Plaidoyer pour le consentement

Le Mohawk Serge Simon et l’Innu Jean-Charles Piétacho lors de la table ronde «Projets d'hydrocarbures au Québec: quel rôle pour les communautés autochtones?» à la Maison du développement durable, mardi
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Mohawk Serge Simon et l’Innu Jean-Charles Piétacho lors de la table ronde «Projets d'hydrocarbures au Québec: quel rôle pour les communautés autochtones?» à la Maison du développement durable, mardi

Tant et aussi longtemps qu’elle ne cherchera pas à obtenir le consentement des Premières Nations pour le développement de ses projets, l’industrie pétrolière se butera à de l’opposition, ont averti mardi les représentants de trois communautés autochtones touchées par des projets d’hydrocarbures.

Réunis à la Maison du développement durable de Montréal, le Mohawk Serge Simon, la Micmaque Tanya Barnaby et l’Innu Jean-Charles Piétacho ont fait le point sur les projets pétroliers qui menacent leurs territoires, respectivement le pipeline Énergie Est de TransCanada, le transport de pétrole vers le port d’exportation de Belledune au Nouveau-Brunswick et l’exploration pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent.

Écouter sans entendre

« On nous écoute, mais on ne nous entend pas », a lancé Serge Simon, grand chef de Kanesatake. Sa phrase visait à résumer sa vision des processus de consultation auxquels participe, parfois mais pas systématiquement, l’industrie pétrolière.

Selon lui, la voix des autochtones dont les territoires sont menacés par des projets d’hydrocarbures sera plus forte si les diverses nations s’unissent dans leurs revendications. « On a besoin de former des alliances », a dit le Mohawk, qui travaille déjà à construire une opposition autochtone pancanadienne à l’oléoduc Énergie Est.

Selon le grand chef Simon, une telle alliance permettrait non seulement de protéger le territoire, mais aussi de renforcer le discours visant une sortie de l’économie basée sur l’exploitation du pétrole. « Avec l’ONE [Office national de l’énergie], on voit l’industrie qui se donne des permis à elle-même », a-t-il lancé. « Tant que les pétrolières ont la main sur l’industrie et les gouvernements, rien ne va changer », a-t-il ajouté, en insistant sur l’importance de proposer des solutions de remplacement à l’exploitation des hydrocarbures.

L’importance du consentement

« On a des solutions, on les propose, mais personne ne nous écoute », a renchéri, plus tard, le chef d’Ekuanitshit (Mingan), Jean-Charles Piétacho. Au-delà des accommodements et des consultations, l’industrie doit chercher à obtenir le consentement des autochtones dans les dossiers qui les concernent, a-t-il plaidé. Ce consentement, cependant, n’est pas prêt d’être donné pour les projets d’exploration pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent, a-t-il averti. « J’ai de la misère à concevoir que des gens dans des bureaux puissent autoriser l’exploitation dans un écosystème aussi fragile », s’est-il désolé.

Le chef Piétacho a déjà été clair à ce sujet : il n’exclut pas d’avoir recours aux tribunaux si les gouvernements poursuivent la quête d’hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent.

À ce chapitre, il pourra s’inspirer de la poursuite engagée par les Micmacs de la Gaspésie contre l’entreprise Chaleur Terminals et le gouvernement du Nouveau-Brunswick, auquel il est reproché d’avoir manqué au devoir constitutionnel de consulter les Premières Nations avant d’autoriser la construction du port de Belledune.

Consulter tôt

Le projet litigieux vise le transport quotidien de 240 wagons de pétrole brut vers le futur port d’exportation de Belledune, à une quarantaine de kilomètres au nord de Bathurst. Le Grand Conseil pour la nation micmaque, le Secrétariat Mi’gmawei Mawiomi, plaide qu’il n’a jamais été consulté. « Nous avons été mis au courant du projet par les médias », a déclaré la directrice des ressources naturelles du Secrétariat Mi’gmawei Mawiomi, Tanya Barnaby.

« Nous ne sommes pas contre le développement, a-t-elle précisé. Mais le rythme de travail doit changer. » À son avis, les communautés touchées par les projets d’hydrocarbures devraient être consultées dès la phase de conceptualisation. Autrement, « on est consultés, mais on ne voit pas nos préoccupations dans les décisions », a dénoncé Jean-Charles Piétacho. « On n’est pas des petits enfants ignorants, on est des nations souveraines », a ajouté Serge Simon, en rappelant que le « respect mutuel » devrait prévaloir dans les relations entre l’industrie, les gouvernements et les communautés autochtones.

3 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 24 février 2016 06 h 52

    C'est aussi une bonne façon ...

    pour les Premières Nations de se tenir debout et ensemble, face aux autres. Vous verrez que si vous êtes capables de faire cela, on vous écoutera. Mais de grâce faites-le pour le Respect de nos Nations et pour vous-mêmes.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 24 février 2016 12 h 42

    Sauvons les Premières Nations qui à leur tour Nous sauveront!

    Au début quelques nations se partageaient un immense territoire doté de richesses naturelles extraordinaires. On connait la suite, l'homme blanc, ce conquérant, s'est servi à satiété sans aucun respect pour les occupants d'origine. Maintenant, l'homme n'a plus rien d'humain. Les entreprises (PÉTROLIÈRES) agissent en dictatrices et s'imaginent que tout le territoire leur appartient envers et contre TOUS, envers et contre TOUT! Les Premières Nations se doivent de rafraîchir notre mémoire et de nous rappeler que la NATURE n'appartient à personne, mais que c'est NOUS qui lui APPARTENONS!

  • Michèle Lévesque - Abonnée 25 février 2016 15 h 08

    Consultation et solidarité

    "« On n’est pas des petits enfants ignorants, on est des nations souveraines », a ajouté Serge Simon", chef Mohawk.

    L'avantage pour les Communautés autochtones, c'est d'avoir une claire protection et un droit de recours judiciaire inscrit dans la Constitution, ce qui n'est pas le cas pour le Québec qui n’est qu’une Province isolée dans le ROC, assujettie au fédéralisme et pouvant être sacrifiée au bien canadien commun.

    Alors tant mieux si les Autochtones de l’Est mettent leur poids constitutionnel et écologique dans la balance pour faire de la sortie hors Canada du pétrole Albertain en général, et d'Énergie Est en particulier, un véritable projet national, c'est-à-dire véritablement consultatif et consensuel.

    Pour ce faire, toutefois, il faudrait que toutes les provinces et territoires concernés négocient ensemble. Mais en abandonnant le projet de sortie par l'Ouest ou les Territoires (dont on n'a pas vraiment parlé), le Fédéral, patinant parce que pris au piège avec des surplus de pétrole dévalué ainsi qu’avec des installations au Nouveau-Brunswick (qui frisent l’illégalité constitutionnelle selon le chef Simon) qui doivent aussi impérativement être rentabilisées, montre bien qu’il a l'intention de faire porter le gros du poids d'une économie énergétique mal ficelée par le seul Québec.

    Et ce ne sont pas les fallacieux arguments de Justin Trudeau entre la supposée alternative des trains versus l'oléoduc, dont la teneur et le ton frisent presque le chantage, qui peuvent nous rassurer sur cette intention de nous jouer à la baisse. ("Trudeau [...] sur les oléoducs: «Ça ne va pas faire l'unanimité»", La Presse, 11 février 2016).

    Je me demande toutefois jusqu'où s'étendra cette solidarité dans le consentement quand des offres seront éventuellement mises sur la table des négociations avec les Communautés. Feront-elles corps avec le reste du Québec pour sauvegarder toute cette Terre commune ? J'ose grandement l'espérer.