Les audiences du BAPE sur le projet Énergie Est débutent dans la tension

Les audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement sur l’oléoduc Énergie Est, qui s’ouvraient lundi soir à Lévis, ont été interrompues durant une quinzaine de minutes par des manifestants venus signifier leur opposition au projet.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement sur l’oléoduc Énergie Est, qui s’ouvraient lundi soir à Lévis, ont été interrompues durant une quinzaine de minutes par des manifestants venus signifier leur opposition au projet.

Les audiences du BAPE sur le pipeline de TransCanada ont débuté lundi soir dans une certaine tension, alors que des opposants ont interrompu pendant quelques minutes la présentation du projet livrée par des représentants de la pétrolière. Plusieurs citoyens ont d’ailleurs critiqué vivement le processus d’évaluation du projet, qui ne respecterait pas les dispositions de la Loi sur la qualité de l’environnement.

Des citoyens opposés au projet de pipeline ont ainsi scandé « TransCanada ne passera pas », tout en dénonçant le transport de pétrole des sables bitumineux sur le territoire québécois. Deux personnes ont déroulé une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Même si le gouvernement donne les permis, ce sont les communautés qui donnent la permission. »

La séance du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a d’ailleurs été interrompue pendant une vingtaine de minutes, interruption au cours de laquelle des opposants et des partisans du projet ont échangé quelques propos parfois acerbes.

Le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, ne s’étonne pas d’une telle situation. Il souligne ainsi qu’il existe « des frustrations bien réelles » par rapport au processus d’évaluation québécois du pipeline Énergie Est. « Il ne faut pas oublier que le processus est contesté en Cour supérieure, justement parce qu’il ne respecte pas la Loi sur la qualité de l’environnement », a-t-il souligné.

« On comprend mal comment le BAPE a pu accepter un mandat tronqué », a ajouté M. Simard. En vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement, tout projet de pipeline de plus de deux kilomètres construit au Québec doit passer par un processus d’étude qui impose au promoteur de déposer un avis de projet, mais aussi une étude d’impact avant le début du BAPE.

Le vice-président d’Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron, a toutefois profité de sa présentation lundi pour répéter que le pipeline serait soumis uniquement à la réglementation fédérale. Une affirmation d’ailleurs inscrite dans la présentation du projet qui sert de base aux audiences du BAPE.

M. Bergeron a par ailleurs réitéré que le projet de pipeline constitue une « opportunité » de remplacer les importations de pétrole dans l’est du Canada. Quel pourcentage du pétrole, parmi les 1,1 million de barils par jour, pourrait être raffiné au Québec, a demandé Christian Simard ? « Il existe un déficit de 100 000 à 150 000 barils par jour au Québec », a simplement indiqué M. Bergeron. Le reste serait et transporté et raffiné à l’extérieur de la province. Selon TransCanada, le pétrole des sables bitumineux pourrait être exporté vers les États-Unis, l’Europe et l’Inde.

Le vice-président d’Énergie Est a également affirmé que le projet émettrait peu de gaz à effet de serre, contrairement au transport par train. Une affirmation réfutée par Jacques Tétreault, qui a profité de la période de questions pour affirmer que le pipeline Énergie Est « favorisera une augmentation des gaz à effet de serre ». Selon une étude de l’Institut Pembina, la production de pétrole qui coulera dans le tuyau devrait générer 32 millions de tonnes de gaz à effet de serre par année. Le BAPE doit d’ailleurs consacrer deux séances à la question des gaz à effet de serre.

M. Bergeron a en outre essuyé plusieurs critiques de la part d’intervenants qui ont dénoncé la teneur de ses réponses, les qualifiant parfois de « demi-vérités ». « TransCanada s’est gardée de mentionner que le projet permettra une expansion massive de la production de pétrole dans l’Ouest et que 80 à 90 % du pétrole transporté sera exporté sur les marchés internationaux. La présentation de TransCanada relevait plus d’un exercice de relations publiques que d’une volonté d’informer la population », a déploré le porte-parole de la campagne climat de Greenpeace, Patrick Bonin.

