L’Alberta et le pétrole, au-delà du «Quebec bashing»

Photo: Garth Lenz Le pétrole est un élément central de la culture albertaine des 40 dernières années.

Au-delà des efforts de promotion de TransCanada en faveur d’Énergie Est, les attaques particulièrement virulentes en provenance de l’Ouest canadien n’ont pas tardé lorsque la Communauté métropolitaine de Montréal a rendu publique sa position sur le projet, position qui s’appuyait sur la première étude indépendante menée sur Énergie Est au Québec.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, y est même allé de menaces à l’endroit du Québec lorsque le ministre David Heurtel a annoncé que le gouvernement souhaitait obliger TransCanada à respecter les lois environnementales de la province.

On ne peut pas parler d’énergie sans parler de la culture et de l’histoire liées aux questions d’énergie. Ce n’est pas seulement politique ou économique, c’est aussi social, mythique, identitaire.

 

En clair, avant même le début d’une étude du projet par le gouvernement provincial et avant le début de son évaluation par le fédéral, Québec doit dire oui à la construction d’un pipeline de 650 kilomètres sur son territoire, pipeline qui traversera des zones agricoles, des milieux naturels et pas moins de 800 cours d’eau.

Professeure à l’Université de Calgary, Dominique Perron ne se soucie pas outre mesure du Quebec bashing très médiatisé de certains politiciens de l’Ouest canadien. Auteure de L’Alberta autophage, un ouvrage qui traite de la relation très étroite entre cette province et les ressources pétrolières, elle souligne toutefois qu’il existe bel et bien un certain ressentiment par rapport au Québec.

« Il faut être à Calgary actuellement pour constater les dégâts, le chômage et les pertes d’emplois liés à la baisse des prix du pétrole, explique celle qui demeure dans cette province depuis 25 ans. Dans ce contexte, le pipeline Énergie Est prend une valeur symbolique encore plus forte parce que l’Alberta est aux abois. C’est pour cela qu’il y a du Quebec bashing. »

La culture pétrole

« Si on ne connaît pas l’histoire de l’Alberta, on peut se poser des questions sur les réactions [face au projet Énergie Est]. Mais ces réactions ne surgissent pas de nulle part. Elles sont le fruit d’une démarche historique et culturelle. Le champ économique et politique est totalement insuffisant pour comprendre les phénomènes liés à l’industrie pétrolière dans l’Ouest », insiste Mme Perron.

« On ne peut pas parler d’énergie sans parler de la culture et de l’histoire liées aux questions d’énergie. Ce n’est pas seulement politique ou économique, c’est aussi social, c’est aussi mythique, c’est aussi identitaire. » Dominique Perron dresse ainsi un parallèle entre le rôle joué en Alberta par l’industrie pétrolière et celui joué ici par Hydro-Québec. « Les Albertains ont connu une sorte de révolution tranquille dans les années 70, mais grâce au pétrole, comme Hydro est devenu un fleuron dans les années 60 au Québec. Les investissements psychologiques sont similaires. »

Mme Perron souligne par ailleurs que, s’il est de bon ton de présenter les joueurs du secteur pétrolier comme les « méchants », la réalité est plus nuancée que cela. « Il n’y a pas de perspectives manichéennes possibles par rapport au pétrole », insiste-t-elle.

« Le paradoxe du pipeline Énergie Est exprime les paradoxes globaux que nous avons par rapport à l’énergie, estime-t-elle. Si, demain matin, nous devions nous passer du pétrole, la civilisation telle que nous la connaissons s’effondrerait parce qu’elle est définie par cette source d’énergie. »

Sans oublier, répète Dominique Perron, que les Québécois ont des investissements majeurs en Alberta. Elle cite en exemple la Caisse de dépôt et placement qui détient des intérêts dans des joueurs majeurs du secteur des sables bitumineux, dont TransCanada, Enbridge et Suncor. Via sa branche immobilière, Ivanhoé Cambridge, elle possède en outre des actifs immobiliers importants dans cette province, notamment dans des centres commerciaux et des bureaux situés à Calgary et à Edmonton.

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7 commentaires

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Le BAPE peut aller de l’avant

La Cour supérieure a rejeté vendredi la demande des groupes environnementaux qui souhaitaient stopper l’étude du BAPE...

