Quand le ski contamine les cours d’eau

Les stations de ski font de plus en plus d’efforts pour réduire leur empreinte écologique, et leur Association travaille sur un projet de Charte du développement durable. 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Les stations de ski font de plus en plus d’efforts pour réduire leur empreinte écologique, et leur Association travaille sur un projet de Charte du développement durable. 

Le débat sur la contamination de la source d’eau potable à Québec a mis en évidence une cause de pollution méconnue en provenance des centres de ski. Surnommée « ciment à neige », elle contribue à hausser les concentrations d’azote dans les cours d’eau.

À la Station touristique Stoneham, près de Québec, on confirme que des engrais à base d’azote (ou nitrate d’ammonium) sont utilisés pour durcir les bosses lors des compétitions. « Nous en faisons un usage très minime et je tiens à clarifier que ça n’a aucun lien avec la fabrication de la neige en début de saison », souligne la porte-parole Lisa Marie Lacasse.

Le nitrate d’ammonium ou l’urée permettent de solidifier les bosses lorsque la température excède le point de congélation. « Nous l’utilisons lors de situations exceptionnelles, pour la sécurité de la clientèle », précise Mme Lacasse.

C’est l’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des marais du Nord (APEL) qui avait évoqué le problème lors d’une séance du comité plénier en février. Dans le cas de Stoneham, son utilisation est particulièrement dommageable, parce que la rivière qui borde la station (la rivière Hibou) se déverse dans le lac Saint-Charles, principal réservoir d’eau potable de la ville de Québec.

La porte-parole de la station de ski signale que la station comptait déjà aménager des bandes de végétalisation autour de son stationnement pour « réduire l’apport en sédiment à la rivière ». Elle cherche en outre un « substitut au produit d’engrais ».

À Québec, ces « ciments à neige » viennent ainsi s’ajouter aux nombreux agresseurs qui menacent actuellement le lac et à la prise d’eau comme les fosses septiques, les rejets des stations d’épuration inadéquates, les sels de déglaçage des autoroutes, les carrières et sablières ou encore les produits utilisés sur les terrains de golf.

À l’Association des stations de ski du Québec, on signale que ce sont d’abord les organisateurs de compétitions sportives qui recourent à ces produits. « Souvent, c’est un tiers parti qui a la responsabilité de la zone de compétition, comme Gestev ou comme la Fédération internationale de ski [FIS] », explique son directeur Yves Juneau.

Utilisés par les promoteurs

À Stoneham, Mme Lacasse confirme que ces produits sont utilisés à la demande des organisateurs d’événements. « Nous, on n’achète pas ce genre d’engrais-là. Mais on accepte que les clubs ou organisateurs d’événements en fassent l’usage lors de situations exceptionnelles. »

Une station comme Stoneham peut accueillir une bonne dizaine de compétitions par saison. Du 17 au 20 mars, elle doit par exemple présenter les Championnats canadiens des maîtres alpins et une autre épreuve d’élite féminine au début avril. Or, la porte-parole insiste sur le fait que l’usage du produit dépend beaucoup du contexte et qu’il arrive qu’on en fasse « aucun usage » pendant la saison.

« Nous, on ne tient pas à utiliser ce produit-là, et s’il y avait une recommandation disant que c’est très nocif et qu’il faut arrêter d’en faire l’usage, on va arrêter ça. On va dire aux organisateurs d’événements d’arrêter d’en faire l’usage. »

Les voitures pointées du doigt

Par ailleurs, les stations de ski font de plus en plus d’efforts pour réduire leur empreinte écologique, et leur Association travaille sur un projet de Charte du développement durable. Pour l’heure, l’accent est beaucoup mis sur la réduction des GES en provenance des automobiles. « La plupart des adeptes de ski et de planche à neige se rendent aux stations en véhicule. C’est de ce côté-là qu’est la plus grosse empreinte écologique », note son p.-d.g., Yves Juneau.

Des stations comme Val Saint-Côme et Mont-Tremblant ont déjà fait installer des bornes pour les voitures électriques. L’Association a aussi lancé une campagne baptisée « Coupe ton moteur » pour encourager les gens à ne pas laisser tourner leur moteur trop longtemps dans le stationnement.

Sinon, l’impact écologique des stations reste limité, conclut-il. « On a fait des analyses pour voir s’il n’y avait pas moyen de faire des gains en électrifiant les dameuses, et ça demeure marginal comme impact, poursuit-il. La fabrication de neige, c’est de l’eau et de l’air, et il n’y a pas une grosse empreinte là non plus. »