M. Bonin a également qualifié d’« indécente » l’idée de présenter un « choix » dans les modes de transport, soit entre les trains et les pipelines. « Le véritable choix n’est pas entre les pipelines et les trains, mais bien entre être complices de l’expansion du pétrole le plus sale au monde ou devenir un leader des alternatives vertes qui nous permettraient de nous libérer du pétrole d’ici 35 ans comme la science climatique l’exige. »

Les audiences du BAPE sur le projet de pipeline se poursuivent ce mardi.

5 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 8 mars 2016 07 h 08

    Le coût de notre appartenance au Canada

    Quand j'entends ,encore une fois, du vice-président d'Energie-Est pour le Québec, sorte de roi-nègre des "boss" de cette compagnie, dire que le pipeline sera soumis uniquement à la règlementation fédérale, je ressens au très profond de moi "s'installer la colère" comme disait le grand Félix. Quel mépris pour le Québec!

  • Denis Desmeules - Abonné 8 mars 2016 09 h 48

    TransCanada un simple transporteur

    J'étais aussi présent à cette première rencontre. Une partie importante du problème c'est que TransCanada n'est qu'un transporteur. Bien évidemment, le transporteur défend comme il peut son mode de transport. On a eu au moins la confirmation que ce que nous a dit le maire de Québec à l'effet que le pipeline remplacerait le train, bien, c'est faux. Le train va bel et bien demeuré un moyen de transporter le bitume mais pas par TransCanada. Autre démonstration de démagogie de notre maire. Ensuite on eu une ONE qui a eu l'air de jouer dans les ligues mineures devant les questions des citoyens. Mal préparé et mal informé les représentants ont été mis en boîte à plusieurs reprises. Le transporteur défend sa technologie et il n'a pas réussi à nous rassurer. De toute façon la vrai question n'est pas nécessairement dans les modes de transport. Il est démontré que les risques existent réellement quelque soit le mode de transport. La vrai question est que l'expansion de l'exploitation des sables bitumineux est comme un crime contre l'humanité.... Les exploitants des sables bitumineux, nos gouvernements, et tout leurs complices nous enfoncent délibérément et en toute connaissance de cause vers une planète invivable pour nos enfants et petits enfants. Et en plus ils n'en seront jamais imputables. Il n'y aura pas de tribunal de Nuremberg pour les juger. Ils auront les moyens de se réfugier dans leur paradis artificiel. Quelle lâcheté !

  • Alain Castonguay - Abonné 8 mars 2016 09 h 55

    Pendant ce temps, à Kalamazoo...

    Suffit de faire une recherche pour trouver des textes portant sur le déversement du pipeline d'Enbridge à Kalamazoo, au Michigan fin juillet 2010. Cinq ans plus tard, les médias locaux rapportaient que la rivière n'avait toujours pas été correctement nettoyée. Le risque est infime, disent les experts des chambres de commerce. Je pense que les Québécois ont le droit de savoir quels sont les moyens qui seront pris pour nettoyer lorsqu'il y aura un déversement, et non pas s'il y en aura un.

  • Réal Bergeron - Abonné 8 mars 2016 11 h 37

    Du pétrole sous les ponts

    Que TransCanada nous abreuve de «demi-vérités», pas de quoi s'émouvoir; manipuler à leur profit l'opinion publique, c'est l'ADN des grandes entreprises capitalistes. Faudrait plutôt s'inquiéter de la démission de nos institutions publiques et de nos gouvernements face à leurs responsabiltiés de nous protéger contre les appétits voraces de ces puissantes corporations. À entendre les réprésentants de l'Office national de l'énergie (ONÉ) hier soir, on peut légitimement craindre qu'il coulera beaucoup de pétrole sous les ponts avant que cet organisme de réglementation et de surveillance des oléoducs sorte de sa léthargie.

  • Andrée Chartier - Abonnée 9 mars 2016 07 h 40

    Quels sont les avantages?

    On sait maintenant que le BAPE devrait être "générique" et non "spécifique". Mais on en a rien à faire des impacts! Et quand on parle des impacts en aval, faudrait d'abord penser à nos enfants!

    L'expansion des bitumineux, c'est la mort sociale, économique et écologique de notre système. Les seuls avantages sont d'un point de vue financier, pour une faible proportion de personnes, essentiellement les pétrolières et les tranporteurs, comme TransCanada.