  • Pierre Grandchamp - Abonné 5 mars 2016 07 h 16

    Mais la Colombie britannique a dit NON aussi à un oléoduc

    Et, à ce que je sache, il n'y a pas eu de "Colombie britannique bashing".

  • Jean-Marc Simard - Inscrit 5 mars 2016 08 h 31

    Le pétrole albertain est une ressource mal utilisée...

    « Le paradoxe du pipeline Énergie Est exprime les paradoxes globaux que nous avons par rapport à l’énergie, estime-t-elle. Si, demain matin, nous devions nous passer du pétrole, la civilisation telle que nous la connaissons s’effondrerait parce qu’elle est définie par cette source d’énergie. »

    On peut se passer du pétrole albertain, mais non de l'énergie pétrolière comme telle...Faut pas confondre...Si l'industrie pétrolière de l'Alberta s'effondrait, ce ne serait pas un drame économique pour le Québec, ni pour le Canada...Le problème lié à l'exploitation du pétrole albertain vient de cette idée saugrenue des pétrolières d'exporter à tout prix cette ressource en favorisant la réalisation d'un pipelline qui, lui, risque de causer des problèmes énormes à l'économie de tout le pays et de tout le Québec, quand il fuiera...Car un jour ce pipeleine fuiera...

    Le problème de l'Alberta est d'avoir mis tous ses espoirs de relance de son économie, affectée par la baisse du prix du pétrole, dans le transport de ce pétrole...Le Gouvernement albertain s'est-il poser la question si l'exportation du pétrole brut était la solution au marasme de son économie ? Pourquoi exporter ce pétrole à tout prix ? Ne vaut-il pas mieux le garder pour développer une industrie pétrochimique efficiente liée à la transformation de son pétrole en produits connexes divers, comme les plastiques, les solvants, les engrais, les médicaments, les caoutchoucs, les polyesters, et j'en passe...Il est beaucoup moins dangereux d'exporter de ces produits connexes que du pétrole brut...Si tout l'argent mis pour réaliser leur projet de pipeline était investis dans les industries de transformation de cette ressource, je suis sûr que l'économie albertaine renaîtrait plus forte, parce que plus diversifiée...Mais les pétrolières bloquent tout projet de transformation parce que leur idée est d'exporter leur pétrole pour que leurs actionnaires puissent récupérer leurs investissements au plus vite...Mauvais choix !

  • Jacques Patenaude - Abonné 5 mars 2016 08 h 51

    " Si on ne connaît pas l’histoire de l’Alberta, on peut se poser des questions sur les réactions [face au projet Énergie Est]. Mais ces réactions ne surgissent pas de nulle part. Elles sont le fruit d’une démarche historique et culturelle...."

    Si on ne connait pas l'histoire des États-Unis non plus on ne comprend pas le "Black bashing" est-ce que ça le rend plus acceptable?

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 5 mars 2016 09 h 47

    CDPQ

    Que la Caisse vende au plus vite.

  • Claude Smith - Abonné 5 mars 2016 10 h 45

    Pourquoi ?

    J'aimerais savoir pourquoi le refus de la Colombie Britannique de faire passer un pipeline sur son territoire ne provoque pas une réaction aussi vive que celle faite
    au Québec par les autres provinces de l'ouest.

    Et pourtant, non seulement les Québécois ont des investissements majeurs en Alberta, mais une partie de nos taxes servent à soutenir financièrement l'insdustrie pétrolière par les subventions que le fédéral lui accorde. En passant, j'aimerais bien connaître le montant de ces subventions.

    Et pourtant, dans le présent article, on compare cette industrie à Hydro Québec.
    J'aimerais savoir combien le fédéral a investi dans le développement d'Hydro-Québec.

    Et pourtant, l'industrie des sables bitumineux par son impact sur le dollar canadien, a eu, dans une certaine mesure rendu notre industrie moins compétitive.

    Enfin, Mme. Perron affirme que, si demain matin, nous devions nous passer du pétrole, c'est la civilisation que nous connaissons qui s'effondrerait. Je dirais à Mme Perron qu'avec la consommation que nous connaissons, c'est la planète qui
    va s'effondrer et les humains avec.

    Claude Smith