Québec ignore si les scénarios de déversement présentés par TransCanada sont réalistes

Le ministère de l’Environnement du Québec n’a pas été en mesure mercredi de dire si le scénario élaboré par TransCanada pour les coûts d’un déversement majeur de pétrole provoqué par Énergie Est est réaliste. Les audiences du BAPE ont également été l’occasion, pour la pétrolière, de rejeter en bloc les critiques concernant les émissions de gaz à effet de serre liées à son projet de pipeline d’exportation.

En vertu du « pire » scénario modélisé pour la rivière Etchemin, dans la région de Lévis, TransCanada estime que 3,6 millions de litres de brut pourraient se déverser, et ainsi contaminer la rivière, puis le fleuve Saint-Laurent.

L’entreprise évalue que les coûts d’un tel déversement pourraient atteindre 617 millions de dollars. Une facture deux fois moins élevée que celle résultant de la rupture d’un pipeline qui, en 2010 au Michigan, transportait quatre fois moins de pétrole qu’Énergie Est.

Le montant maximal évoqué par TransCanada comprend néanmoins une évaluation à la hausse de 30 % de la facture, pour tenir compte de certains imprévus, comme les conditions météorologiques, la présence de glace ou alors la difficulté d’accéder aux sites contaminés.

La commissaire du BAPE Gisèle Grandbois a toutefois admis mercredi ne pas être convaincue par le surplus estimé par la pétrolière. Est-ce que le ministère de l’Environnement juge que le scénario de coûts élaboré par TransCanada est réaliste ? a-t-elle demandé. « C’est la première fois que le ministère voit cette analyse, donc il n’est pas possible de se prononcer », a simplement répondu sa porte-parole. Même son de cloche du côté de la Sécurité publique.

Responsabilité financière

TransCanada juge cependant que son estimation est « réaliste ». Selon ses représentants présents au BAPE, l’essentiel d’une opération de nettoyage d’un déversement se concentrerait sur la décontamination des rives. Mais le montant évalué pour son « pire » scénario ne tient pas compte des coûts pour les municipalités et le gouvernement.

Dans son scénario, TransCanada juge que la récupération du pétrole sur la rivière Etchemin prendrait 15 jours. Quant au fleuve Saint-Laurent, on évalue que la récupération nécessiterait 10 jours de travaux. À cela, on ajoute 30 jours pour le pétrole qui aurait coulé, ce qui peut survenir rapidement dans le cas du pétrole extrait des sables bitumineux.

Même si le coût s’avérait plus important que celui présenté au BAPE, TransCanada a une « responsabilité absolue » qui se chiffre à un milliard de dollars, selon la réglementation fédérale. Si des frais « raisonnables » vont au-delà d’un milliard de dollars, l’Office national de l’énergie « pourrait exiger » un remboursement, a dit un représentant de l’organisme.

Changements climatiques

Questionné à plusieurs reprises en soirée sur les émissions de gaz à effet de serre liées au projet Énergie Est, le vice-président d’Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron, a répété à quelques reprises que l’entreprise « ne produit pas de pétrole ». Elle se contente de le transporter selon la demande des « clients ».

Le résumé du projet déposé par la pétrolière en prévision du BAPE stipule que « dans un contexte mondial », le pipeline « ne contribuerait pas de façon mesurable à un changement climatique ».

Selon M. Bergeron, Énergie Est constitue surtout une solution aux importations de pétrole, mais aussi un moyen de répondre aux besoins des raffineries de l’est du Canada. Selon les scénarios actuels, environ 80 % du pétrole qui circulera dans le pipeline seront destinés à l’exportation. Et jusqu’au tiers de ce pétrole pourrait être du pétrole de schiste américain importé du Dakota du Nord, comme le révélait Le Devoir mardi.

5 commentaires
  • Robert Godin - Abonné 17 mars 2016 07 h 40

    La biosphère aussi mérite notre respect

    À tout monnayer, un milliard par-ci, un milliard pas-là, on semble oublier les conséquences écologiques absolument néfastes d'un déversement comme celui qui est évoqué. La nature aussi a des droits qui ne se traduisent pas simplement en valeur monétaire. De quel droit l'humanité peut impunément détruire ces systèmes d'une grande complexité et d'une grande valeur objective? L'argent n'est pas la seule valeur. Le respect de la vie doit aussi faire partie de nos préoccupations. On ne doit pas simplement remplacer la vitalité et le respect de la biosphère par de l'agent ou alors nous serons riches et moribonds.

