Stoneham bannit le «ciment à neige»

La station de ski Stoneham et Skibec ont pris la décision de bannir les engrais à base d’azote utilisés pour faire durcir les pistes lors de certaines courses.

« On a décidé d’abolir carrément cette pratique-là », a indiqué la porte-parole de la station, Lisa Marie Lacasse, en fin de journée jeudi.

La décision a été prise de concert avec le regroupement des clubs de ski de compétition de la région, Skibec. « Dans la mesure où l’utilisation des engrais chimiques qu’on fait est assez limitée, ça ne pose pas de problèmes, a soutenu quant à lui son président, Nicolas Mazelier. Dans le contexte actuel de tout ce qui se passe avec le lac Saint-Charles, on va arrêter d’en utiliser. »

Dans le contexte actuel de tout ce qui se passe avec le lac Saint-Charles, on va arrêter d'en utiliser

 

Jeudi matin, Le Devoir rapportait que les engrais azotés utilisés sur les pistes contribuaient à la dégradation de l’état du lac Saint-Charles, réservoir d’eau potable de la ville de Québec. La rivière Hibou, qui se trouve en bas de la station de Stoneham, se déverse dans le lac.

L’article a suscité beaucoup de réactions dans le milieu du ski. L’organisateur d’événements Gestev a tenu à faire savoir qu’il n’était pas responsable de l’utilisation de ce genre de produits et que cela relevait des fédérations sportives ou des clubs de skis. « Ce sont les officiels qui nous arrivent avec un constat de dégradation de neige et obligent le club local à se procurer le produit pour l’épandre », a déclaré Patrice Demers, son président. En 25 ans, M. Demers se souvient qu’on en a exigé l’usage seulement une fois.

Produit irremplaçable ?

La veille, la porte-parole de Stoneham avait, elle aussi, souligné que le produit était utilisé rarement et en petite quantité. Or, selon un ancien parent bénévole de la station qui a contacté LeDevoir, ça n’a pas toujours été le cas. « J’ai été témoin il y a une dizaine d’années de l’épandage à grande échelle de centaines de poches d’engrais dans le parcours de la piste no 1 de Stoneham, a écrit Sylvain Sauvé. Il s’y déroulait une compétition printanière comme celle qui aura lieu du 17 au 20 mars prochain. Les organisateurs, le Club de ski de Stoneham, avaient acheté de pleines palettes de poches d’engrais pour les trois jours de la compétition. »

Interrogé là-dessus, M. Mazelier s’en est étonné et a souligné que, de toute façon, on n’en utiliserait plus du tout. « Je vous garantis que dans les dernières années, on en a très peu utilisé », a-t-il dit en soulignant que la dernière fois que du ciment à neige a été utilisé en grande quantité remonte à 2010. « Il ne faut pas oublier que nous, on faisait ça pour la sécurité », a-t-il dit.

La Fédération hésite

À la Fédération québécoise de ski alpin (SQA), on s’est montré moins prompt à sévir. Le responsable du développement régional, Ugo Catudal, ne voit pas comment on pourrait se passer de ce produit dans les compétitions de haut niveau. « Les deux seuls qui fonctionnent, c’est l’urée et le sel de table », dit-il, en soulignant que ces produits sont utilisés partout dans le monde. « Si on veut avoir des athlètes compétitifs et les avoir aux Olympiques, on n’a pas le choix. C’est le sport qui le demande. »

Il souligne toutefois que le produit est déjà utilisé en petites quantités et en dernier recours parce qu’il est coûteux, et que la plupart des clubs de ski n’ont pas le budget nécessaire pour en acheter en grandes quantités.