Énergie Est: une fois construit, l'oléoduc pourrait ne jamais être démoli

Une fois construit, le pipeline Énergie Est pourrait bien rester enfoui dans le sol au Québec, et notamment sous les cours d’eau, des années après qu'il aura cessé d'être utilisé, selon ce qui ressort des audiences du BAPE portant sur le projet d’exportation de pétrole de TransCanada.

Qu’adviendra-t-il des 648 kilomètres de pipeline qui seront construits au Québec dans le cadre du projet Énergie Est, une fois que le tuyau ne sera plus utilisé ? La question a été posée par plusieurs citoyens depuis le début de l’évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), mais elle demeure pour le moment sans réponse.

« Une évaluation doit être faite » concernant la possibilité de démanteler le pipeline, a répété TransCanada lorsqu’interpellé au début de la deuxième semaine d’audiences du BAPE. Une telle évaluation doit ensuite être soumise à l’Office national de l’énergie, a précisé la pétrolière.

Un expert de l’entreprise albertaine a souligné que des portions du pipeline pourraient aussi être remplies de béton à la fin de son utilisation. Et dans le cas des terres agricoles, la situation devra être évaluée selon les particularités du terrain.

Si le pipeline est laissé en place dans le sol, est-ce que le propriétaire du terrain pour obtenir un « loyer » annuel, en guise de compensation ? « Ça peut être possible », a simplement indiqué la pétrolière. Mais pour le moment, cette idée de « loyer » versé aux propriétaires n’est pas encore confirmée pour la période d’exploitation du pipeline, prévue sur une période d’au moins 40 ans.

Selon ce qu’a également indiqué TransCanada, le démantèlement du pipeline Énergie Est pourrait être difficile dans le cas des traversées de cours d’eau. Quelque 860 cours d’eau du Québec doivent être traversés par le tuyau d’environ un mètre de diamètre, dont 117 rivières de plus de cinq mètres de largeur. Plusieurs rivières à franchir servent de source d’eau potable pour des municipalités.

Chose certaine, retirer le pipeline sous le fleuve Saint-Laurent, dans le secteur de Saint-Augustin-de-Desmaures, pourrait bien s’avérer impossible. Selon ce qu’a fait valoir la semaine dernière TransCanada, une fois installée dans un tunnel qui traversera le fleuve sur une distance de 3,5 kilomètres, la conduite sera fixée dans du béton qui sera injecté dans le sol.

Milieux naturels touchés

Par ailleurs, l’entreprise a reconnu lundi soir que son projet pourrait avoir un impact sur l’intégrité des milieux naturels au Québec. « Il va y avoir du fractionnement [avec Énergie Est]. On essaie de le limiter », dit Claude Veilleux, du Groupe Conseil UDA, collaborateur de TransCanada et lobbyiste pour l’entreprise.

Même si TransCanada a refusé de se conformer à la procédure normale d’évaluation environnementale pour son projet de pipeline Énergie Est, Québec lui a accordé en 2013 et en 2015 des permis pour mener elle-même des études fauniques en vue d’obtenir le feu vert pour la réalisation de travaux préliminaires. Des levés sismiques, dont certains effectués à l’aide d’explosifs, ont par la suite été autorisés.

Une prolongation de ces autorisations pour le fleuve Saint-Laurent a même été accordée récemment par le ministre David Heurtel, la veille du dépôt d’une demande d’injonction pour forcer TransCanada à respecter les dispositions de la Loi sur la qualité de l’environnement.

6 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 15 mars 2016 16 h 58

    De la nécessité de remettre en état un site

    Un vieux tuyau rouillant et pourrissant dans le sol, aux abords et en dessous des rivières, voilà ce que TransCanada léguera probablement aux générations futures à moins qu'on la force (elle ou la compagnie à numéro héritant de ses actifs dans 50 ans) à remettre en état les lieux. Sera-t-il toujours propre? En quoi ce désagrègera-t-il? Que retrouvera-t-on en aval? Que fera-t-on des stations de pompage? Qui voudra payer pour enlever tout enlever et remettre les lieux dans leur état initial? En soi, n'est-ce pas un peu une catastrophe annoncée?

