Des groupes écologistes portent une action contre TransCanada

Des groupes environnementaux ont déposé jeudi matin un recours judiciaire contre TransCanada dans le but de forcer l’entreprise à se soumettre aux lois environnementales en vigueur au Québec depuis plus de 35 ans.

En vertu du Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement inscrit dans la Loi, « la construction d’un oléoduc d’une longueur de plus de 2 km dans une nouvelle emprise » est « obligatoirement » assujettie à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement, a rappelé leur avocat, Me Michel Bélanger, au cours d’un point de presse.

En vertu de cette procédure, TransCanada aurait donc dû déposer un « avis de projet » au ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC). À la suite de la présentation de cet avis, le ministre de l’Environnement aurait donné une « directive » qui précise tous les éléments qui doivent faire partie de « l’étude d’impact » qu’aurait dû produire la pétrolière albertaine. C’est seulement une fois que cette étude est réalisée à la satisfaction du MDDELCC que peut commencer le processus du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

TransCanada refuse

Or, le gouvernement n’a pas respecté cette démarche inscrite dans la loi depuis 1980. Il n’ignorait pourtant pas la procédure qui aurait dû être suivie, a rappelé Me Bélanger. Le ministre de l’Environnement, David Heurtel, avait effet invoqué les dispositions du Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement dans une lettre envoyée à TransCanada en novembre 2014. Dans cette lettre, il réclamait le dépôt d’une étude d’impact. Il avait également demandé à l’entreprise de déposer un avis de projet pour le pipeline Énergie Est.

TransCanada a toujours refusé de répondre aux demandes du ministre Heurtel. La pétrolière albertaine juge en effet qu’elle n’a pas à se soumettre à la réglementation en vigueur au Québec, puisque son pipeline est selon elle sous la seule responsabilité du gouvernement fédéral.

Devant le refus de TransCanada de s’exécuter, le ministre David Heurtel a donné un mandat « tronqué » au BAPE en vertu de l’article 6.3 de la Loi québécoise sur la qualité de l’environnement, a déploré Me Bélanger. « Cette disposition n’a jamais servi à l’évaluation d’un projet de développement », a-t-il ajouté.

Selon Anne-Céline Guyon de la Fondation Coule pas chez nous, « la procédure québécoise d’évaluation annoncée selon l’article 6.3 de la Loi comporte de graves lacunes en ce qui concerne les droits du public québécois et des citoyens qui participent aux audiences publiques. La conséquence la plus importante est que ce processus ne permettra pas au gouvernement de rendre une décision à l’égard du projet et des conditions de réalisation ».

Stopper le BAPE

Pour le professeur de droit Jean Baril, auteur de l’ouvrage Le BAPE devant les citoyens et vice-président du CQDE, « cette procédure comporte plusieurs autres conséquences négatives ». Il mentionne la « documentation incomplète ou inexistante » sur différents enjeux particuliers au Québec, mais aussi l’« exclusion des audiences publiques des enjeux fondamentaux comme les aspects économiques et les droits autochtones ». Qui plus est, le gouvernement n’aura pas le pouvoir d’autoriser ou non le projet.

Les groupes demandent donc au gouvernement de stopper le processus du BAPE, qui doit normalement débuter ses audiences le 7 mars prochain. Ils ont d’ailleurs écrit au ministre Heurtel pour lui faire part de leur demande.

L’action en justice annoncée jeudi matin est portée par le Centre québécois du droit en environnement (CQDE). C’est aussi lui qui a représenté des groupes environnementaux lors des démarches menées dans le but de stopper les travaux de forage de TransCanada à Cacouna en 2014, en plein coeur de la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent. Le CQDE avait finalement eu gain de cause. Cette fois, l’action est appuyée par Équiterre, Nature Québec et la Fondation Coule pas chez nous.

Selon TransCanada, le pipeline Énergie Est pourrait transporter chaque jour 1,1 million de barils de pétrole à travers le Québec dès 2020 ou 2021. Cela signifie que la province deviendra un territoire stratégique pour l’exportation de la production croissante de l’industrie des sables bitumineux.

