TransCanada songe toujours à construire un port au Québec

Le vice-président d’Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le vice-président d’Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron

TransCanada cherche toujours à exporter du pétrole des sables bitumineux à partir d’un port situé au Québec, selon des informations révélées jeudi dans le cadre du BAPE sur Énergie Est. De nouveaux éléments témoignent du fait que le futur pipeline servira d’abord à exporter du brut de l’Ouest. Plus de 80 % du pétrole doit être directement exporté, selon les données actuelles.

Selon des documents officiels de TransCanada mis en lumière par le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, la pétrolière cherche toujours une façon d’écouler un volume quotidien de 270 000 barils, soit un peu moins du tiers de tout le pétrole brut qui sera transporté chaque jour par Énergie Est.

Selon ce qu’écrit la pétrolière albertaine dans un document déposé au BAPE, « des pourparlers avec les expéditeurs touchés se poursuivent relativement au traitement de ces volumes ». Parmi les « options » sur la table, on étudie « le développement futur d’un projet en vue de la livraison à des installations maritimes au Québec, projet qui ferait l’objet d’une demande distincte ».

Interpellé par M. Guilbeault, le vice-président d’Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron, a d’abord dit que la « demande » pour le projet de pipeline d’exportation déposée à l’Office national de l’énergie (ONE) ne comprend pas de projet de port.

Il a toutefois admis que l’entreprise discute toujours des moyens à prendre pour expédier un volume quotidien de 270 000 barils de pétrole sur un total de 1,1 million de barils transportés par Énergie Est. Il y a, a-t-il dit, un « désir » de clients pour un port d’exportation à construire sur le Saint-Laurent.

TransCanada indique d’ailleurs, dans des documents publiés sur son site en décembre 2015, que des « évaluations » se poursuivront afin d’étudier « la viabilité d’un projet de terminal maritime au Québec, comme projet subséquent par Énergie Est ». Un tel port, pour expédier des volumes importants de pétrole, devrait être situé en eaux profondes, comme devait l’être celui prévu à Cacouna.

Mais, a répété M. Bergeron jeudi, un tel projet devrait obligatoirement faire l’objet d’une nouvelle demande de TransCanada devant l’ONE. Tout indique qu’une telle demande pourrait très bien survenir une fois que le pipeline Énergie Est sera construit et en exploitation, soit après 2020. À ce moment, le Québec sera déjà devenu un allié dans la stratégie d’exportation de la production pétrolière des sables bitumineux et du pétrole de schiste du Dakota du Nord.

Pipeline d’exportation

S’il est construit, le pipeline Énergie Est devrait en effet servir presque exclusivement à l’exportation directe, selon ce qui se dégage des données présentées dans le cadre des audiences du BAPE.

Les partisans du projet de pipeline font souvent valoir que le projet de l’entreprise albertaine vise surtout à combler les besoins en pétrole brut des raffineries de l’est du Canada, notamment au Québec et au Nouveau-Brunswick. Or, selon ce qui a été présenté dans le cadre des audiences du BAPE, qui se tiennent à Lévis, les raffineries citées par TransCanada n’utiliseront qu’une très faible portion de tout le pétrole.

Des représentants de la raffinerie d’Irving, située au Nouveau-Brunswick, ont ainsi souligné qu’ils s’engageaient à acheter 50 000 barils par jour, et ce, pour une période de 20 ans. Qui plus est, selon ce qu’a indiqué Louis Bergeron, un total de 100 000 à 150 000 barils pourraient trouver preneur auprès de raffineries du Québec. Il s’agit de Suncor, à Montréal, et de Valero, à Lévis.

Cela signifie que, dans le meilleur des scénarios actuellement sur la table, pas moins de 900 000 barils transportés chaque jour par le pipeline seraient directement destinés à l’exportation. D’ailleurs, selon ce qu’a déjà indiqué TransCanada, la multinationale souhaite exporter du brut vers les États-Unis, l’Europe et l’Inde. Pas moins de 281 pétroliers pourraient quitter les infrastructures portuaires de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, pour aller rejoindre les marchés extérieurs au Canada.

Il faut dire que la production des sables bitumineux doit doubler d’ici 2030, pour atteindre 4 millions de barils par jour. Une telle croissance est impossible sans la construction du pipeline Énergie Est. En plus de ce pétrole, le pipeline pourra transporter chaquejour jusqu’à 300 000 barils de pétrole importé du Dakota du Nord, a révélé mardi Le Devoir.

