Les municipalités ont leur rôle à jouer

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
L’UMQ réclame que les trois quarts du Fonds vert soient consacrés à l’amélioration des transports collectifs et alternatifs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’UMQ réclame que les trois quarts du Fonds vert soient consacrés à l’amélioration des transports collectifs et alternatifs.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Combattre les îlots de chaleur, mieux gérer les matières résiduelles, améliorer les transports collectifs : les villes, qu’elles soient petites ou grandes, jouent un rôle incontournable dans la lutte contre les changements climatiques. C’est pourquoi l’Union des municipalités du Québec en a fait une priorité.
 

« Nous avons l’obligation de réussir pour l’avenir de notre planète », tweetait Suzanne Roy, présidente de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et mairesse de la ville de Sainte-Julie, alors qu’elle participait en décembre dernier au Sommet des élus locaux sur le climat, événement qui se tenait à Paris en marge de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21).

Une déclaration qui n’est pas faite à la légère. Les conséquences des dérèglements climatiques sont d’abord vécues dans les localités qui, dès lors, sont les premières à payer les pots cassés. Qu’on pense aux inondations, aux îlots de chaleur, aux épisodes de smog, à l’érosion des berges, aux tempêtes extrêmes… Tout cela affecte d’une façon ou d’une autre les infrastructures municipales et la qualité de vie des citoyens.

« Il y a urgence d’agir et ça doit se traduire sur le terrain, dans les municipalités », affirme Suzanne Roy. D’autant que c’est là où il y a le plus à faire. Après tout, 70 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) proviennent des villes. Voilà pourquoi l’UMQ en a fait une priorité et multiplie les initiatives pour se donner les moyens de ses ambitions.

De l’Ontario à Paris

En novembre dernier, l’UMQ signait une entente en matière de promotion de la lutte municipale contre les changements climatiques avec l’Association des municipalités de l’Ontario. « On vit les mêmes choses et on a les mêmes préoccupations, constate Mme Roy. On va partager nos bonnes pratiques et travailler de concert pour persuader nos gouvernements provinciaux respectifs et le gouvernement fédéral de la nécessité de mieux outiller les municipalités pour atteindre nos objectifs. »

L’UMQ tentera prochainement de convaincre les municipalités québécoises de souscrire à la Déclaration du Sommet des élus locaux pour le climat adoptée par les 1000 maires présents à Paris en décembre dernier. Ce faisant, elles s’engageront notamment à promouvoir et à dépasser, dans la mesure du possible, les objectifs de l’accord de Paris 2015 et à réduire de 3,7 gigatonnes les émissions de GES d’ici 2030. Déjà, Mme Roy a veillé à l’adopter pour sa propre ville. Même chose pour le maire de Montréal, Denis Coderre, et la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, tous deux présents au Sommet.

« Cette déclaration nous procure une vision pour notre gestion municipale et notre façon de développer nos territoires », estime Suzanne Roy, qui devrait trouver un écho favorable auprès de ses collègues maires et mairesses. En effet, le Québec compte déjà 253 municipalités, dont toutes les grandes et moyennes villes, qui se sont dotées d’un plan d’action de lutte contre les changements climatiques.

L’UMQ poussera la réflexion plus loin lors de ses assises annuelles qui auront lieu en mai prochain. Elle y tiendra un grand forum participatif sur les changements climatiques. « Nous voulons prolonger la mobilisation ressentie à Paris afin que les municipalités d’ici, peu importe leur taille, comprennent l’impact qu’elles peuvent avoir ne serait-ce qu’en opérant de petits changements au quotidien. »

De l’importance des transports collectifs et alternatifs

Suzanne Roy énumère avec enthousiasme les actions vertes entreprises par différentes localités. Elle parle entre autres de l’utilisation des boues d’épuration de Granby comme engrais, du programme Habitation durable de Victoriaville et des efforts de biométhanisation de près d’une trentaine de municipalités de la Rive-Sud de Montréal.

Cela dit, un des domaines exigeant une intervention rapide est celui des transports collectifs et durables. « Quarante-deux pour cent des émissions totales de GES viennent des transports, majoritairement du transport routier », rappelle-t-elle.

L’UMQ réclame d’ailleurs que les trois quarts du Fonds vert soient consacrés à l’amélioration des transports collectifs et alternatifs. « Ces sommes doivent contribuer à réduire les GES et, pour ça, elles doivent être consacrées au transport », explique Suzanne Roy, qui espère voir le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, agir en ce sens.

Suzanne Roy prêche par l’exemple : à Sainte-Julie, le transport collectif est gratuit pour tous les citoyens depuis un peu plus d’un an. L’initiative a remporté un tel succès que la Ville s’est vue obligée d’ajouter des autobus supplémentaires en raison de l’augmentation de la clientèle sur certains trajets. Elle a aussi ajouté une navette gratuite vers la station de ski Saint-Bruno, en collaboration avec la Ville de Saint-Bruno-de-Montarville.

« On a constaté que les ados ont envahi nos transports collectifs », se réjouit la mairesse. Elle espère maintenant que ces citoyens de demain conserveront leurs bonnes habitudes.