  • Denis Desmeules - Abonné 15 mars 2016 18 h 40

    Autre version

    Au jour 1 de l'audience, les émissaires de TransCanada avaient pourtant confirmé avec l'ONE à l'appui que des sommes doivent être mises de côté par les pétrolières et/ou TransCanada en vue du retrait dès pipeline à la fin de leur utilisation. Les représentants de l'ONE ont eu l'air de vrai débutants lors de cet audience.

  • Martina Simcikova - Abonnée 15 mars 2016 19 h 01

    Pourquoi Trans-Canada ne devrait pas comme les minières s'engager à restaurer leurs sites à la fin de la vie utile du projet et de verser dès le début une garantie financière significative. Pourquoi ce serait les générations futures qui devraient restaurer le site. Les pipelines récents fuient imaginons dans 40 ans dans quel état sera le tuyau et nos nappes phréatiques. De plus, à qui appartiendra Trans-Canada dans 10, 15 ou 20 ans, à des intérêts étrangers, comme une très grande partie des exploitations de sable bitumineux actuelles dans l'Ouest canadien. Qui nous dit qu'une firme étrangère va respecter notre environnement alors que de nombreux pays ne le respecte chez eux. Espérons que pour une fois nos politiciens verront plus loin que 4 ans et qu'ils ne refilerons pas une dette "environnementale" aux futures générations

  • Claude Bariteau - Abonné 15 mars 2016 19 h 29

    Dossier rapetissant

    Débat rapetissant

    Plus je lis vos articles, plus je me rends compte que le transport du pétrole en terres québécoise par pipeline, bateaux et wagons est un dossier rapetissant.

    Il l’est parce que le Québec est une province ayant peu de pouvoirs sur les types d’entreprises de transport de telle sorte qu’il est informé selon ce que lui transmettent les entreprises en cause.

    À preuve, il a appris 1) que le transport par wagons s’accentuera pour alimenter Belledune, 2) que des bateaux circuleront dans les deux sens entre Montréal et Lévis pour acheminer du brut sale et du pétrole raffiné à Lévis et 3) que du pétrole du Dakota, chimiquement contaminé, passerait par le pipeline Énergie-Est.

    Québec pays, ces entreprises de transport devraient respecter les lois de transport (pipelines, maritimes, ferroviaires et routières) et présenter des devis complets grâce auxquels le Québec pourrait faire des évaluations serrées. Enfin, elles devraient négocier une entente pour utiliser son territoire.

    Ce n’est pas ce qui se passe. Ces entreprises procéder comme elles l’entendent et le Québec fournit des permis, tolère des situations intolérables dans le transport ferroviaire, émet une injonction et s’en défend, accepte de tenir des audiences pour mieux être informé ( ?), ne fait aucune étude d’ensemble et n’envisage même pas faire payer des coûts de crainte d’être décrié mauvais partenaire.

    Pays, tout change. Le Québec peut dire non. Province, il n’ose pas. Pays, il peut exiger des conditions : assurance, coût assumé par les entreprises en cas de déversement, dépôt en garantie, démantèlement des pipelines après usage sur vingt ans, prime annuelle pour l’usage du territoire terrestre et marin, garanties fournies aux municipalités et propriétaires des lieux, et cetera. Province, il n’ose pas parce que la constitution, qu’il n’a pas signée, octroie ces pouvoirs au Canada.

    Vraiment rapetissant.

  • Marcel Lemieux - Inscrit 15 mars 2016 20 h 32

    Une catastrophe.

    Je participe activement à ce P.A.P.E. depuis ses débuts,les quelques informations
    arrachées de force aux promoteurs d'Energie Est sont un scandale à notre souveraineté environnementale. Il faut envisager d'utiliser tous les recours possibles que contrer ce projet. Solidarité citoyens.