Énergie Est traversera des zones naturelles protégées et fragiles

En plus des terres agricoles, le pipeline Énergie Est de TransCanada doit traverser des zones humides, des territoires boisés et des aires naturelles protégées par la législation québécoise, selon ce qui se dégage du portrait dressé par la pétrolière dans son « résumé » du projet déposé au BAPE.

La zone d’implantation du pipeline d’exportation « traverse certaines zones importantes pour les habitats fauniques » dans la vallée du Saint-Laurent, souligne ainsi le document préparé par la pétrolière et dont certains éléments ont été abordés mardi dans le cadre des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

C’est le cas de la réserve naturelle des Battures-de-Saint-Augustin-de-Desmaures, une communauté écologique « d’intérêt pour la conservation » où le pipeline de TransCanada doit traverser le fleuve. Même chose pour deux « aires de concentration d’oiseaux aquatiques » (îlets Dombourg et Anse du Vieux Moulin) situées dans la même région, mais aussi pour un habitat floristique fragile situé dans la rivière des Mille-Îles.

Ces milieux sont reconnus par le gouvernement du Québec pour leur importance en matière de biodiversité, puisqu’ils sont protégés en vertu de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel ou celle de la mise en valeur de la faune. Mais selon le document préparé par TransCanada, le fait de traverser ces zones protégées ne poserait pas de risques pour leur intégrité, puisque la méthode choisie pour le passage du pipeline n’aurait « aucun effet » sur les milieux.

Par ailleurs, TransCanada a observé 48 espèces fauniques « d’intérêt pour la conservation » à l’intérieur de sa zone d’étude, dont une vingtaine directement dans la zone de construction du pipeline. Certaines sont en théorie protégées en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Études de TransCanada

Fait à noter, c’est la pétrolière elle-même qui a mené ses études fauniques, et en dehors du cadre d’une étude d’impact qui aurait été menée en respectant les directives du ministère de l’Environnement du Québec. TransCanada ne reconnaît pas la réglementation québécoise.

Les « inventaires » de l’entreprise ont en outre permis de « confirmer » que le pipeline doit traverser des milieux humides sur une distance de 91 kilomètres. « Les marécages sont les milieux humides observés le plus fréquemment sur le terrain, suivis des tourbières », selon TransCanada.

L’emprise permanente du pipeline — soit une zone d’une largeur de 25 mètres qui devra demeurer totalement dégagée pendant toute la période d’exploitation — traversera par ailleurs 317 kilomètres de milieux boisés. « Sur la base des données existantes, les forêts anciennes occupent environ 165 hectares » de ces zones boisées.

Encore une fois, TransCanada s’est voulue rassurante mardi en soulignant à maintes reprises que des plans d’urgence seront élaborés pour faire face aux déversements de pétrole qui pourraient être provoqués par son pipeline. Qu’adviendra-t-il en cas d’incident dans un milieu naturel ? « L’objectif est de ramener le milieu le plus près possible de l’état initial », a dit le vice-président d’Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron.

9 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 16 mars 2016 07 h 42

    Je me sens rapetisser de jour en jour


    Plus je lis vos articles, plus je me rends compte que le transport du pétrole en terres québécoise par pipeline, bateaux et wagons est un dossier rapetissant.

    Il l’est parce que le Québec est une province ayant peu de pouvoirs sur les types d’entreprises de transport de telle sorte qu’il est informé selon ce que lui transmettent des entreprises en cause. Et pas toutes.

    Que savons-nous du parcours de wagons pour alimenter Belledune, des bateaux qui circuleront entre Montréal et Lévis, du pétrole du Dakota, chimiquement contaminé, dans le pipeline Énergie-Est en plus de celui, sale, de l'Alberta ?

    Québec pays, ces entreprises de transport devraient respecter ses lois et ses règlements de transport (pipelines, maritimes, ferroviaires et routières) et présenter des devis complets grâce auxquels le Québec pourrait faire des évaluations serrées. Puis, elles devraient négocier une entente pour utiliser son territoire.

