Elizabeth May crie au « Quebec bashing »

Elisabeth May en octobre dernier lors d'une rencontre avec ler maire de Montréal, Denis Coderre
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Elisabeth May en octobre dernier lors d'une rencontre avec ler maire de Montréal, Denis Coderre

Dans un rare élan de solidarité transpartisane, le Bloc québécois et le Parti vert se sont alliés jeudi pour lancer une pétition s’opposant au passage au Québec de l’oléoduc Énergie Est. L’objectif vise à démontrer que le Québec est uni dans son opposition au projet de TransCanada. Au passage, autant les bloquistes que la chef du Parti vert, Elizabeth May, dénoncent le « Quebec bashing » qu’a suscité le refus québécois jusqu’à présent.

La pétition sera mise en ligne sur le site de la Chambre des communes et pourra y figurer jusqu’au 1er juin prochain. L’idée est venue de Christiane Crevier, une citoyenne de Mascouche mère de trois enfants qui craint que le passage de cet oléoduc à 18 kilomètres de chez elle n’affecte la qualité de l’environnement en cas d’accident.

« C’est un cri du coeur citoyen. L’aide [que je reçois dans cette cause est] essentielle pour notre survie, celle de nos enfants et de la génération à venir. Ce combat est un combat citoyen contre le passage de l’oléoduc d’Énergie Est, qui n’est à mon sens qu’une bombe à retardement », a lancé Mme Crevier. Elle estime que d’approuver le projet serait « inacceptable, intolérable et irresponsable et, surtout, inhumain ».

 

Condition

Le député bloquiste Luc Thériault dit avoir accepté de prendre à son compte cette pétition à une condition : qu’elle transcende les lignes de parti. D’où sa main tendue au Parti vert. Mais du même souffle, il a été obligé de reconnaître qu’il n’a pas approché le NPD ou le Parti libéral. « Le Parti libéral et le NPD ont la même position, qui consiste à mettre leurs oeufs dans le panier d’une étude environnementale améliorée. […] Eux, aujourd’hui, ne signeraient pas la pétition », a-t-il expliqué.

L’humoriste JiCi Lauzon, qui s’est présenté pour le Parti vert à la dernière élection bien qu’il en dénonce aujourd’hui le manque de sensibilité québécoise et francophone, appuie la démarche, lui qui se présente comme le petit-fils d’un agriculteur ayant vécu dans sa jeunesse là où l’oléoduc passera. « C’est une cause qui mérite de transcender les couleurs, la partisanerie. Parce que, que l’on soit vert, bleu foncé, bleu pâle, rouge, jaune-orange, je pense que tout le monde aime son eau de la même couleur, c’est-à-dire transparente », a-t-il lancé.

Plus dangereux

Tous ont mis en garde contre les dangers que pose le passage d’un oléoduc au Québec. Mais pourquoi s’acharner sur celui-là alors qu’il existe déjà des pipelines en exploitaton sur le territoire québécois ? « Je ne peux pas déterrer les autres pipelines », a fini par répondre M. Thériault. Seule Mme May a soutenu que cet oléoduc serait plus dangereux que les autres à cause de son contenu. « Ce n’est pas la structure, le problème. Le problème, c’est le produit dans l’oléoduc. » Le bitume mélangé avec un diluant constitue le « mélange le plus dangereux », pour lequel « on n’a pas la technologie pour le nettoyage ».

 

Régis Labeaume à contre-courant

Les intervenants espèrent recueillir le plus de signatures possible pour prouver que l’opinion québécoise est très majoritairement opposée à ce projet. Que penser alors de l’appui du maire de Québec, Régis Labeaume, au pipeline ? « La voix d’un seul maire contre 82 municipalités qui représentent 4 millions d’habitants du Québec, ça commence à faire un large consensus », a répondu M. Thériault.