Louis Bergeron a d’ailleurs réitéré la semaine dernière que les pétrolières cherchaient à obtenir un « meilleur prix » pour leur brut. Mais selon lui, les retombées d’Énergie Est serviront aussi à financer « les services aux citoyens » du Québec.

14 commentaires
  • Sylvain Rivest - Abonné 17 mars 2016 15 h 42

    Encore Québec!

    Pourquoi pas des avions citernes?
    On en veut pas de leur cochonerie ici.

    S'ils ne savent pas quoi faire avec ce produit toxique qu'ils cessent d'en extirper du sol. Et qu'ils se mettent à faire de l'agriculture.

    • Gilles Théberge - Abonné 17 mars 2016 23 h 09

      Ils sont persistants!

      Mais on en veut pas de leur saloperie de pétrole ici.

  • André Mutin - Abonné 18 mars 2016 10 h 48

    Il faut faire quelque chose !

    Personne n'en veut mais on l'aura tout de même notre pipeline si l'on ne fait rien !

    Il serait bien qu'existe, visible dans les médias et sur le WEB, une liste de ces personnes qui prêchent pour ce pipe-line de malheur. Cela pourrait les rendre conscients de leur responsabilité dans les inévitables drames futurs.

    Il ne faut pas attendre d'eux qu'ils signent un manifeste genre "Élan global" pour l'édification de leur pipe-line ! Leur honnêteté et leur certitude ne vont pas jusque là !

    Nous abonnés du Devoir ne pourrions-nous pas demander à Brian Myles que le Devoir la produise cette listes de promoteurs ?

    En tête de liste viendraient Trudeau et Couillard les seuls qui peuvent dire non sans consulter personne mais qui ne l'ont pas encore fait.

    • Luc Falardeau - Abonné 18 mars 2016 13 h 55

      Les vrais promoteurs sont ceux qui se cachent derrière TransCanada pour ne pas répondre aux questions posées à la commission du BAPE...

      Les pétrolières intégrées actives dans les sables bitumineux, en particulier Suncor qui produit, exporte et raffine.

  • Daniel Grant - Abonné 18 mars 2016 11 h 18

    Quelles lois nous permettront de dire non à ÉnergieEst

    Pour être capable de dire non à ce risque insensé, il nous faut restaurer les lois de protection de l’environnement.

    Pendant la dernière période de noirceur des conservateurs, Harper par idéologie les a toutes désossées (Loi omnibus C-38&C-45) et il a supprimé plus de 3000 dossiers d’inspections environnementales et muselé les scientifiques pour obscurcir la vérité canadienne. Maintenant ce sont des lois de protection de la navigation qui permettent tout et n’importe quoi.

    J’espère que M.Trudeau ne prendra aucune décision sur ÉnergieEst avant que les lois soient restaurées à leurs textes originaux ou encore mieux que M.Trudeau ait le courage politique de dire non, pour conserver nos taxes et prendre le virage des énergies propres, pour ne pas mettre en péril notre biosphère, qui sont beaucoup plus génératrices d’emplois et de croissance.

    Pour tenter de nous faire croire qu’on utilisera les profits d’EnergieEst pour payer la transition vers l’électrification est aussi ignoble que de dire aux jeunes d’aller faire de la prostitution pour pouvoir payer leurs études.
    En plus il ne faut pas avoir de mémoire.
    Alberta/Pétrole a siphonné presque tout le «Fond Heritage» de leur province alors que la Norvège a fait 50 fois mieux avec leur fond et l’Alberta est maintenant en difficulté et ne peut pas s’occuper de ceux qui ont perdu leur emplois sans demander des millions en aide du fédérale (nos taxes) et maintenant l’Alberta demande une aide de 500 millions (nos taxes) pour nettoyer les 22000 puits de pétroles abandonnés; comment croire que les pétrolières quand ils nous disent qu’ils nettoieront tout après la fermeture des puits?

    • Claude Bariteau - Abonné 18 mars 2016 15 h 02

      Trudeau ne dira jamais NON. Il dira ce qu'il a dit en campagne : oui avec des modifications aux règles pour une simple et bonne raison. Dire NON fera imploser le Canada et c'est d'ailleirs ce qui a fait changer d'idée son ministre Dion qui, en 2014, prônait l'arrêt de cette production polluante.

