraper le temps perdu.

Déjà, souligne-t-il, Ottawa s’engage à atteindre l’objectif de protéger 10 % de son territoire marin d’ici 2020, comme le prévoit son engagement international dans ce domaine. Mais une telle cible doit aller de pair avec des investissements, selon M. Archambault. « À l’heure actuelle, le fédéral y consacre moins de 10 millions. Il faudrait plutôt y allouer environ 45 millions de dollars, et de manière continue. »