Le pipeline d’un mètre de diamètre franchira plus de 800 cours d’eau au Québec, dont le fleuve Saint-Laurent. Il traversera plusieurs zones agricoles, des milieux naturels et le territoire de plusieurs dizaines de municipalités.

8 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 18 février 2016 12 h 55

    La carte dit tout

    D'abord que le pétrole sale de l'ouest sera transporté par bateaux, trains et pipelines sur le trritoire du Québec.

    Selon le tracé, le pipeline d'Énergie-Est remplacerait celui d'Enbridge pour alimenter Suncor à Montréal et Valéro à Lévis.

    Entre-temps Enbridge transporte du pétrole sale à la suite de l'inversion de 9B à l'est de Montréal pour Suncor et par bateaux vers Lévis que raffine Valéro avant de le retourner vers Montréal par pipeline. Le tout sans l'évaluation du BAPE et sans informations sur les GES produits par ces raffineries.

    Après la construction d'Énergie-Est, des jonctions seront en place pour que Lévis reçoivent plus de pétrole sale, aussi Montréal-Est. Ces raffineries auront alors des surplus qui seront acheminés par bateaux sur le marché international.

    Qui plus est, le pipeline d'Énergie-Est se rendra à Saint-John pour alimenter la raffinerie en vue de la mise en marché de ce sale prétrole sur le marché international. Parallèlement, des wagons transporteront toujours ce pétrole sale vers Belledune pour rafinage et vente sur le marché international.

    Dans l'action en justice, il me semble que tous ces projets, y compris celui d'Enbridge, devraient faire partie du dossier qu'entendent faire valoir les groupes environnementaux pour montrer que le ministre en cause et le gouvernement du Québec ont abdiqué leurs responsabilités.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 février 2016 13 h 08

    Le ministre Heurtel est le paillasson de TransCanada

    Comment se fait-il qu’il faille des ONG pour défendre la juridiction du Québec en environnement ?

  • David Cormier - Abonné 18 février 2016 13 h 59

    Excellente nouvelle

    Nous pourrons voir si Monsieur Couillard saura se lever de nouveau à l'Assemblée nationale pour clamer, la main sur le coeur, qu'il est le "seul dans cette chambre" à défendre l'environnement.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 18 février 2016 15 h 03

    À quoi sert le ministère de l'environnement?

    Le Québec, qui comme son 1er Ministre, se veut VERT devra-t-il se transformer en SAC VERT? Ou alors, disons que le Canada est un corps humain, le Québec devrait-il en être le GROS INTESTIN?

  • Pierre Fortin - Abonné 18 février 2016 15 h 19

    Ministre délinquant?


    Pourquoi faut-il que ce soit encore le Centre québécois du droit en environnement et les groupes environnementaux qui se chargent de la défense de notre territoire plutôt que le ministre dont c'est le mandat?

    David Heurtel a déjà été blâmé en septembre 2014 par un jugement de la Cour supérieure dans le dossier de la pouponnière des bélugas. La juge déclarait alors dans son verdict qu’il y avait eu « une faille dans le processus décisionnel du ministre ».

    Il semble que le ministre n'a pas appris la leçon puisque le même reproche lui est à nouveau adressé. David Heurtel est pourtant membre du Barreau, comment peut-il faire fi des lois qui encadrent son ministère avec autant de désinvolture?

    • Francois Cossette - Inscrit 18 février 2016 15 h 57

      Tout simplement parce ce gouvernement n'est qu'une carpette ou PRESQUE tout le monde peut s'essuyer les pieds. Presque, sauf les contribuables de la classe moyenne et les pauvres, eux ils doivent casquer.

    • Claude Coulombe - Abonné 18 février 2016 16 h 19

      @Pierre Fortin

      Ce qui explique pourquoi M. Couillard a reconduit M. Heurtel comme ministre de l'environment. Ceci expliquant cela, Heurtel reste pour faire les basses besognes.