      N'espérer pas monsieur Grant. Les dés sont pipés et ce qui a cours n'est que du théâtre jusqu'aux élections au Québec en 2018. Si le PLQ l'emporte, le Québec deviendra un territoire de transit pour du pétrole dont il n'a aucun besoin, mais dont il devra assumer des co^ts en cas de déversement. Dans le cas contraire, le peuple québécois pourra penser enfin à des programmes d'énergies renouvelables.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 mars 2016 16 h 00

      Attention! Des lois trop strictes mettant fin à tout transport ou stockage pétrolier au Québec risque de faire fermer toutes les stations-service...

    • Claude Bariteau - Abonné 18 mars 2016 22 h 05

      Monsieur Auclair,

      il y a du transport de pétrole actuellement qui alimentent amplement les stations-services et des règles qui s'appliquent. Ce qui est en jeu ce sont des ajouts par trains, pipelines et bateaux pour des fins d'exportation.

      Qui plus est, il coûte moins cher d'importer ce pétrole sur le marché international et Suncor, qui fait de l'extraction en Alberta, a choisi d'acheter son pétrole et Valero s'est laissé convaincre de faire de même, augmentant leur contrôle sur les prix des stations-services.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 mars 2016 12 h 02

      On ne peut pas faire des lois qui permettraient le transport de pétrole pour nous mais pas pour l'exportation.

    • Claude Bariteau - Abonné 19 mars 2016 15 h 48

      Monsieur Auclair,

      qu'a fait le président Obama, sinon empêcher la construction du pipeline Keystone pour diverses raisons sur le territoire des États-Unis bien que ce pétrole visait à alimenter les États-Unis en pétrole sale de l'Alberta ?

      Dans ce dossier, l'enjeu n'est pas uniquement le transport, mais le contenu qui passera par les pipelines, les wagons et les bateuax, et ce contenu est hautement polluant à la source et hautement dévastateur s'il y a déversement, car il est très différent du pétrole léger.

      Vous devriez vous pencher sur ce point, qui est fondamental, beaucoup plus que les lois.

      Ce n'est pas une question entre « nous » et « l'exportation », mais entre la protection de notre environnement et un « laisser-aller » dont tireront profit des multinationales polluantes et des transporteurs qui cherchent à réaliser des gains en transportant ce pétrole sale.

  • Luc Falardeau - Abonné 18 mars 2016 13 h 37

    Un nouveau port ou un port existant ?

    Selon M Shields : « Un tel port, pour expédier des volumes importants de pétrole, devrait être situé en eaux profondes, comme devait l’être celui prévu à Cacouna. »

    Des volumes importants de pétroles peuvent aussi être exportés avec des pétroliers de moyenne capacité à partir de ports existants en eaux moins profondes…

    C’est le cas du projet d’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan à Vancouver... Il inclue 3 nouveaux postes d'amarrage pour pétroliers Aframax de moyenne capacité tels que ceux qui accostent aux nombreux quais du Port de Montréal.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 mars 2016 23 h 31

    Mais n'est-ce pas le gouvernement de M..Couillard...

    qui récemment parlait d'enveloppe de 300 millions de dollars afin de soutenir le développement de zones industrielles en périphérie de zones portuaires...

    et une autre enveloppe de 200 millions serait également disponible pour soutenir les projets d'infrastructures portuaires consacrés au transport des marchandises . (ce pactole proviendrait des coffres du Ministère des transports du Québec / MTQ ...ministère dont la crédibilité et l'honnêteté furent fortement questionnées lors des audiences de la Commision Charbonneau...)

    Québec prévoit ainsi développer 16 "zones industrialo-portuaires"...maritimes.

    Dans l'article du Devoir venant de "La presse Canadienne" du 4 mars 2016 on parle ainsi de "Stratégie maritime du gouvernement Couillard"...

    Y aurait-il un lien attaché entre cet article du 4 mars 2016 et celui d'aujourd'hui ?

    PS on parle aussi d'aider les transports ferroviaires et routiers...ces dernièrs étant peut-être un leurre??? C'est qu'à la suite de l'abandon de Cacouna, TCEE
    parle d'être toujours à la recherche d'un port maritime (en eau profonde...)Il
    s'agit maintenent de garder l'oeil ouvert...et le bon!