Un pipeline voué à l’exportation de pétrole de l’Ouest

À la suite des protestations qui ont marqué la première soirée des audiences du BAPE sur Énergie Est lundi soir, à Lévis, le premier ministre Philippe Couillard a plaidé mardi en faveur d’un débat « rationnel et raisonné ».
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À la suite des protestations qui ont marqué la première soirée des audiences du BAPE sur Énergie Est lundi soir, à Lévis, le premier ministre Philippe Couillard a plaidé mardi en faveur d’un débat « rationnel et raisonné ».

S’il est construit, le pipeline Énergie Est devrait servir presque exclusivement à l’exportation directe du pétrole des sables bitumineux, selon ce qui se dégage des données présentées dans le cadre des audiences du BAPE mardi.

Les partisans du projet de pipeline font souvent valoir que le projet de l’entreprise albertaine vise surtout à combler les besoins en pétrole brut des raffineries de l’est du Canada, notamment au Québec et au Nouveau-Brunswick. Or, selon ce qui a été présenté dans le cadre des audiences du BAPE, qui se tiennent à Lévis, les raffineries citées par TransCanada n’utiliseront qu’une très faible portion de tout le pétrole.

Des représentants de la raffinerie d’Irving, située au Nouveau-Brunswick, ont ainsi souligné qu’ils s’engageaient à acheter 50 000 barils par jour, et ce, pour une période de 20 ans. Qui plus est, selon ce que disait lundi le vice-président d'Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron, un total de 100 000 à 150 000 barils pourrait trouver preneur auprès de raffineries du Québec. Il s’agit de celle de Suncor, à Montréal, et celle de Valero, à Lévis.

Cela signifie que, dans le meilleur des scénarios actuellement sur la table, pas moins de 900 000 barils transportés chaque jour par le pipeline seraient directement destinés à l’exportation. D’ailleurs, selon ce qu’a déjà indiqué TransCanada, la multinationale souhaite exporter du brut vers les États-Unis, l’Europe et l’Inde. Pas moins de 281 pétroliers pourraient quitter les infrastructures portuaires de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, pour aller rejoindre les marchés extérieurs au Canada.

Interpellé sur cet aspect du projet, le professeur au Département d’économie de l’Université Laval Patrick Gonzalez a d’ailleurs reconnu qu’il existe bel et bien, pour les pétrolières de l’Ouest, « une logique économique » liée à l’idée d’exporter leur production.

Il faut dire que la production des sables bitumineux doit doubler d’ici 2030, pour atteindre quatre millions de barils par jour. Une telle croissance est impossible sans la construction du pipeline Énergie Est. Louis Bergeron a d’ailleurs réitéré mardi soir que les pétrolières cherchaient à obtenir un « meilleur prix » pour leur brut. Mais selon lui, les retombées d’Énergie Est serviront aussi à financer « les services aux citoyens » du Québec.

Plus tôt en journée, les audiences du BAPE ont par ailleurs permis de constater que le pipeline de TransCanada ne constitue pas une solution de rechange au transport de pétrole par train. En fait, a souligné Louis Bergeron, les capacités de transbordement de pétrole à partir de wagons-citernes disponibles dans l’est du pays se chiffrent, en incluant les projets à venir, à 400 000 barils par jour.

Qui plus est, cette capacité de transbordement « ne tient pas compte de la capacité de faire circuler les wagons », a indiqué le vice-président québécois d’Énergie Est. En fait, le pipeline de TransCanada équivaut à 1570 wagons de brut chaque jour. Or, il serait techniquement impossible de faire circuler autant de convois ferroviaires quotidiennement à travers le Québec.


Coexistence

« Les deux [modes de transport] vont continuer d’exister », a également convenu le président de la commission du BAPE, Joseph Zayed. Avec le projet Chaleur Terminals, pas moins de 220 wagons chargés de pétrole de l’Ouest devraient traverser le Québec dès 2017, à destination du futur port de Belledune, au Nouveau-Brunswick.

Au-delà de la capacité de raffinage et des modes de transport, un citoyen intervenant au BAPE a insisté sur la nécessité de « réduire la consommation et la production de pétrole » afin de respecter les engagements du Canada, mais aussi du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques. Selon la cible fixée par le gouvernement libéral, le Québec doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80 % à 95 % d’ici 2050.

En répondant, un représentant de Suncor, une entreprise particulièrement présente dans le secteur des sables bitumineux, a toutefois affirmé qu’à l’échelle mondiale, l’industrie pétrolière canadienne émettait peu de gaz à effet de serre. Il a aussi insisté sur les efforts mis en avant pour « amoindrir » les émissions de la production, tout en admettant que la production en pleine croissance va nécessairement de pair avec une hausse nette des émissions de gaz à effet de serre.

Enfin, TransCanada a souligné mardi que, dans le pire des cas, 22 800 barils de brut pourraient fuir de son pipeline en cas de déversement majeur. Cela équivaut à 3,6 millions de litres de pétrole, soit 36 fois la quantité de pétrole qui a fui et contaminé la rivière Chaudière à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic, en 2013.



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