    Ce n’est pas ce qui se passe. Ces entreprises procèdent comme elles l’entendent et le Québec fournit des permis, tolère des situations intolérables dans le transport ferroviaire, émet une injonction et s’en défend, accepte de tenir des audiences pour mieux être informé, qui est le comble de l'absurde, ne fait aucune étude d’ensemble et n’envisage même pas faire payer des coûts de crainte d’être décrié mauvais partenaire.

    Pays, tout change. Le Québec peut dire non. Province, il n’ose pas. Pays, il peut exiger des conditions : assurance, coût assumé par les entreprises en cas de déversement, dépôt en garantie, démantèlement des pipelines après usage sur vingt ans ou moins, prime annuelle pour l’usage du territoire terrestre et marin, garanties fournies aux municipalités et propriétaires des lieux, et cetera.

    Province, il n’ose pas parce que la constitution, qu’il n’a pas signée, octroie ces pouvoirs au Canada.

    Vraiment, je me sens petit. Tout petit. Et piégé.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 16 mars 2016 09 h 48

      Ceux qui se rapetissent,monsieur bariteau, ce sont ces députés et ministres qui "gouvernent", présentement, un Québec à bout de souffle et à bout de ...patience. Bientôt, ils seront des non moins que...

      Un jour, pas si lointain, NOUS aurons ce pays tant espéré. Et ceux qui
      nous aurons abaissés pendant des lustres et des lustres, se retrouveront "gros-jean comme devant"...

      Ce qu'on appelle , le retour du pendule.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 16 mars 2016 09 h 58

      Il n'ose pas parce que l'état québécois, et une bonne partie de la population aussi, voit encore le gouvernement comme étant essentiellement facilitateur d'affaires individuelles. Il leur suffit que la construction de l'oléoduc amène temporairement 'du gagne' et que TransCanada paie ensuite ses taxes municipales. De toute façon, se disent-ils, il n'arrivera rien qui ne soit réparable et indemnisable. Lac-Mégantic, à oublier collectivement.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 mars 2016 09 h 16

    40

    Et cette pétrolière nous promet qu'il n'y aura pas plus qu'environ 40 déversements par année, la moyenne. De quoi nous rassurer, n'est-ce pas !

    PL

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 16 mars 2016 09 h 42

    Des sanctions internationales à venir pour le Québec

    Dans cet article, on évoque la Loi sur la conservation du patrimoine naturel et celle de la mise en valeur de la faune. Est-il possible de savoir en quoi consiste cette protection? Quoi qu'elle soit actuellement, le fait qu'on y fera circuler un oléoduc pourrait empêcher l'Assemblée nationale d'augmenter la protection accordée à ces zones tout simplement parce qu'il lui sera quasiment impossible de les remettre en état après une fuite pétrolière. Selon moi, nous n'insisterons jamais assez sur le fait que la présence d'un oléoduc gèle non seulement l'augmentation de la protection accordée ou susceptible d'être un jour accordée aux endroits où il passera, mais compromet la validité de nos engagements internationaux actuels et futurs de promotion de la biodiversité. Logiquement, le gouvernement Harper ne pouvait à la fois souscrire à la multiplication de l'effort bitumineux de l'ouest canadien et favoriser l'émergence d'accords internationaux de réduction des gaz à effet de serre: il devait les freiner et accepter que le Canada perde son influence en beaucoup d'autres domaines, personne n'aimant siéger avec un 'état passéiste et même parfois voyou'. En terme de respect de la biodiversité et de diminution des gaz à effet de serre, l'oléoduc amènera le gouvernement du Québec à agir pareillement et à encourir les mêmes sanctions. Au même moment, on louera la Colombie Britannique....

  • François Dugal - Inscrit 16 mars 2016 11 h 51

    Tassez-vous

    Énergie Est, c'est bon pour l'unité canadienne : tassez-vous !

  • Dominique Roy - Abonnée 16 mars 2016 12 h 26

    Une prospérité propre

    La tristesse de la situation doit plutôt nous braquer plutôt que de nous effondrer. Il faut alerter tous ceux qui croisent notre route. C'est une lutte qui doit unir les gens de tous origines. Il faut gueuler dans toutes les langues dont dispose le Québec qu'on veut rien savoir de devenir un pipeline. La propreté a plus d'avenir que ce qu'Énergie Est propose. Lobo