  • Pierre Valois - Abonné 17 mars 2016 08 h 02

    Nous ne paierons pas un sou pour eux, est-ce clair?

    La solution, dans cette affaire, passe peut-être par l'obligation à imposer à Trans-Canada de détenir une couverture d'assurances responsabilités couvrant la totalité des frais reliés à un déversement.

    Nous verrons bien si les compagnies d'assurance se feront aussi rassurantes sur le seuil maximal des torts qui pourraient être causés à l'environnement que ne l'est cette compagnie.

    Qu'on se le tienne pour dit: les citoyens du Québec ne sont et de seront jamais les assureurs de Trans-Canada, en matière de déversements. Et si la prime est trop cher, que Trans-Canada asbandonne tout simplement son projet.

  • Réal Bergeron - Abonné 17 mars 2016 10 h 52

    Pollueur-payeur

    Et que fait-on de ce principe universellement reconnu, celui du pollueur-payeur? Est-ce que nos dirigeants vont une fois de plus déroger à leurs lois et règlements?

  • Hélène Boily - Abonnée 17 mars 2016 10 h 53

    Bape 6.3: spectacle affligeant

    Premièrement, je ne comprends pas qu'en une situation environnementale aussi précaire et dans un contexte d'engagement à réduire drastiquement nos émissions de GES, des gens comme ceux de TC aient droit de cité. Leurs activités et celles de leurs promoteurs (l'extraction) devraient être tout bonnement interdites à brève échéance.
    Pendant ce temps, on leur pose des questions, sachant qu'ils ne savent que débiter des menteries. À peine a-t-on entendu un murmure dans la salle lorsqu'une étudiante s'est interrogée sur la confiance qu'on peut avoir envers TC. Quelque part, c'est comme si on ne demandait qu'à les croire. À moins qu'on ne soit en train de tester leur haut niveau d'hypocrisie.
    TC, par la voix de Louis Bergeron, a réponse à tout. On leur demande en quoi ils contribuent à la transition énergétique, ils affirment qu'ils ont l'environnement à coeur et qu'ils y "travaillent" fort, que le pipeline est un outil de transition, qu'ils "travaillent" pour les Québécois à qui ils fournissent 200 emplois et qu'ils se sont engagés envers eux. Un peu plus, ils se peinturent comme des missionnaires.
    Et on continue de les écouter sans broncher sur nos chaises.
    Une mascarade scandaleuse! Est-ce cela la démocratie?

  • Daniel Grant - Abonné 17 mars 2016 22 h 42

    Mondialisation: seulement pour les privilèges, pas de responsabilité

    ÉnergieEst est un projet pour les frères Koch à l'ouest et Irving à l'est et leurs semblables.
    Les pétrolières veulent seulement être impliqués dans les revenus. Les pertes et désastres c'est pour nous les payeurs de taxes.

    OMS vient de sortir un rapport qui indique que la mort d'une personne sur quatre dans le monde est due à un environnement nocif.
    http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2016/

    La pollution de l'air tue davantage que les infections.

    Un environnement dégradé est: l'air pollué, l'eau souillée, sol dégradé, substances chimiques, UV.
    Les 4 premiers éléments nocifs sont directement reliés aux pétrole/gaz/charbon donc les pétrolières contribuent à faire mourir 1 personne sur quatre dans le monde, mais ils ne veulent pas être tenus responsables pcq ça se passe surtout à l'extérieur du Canada et ils ont une armée d'avocats pour le prouver.
    On oublie les premières nations du Canada qui perdent leurs territoires de chasse et pêche intoxiqués par le pétrole - voir Fort Chipewyan.
    (http://business.financialpost.com/news/oil-sands-p
    Est-ce que le Canada peut vraiment donner des leçons de droits humains aux autres pays?

    La conclusion de l'OMF est clair ; en brûlant moins de combustible fossile on sauverait des millions de vie humaines.