Forêt: les Québécois ont été trop consultés, selon Guy Coulombe

Québec - La Commission d'étude sur la forêt québécoise dispose d'un budget de quatre millions pour réaliser des études et procéder à des consultations publiques même si son président, Guy Coulombe, constate que, dans le domaine de la forêt, les milieux intéressés ont été soumis depuis cinq ans à «une surabondance de consultations».

Le ministère a même tenu une consultation sur la consultation, a rappelé Guy Coulombe au cours d'une conférence de presse convoquée par le ministre délégué à la Forêt, à la Faune et aux Parcs, Pierre Corbeil. Des milliers de mémoires furent produits. «Ce n'est pas la matière qui va manquer, c'est la capacité de synthèse, la capacité de faire exprimer par ces groupes l'essentiel de leurs positions. C'est probablement le plus grand défi de la commission», a dit Guy Coulombe.

Le ministre a tenu à présider cette conférence de presse qui donnait le coup d'envoi officiel aux travaux de la commission, qui se veut pourtant indépendante du gouvernement. «C'est le gouvernement qui nomme les commissaires», a expliqué son attaché de presse, Mathieu St-Amant. M. Corbeil tenait à présenter les commissaires et il n'interviendra plus d'ici la remise du rapport de la commission au début de décembre, a-t-il ajouté.

Les membres de la commission

La composition de la commission avait déjà fait l'objet d'une annonce de la part du ministre le 18 décembre dernier. La commission, qui est chargée d'un mandat d'«étude scientifique, technique, publique et indépendante», est formée principalement d'universitaires reconnus dans le domaine forestier ou en biologie, comme Éric Bauce, André Bouchard et Jean Huot. On y retrouve aussi l'ex-directrice de la Forêt modèle du Bas-Saint-Laurent Marie Anick Liboiron, l'économiste Jean-Thomas Bernard et le recteur de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Jules Arsenault. La commission a amorcé ses travaux il y a un mois par des rencontres privées à des fins exploratoires. Elle doit dresser un portrait clair et objectif de l'état et de la gestion de la forêt publique québécoise et émettre des recommandations.

La commission ne comprend dans ses rangs aucun expert des calculs de la possibilité forestière, un exercice crucial, fait par le ministère, dont la justesse a été maintes fois mise en doute. M. Coulombe a indiqué que la commission entend étudier cette question à fond et demandera à un expert de lui fournir une étude à ce sujet.

Dans la pléthore de mémoires déposés lors des multiples consultations précédentes, M. Coulombe croit déceler «une convergence de points de vue» vers un usage de la forêt «par une multitude d'utilisateurs» et non pas simplement pour l'extraction de la matière ligneuse. M. Coulombe a insisté sur l'«exploitation polyvalente» de la forêt publique — foresterie, industrie récréotouristique, etc. —, passant sous silence les enjeux de la préservation des milieux naturels et de la conservation de la faune. Ces considérations font partie des multiples usages de la forêt, a indiqué M. Coulombe quand on lui a fait remarquer cette omission.

Même si le mandat de la commission ne porte que sur la forêt publique, soit 89 % de l'ensemble des forêts au Québec, M. Coulombe a signalé qu'elle se penchera également sur le sort de la forêt privée, de manière incidente toutefois. Enfin, la privatisation de la forêt publique ne fait pas partie des hypothèses étudiées par la commission. «Honnêtement, ce n'est pas un sujet qui est sur la table», a dit Guy Coulombe.