Les intervenants ont d’ailleurs dénoncé l’accueil réservé par l’ouest du pays, en particulier le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, au refus montréalais. Même Mme May estime qu’il y a eu dérapage. « Le maire de Vancouver, puis le maire de Vancouver-Nord, le maire de Burnaby, le maire de Victoria, tout le monde, tous les maires de Colombie-Britannique proches de l’oléoduc de Kinder Morgan et Trans Mountain ont dit “non”, et personne n’a dit que c’était une menace envers l’unité canadienne. Alors, pour cela, je suis d’accord avec mon collègue que c’est du “Quebec bashing”. »

6 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 18 février 2016 14 h 37

    Opération chantage!

    La Colombie-Britannique peut dire NON, à TransCanada, deux fois plutôt qu'une, mais le Québec... Attention à l'amalgame qui s'en vient! Bombardier pourrait être financé par le gouvernement fédéral à une condition. Devinez laquelle...

    • Lise Bélanger - Abonnée 19 février 2016 06 h 52

      En effet, la plupart des emplois de Bombardier au Canada se retrouve au Québec. Affaiblir l'économie québécoise, c'est un sport fédéral bien connu et bien pratiqué. Et pour cause.

      La plus grande et la plus belle province veut devenir égale des autres. Non, jamais des français ne viendront altérer la puissance anglaise.

      C'est l'histoire qui nous le rappelle et que malheureusement nous continuons.

  • Gilbert Turp - Abonné 18 février 2016 18 h 22

    Merci

    Merci madame May, merci les verts, merci le bloc.

  • Raymond Labelle - Abonné 18 février 2016 22 h 28

    Que fera la Bloc si le gouvernement du Québec ou le PQ appuie le projet?

    Le gouvernement Marois avait entrouvert la porte au projet lorsqu'il était au gouvernement. Voir: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/364742/ma

    PKP a refusé de se prononcer contre Énergie Est en pleine conférence de presse avec M. Duceppe. Voir: http://www.ledevoir.com/politique/canada/447611/ne

    Ce qui crée de l'incertitude quant à la position du Bloc. Le Bloc devrait préciser être contre Énergie Est, peu importe la position du gouvernement du Québec et peu importe la position du PQ maintenant et à l'avenir.

    Seul le PVC (au niveau fédéral) a été résolument contre ce projet, sans ambigüité ou incertitude.

  • Yves Côté - Abonné 19 février 2016 05 h 52

    Pour une fois...

    Pour une fois, au Canada c'est le gros bon sens qui rallie tout le monde.
    Enfin, presque...
    Disons, qui rallie tous les progressistes qui s'affirment et une partie importante des anti-réactionnaires qui eux, traditionnellement, sont plus modérés en opposition ouverte.
    Et tous qui, bien entendu, s'opposent donc maintenant ensemble à cette droite financière qui ne manipule le Canada et les Canadiens que pour accroître son pouvoir et ses fortunes familiales.

    Tourlou !

  • Colette Pagé - Inscrite 19 février 2016 11 h 18

    Pour le PM, le moment de vérité approche !

    Revenu transformé de la conférence de l'Environnement de Paris le PM, un nouvel homme vert, prêche désormais la bonne parole tout en gardant le silence et fermant les yeux sur les GES de la cimenterie de Port Cartier.

    Par contre le moment de vérité approche ! Dans l'hypothése de l'imposition par le Fédéral pour des raions d'intérêt national du passage du pipeline de Trans-Canada au Québec quelle sera la position du PM ? Défendra-t-il les intérêts du Québec et s'appuiera-t-il sur la non acceptabilité sociale pour défendre son argumentaire.

    Ou bien pliera-t-il l'échine, fédéralisme oblige, en déclarant que le pipeline est moins dangereux que le transport par trains alors que les trains continuent de défiler allégrément à travers le Québec. Parlera-t-il des deux côtés de la bouche ?
    Maintienda-t-il son discours ou abandonnera-t-il ses convictions.

    Le passage du pipeline sera-t-il négocié en contrepartie de la contribution du fédéral à Bombardier ? Tout cela reste à voir.