«Le contrat est respecté», affirme Philippe Couillard

Selon ce qui a été précisé lundi, 24 millions de dollars ont déjà été injectés dans les travaux menés en 2014 et 2015 sur Anticosti.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Selon ce qui a été précisé lundi, 24 millions de dollars ont déjà été injectés dans les travaux menés en 2014 et 2015 sur Anticosti.

Le premier ministre Philippe Couillard se défend de briser le contrat qui lie le gouvernement à Pétrolia dans le cadre du projet d’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti. Il se dit tout de même prêt à rencontrer l’entreprise, comme celle-ci le réclame.

« Le contrat est entièrement respecté », a souligné M. Couillard à son arrivée au caucus libéral mardi, en ajoutant que des fonds publics ont déjà été injectés dans le projet. Il répondait ainsi aux propos du président-directeur général de Pétrolia, Alexandre Gagnon, qui a dit lundi que le gouvernement avait l’obligation de respecter le document signé par les péquistes en 2014.

Le premier ministre a également rappelé qu’en vertu de la législation québécoise, « rien ne force le gouvernement à donner un certificat d’autorisation pour la fracturation hydraulique ». M. Gagnon a lui-même reconnu cet état de fait, tout en disant craindre une « ingérence » politique dans l’étude de la demande de certificat d’autorisation déposée il y a quelques jours.

Est-ce que le processus en cours est vicié en raison de votre objection au projet pétrolier sur Anticosti?, ont demandé les journalistes au chef libéral. « Ce qui est vicié, c’est le fait d’avoir permis un investissement public et d’engager le gouvernement dans un projet de fracturation sur une île du golfe du Saint-Laurent sans faire d’étude environnementale. Je n’en reviens pas que le gouvernement ait fait cela », a insisté Philippe Couillard.

Oui au pétrole

Selon lui, les Québécois n’accepteraient pas que le gouvernement libéral s’engage dans un tel projet sans mener d’abord une évaluation environnementale. Il s’agit d’un changement de cap majeur au sein au Parti libéral du Québec. Après tout, ce dernier avait autorisé la réalisation de forages avec fracturation dans la vallée du Saint-Laurent, et ce, sans évaluation environnementale et sans consultation des citoyens concernés par les projets de gaz de schiste.

Le premier ministre a par ailleurs réitéré que son gouvernement « soutient plusieurs projets de Pétrolia », une entreprise dont il est le premier actionnaire. « Je veux travailler avec Pétrolia pour leurs autres projets », a-t-il ajouté. Des propos repris également par le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

Il est vrai que les libéraux ont annoncé en 2015 une subvention de 3,8 millions de dollars pour des travaux d’exploration gazière au projet Bourque, situé près de Murdochville.

Le gouvernement a aussi manifesté son appui au projet pétrolier Haldimand, situé sur le territoire de Gaspé, à 350 mètres d’un secteur résidentiel. Québec a d’ailleurs fait la sourde oreille aux demandes de la Ville de Gaspé, qui réclame depuis plusieurs mois la tenue d’une évaluation environnementale sous l’égide du BAPE pour le projet Haldimand.

Pétrolia réplique

Même si le gouvernement se montre très ouvert aux projets de Pétrolia en Gaspésie, l’entreprise a déploré lundi la fin de non-recevoir du premier ministre pour le projet Anticosti.

Le président-directeur général de Pétrolia, Alexandre Gagnon, a soutenu que le premier ministre attaque son entreprise « avec constance et virulence » depuis le sommet de Paris sur le climat. « Dans une série de déclarations constamment amplifiées et formulées sans aucun préavis, le premier ministre Philippe Couillard semble remettre en question le respect des contrats », a-t-il ajouté.

Or, a rappelé M. Gagnon, « nous sommes dans un État de droit, et actuellement, il existe un contrat et un décret, ce qui engage l’État ». Il a ainsi rappelé que le contrat oblige clairement le gouvernement du Québec à injecter un total de 57,7 millions de dollars dans des travaux qui doivent permettre de vérifier s’il existe bel et bien un potentiel d’exploitation commerciale de pétrole sur l’île. Ces travaux devraient se poursuivre au-delà de 2016.

La pétrolière n’exclut d’ailleurs pas de recourir aux tribunaux pour obtenir gain de cause dans le dossier. « Nous ne l’excluons pas », a simplement admis M. Gagnon après s’être fait poser la question à plusieurs reprises au cours de sa conférence de presse.

Exploiter jusqu’en 2100

Selon M. Gagnon, la volte-face du gouvernement Couillard est d’autant plus surprenante que les travaux menés jusqu’à présent, et financés majoritairement par l’État québécois, auraient permis d’identifier un potentiel pétrolier « substantiel » qui permet d’envisager les travaux à venir avec « un haut niveau d’optimisme ».

Pétrolia souhaite donc « aller au bout du contrat ». Selon ce qui a été précisé lundi, 24 millions de dollars ont déjà été injectés dans les travaux menés en 2014 et 2015 sur l’île. Selon l’agenda d’Hydrocarbures Anticosti, les forages avec fracturation pourraient porter la note à 55 ou 60 millions.

Il est aussi prévu de mener des travaux après 2016, pour un coût oscillant entre 40 et 45 millions de dollars. On évoque des « travaux supplémentaires » ou le démarrage de l’exploitation commerciale. Dans ce cas, l’industrie s’implanterait dès 2020. Dans ce cas, il faudrait débourser plusieurs milliards de dollars pour développer les infrastructures nécessaires. L’exploitation de pétrole et de gaz de schiste pourrait se poursuivre jusqu’en 2100.

Le gouvernement a toutefois lancé une évaluation environnementale stratégique (EES) pour l’île. Certaines de ces études mettent en lumière des risques financiers et environnementaux significatifs liés à l’exploitation de pétrole et de gaz sur l’île d’Anticosti, dont le potentiel demeure pour le moment hypothétique.

Une étude démontre ainsi que le coût de production du pétrole pourrait dépasser les 95,50 $ par baril. Une autre prévient que le développement de l’industrie des énergies fossiles risque de « contribuer de façon importante » à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Tout cela alors que le gouvernement Couillard affirme vouloir réduire significativement les émissions de la province, au nom de la lutte contre les changements climatiques.

12 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 février 2016 15 h 25

    Fracturation

    Je lui donne le point sur la fracturation; c'est défendu au Québec (pas que sur une ile). Voyons voir maintenant s'il adoptera la même ligne de pensée dans le centre du village de Gaspésie. Les villageois vont-ils avoir pour lui la même importance que les chevreuils d'Anticosti ?

    En passant, s'il veut que la Loi sur la fracturation soit respectée au Québec, il peut sauver l'argent des gens et le temps des fonctionnaires en ne pas perdre de temps à faire faire des études et des BAPES. «Quand c'est défendu, c'est défendu» ! Qu'il trouve autre chose à leur faire faire ou les mettre à la porte, ça descendrait nos frais qu’il pourrait dévier vers d’autre Zoos ou peut-être même la protection de nos filles.

    PL

  • Michel Lebel - Abonné 16 février 2016 15 h 48

    Assez!

    Devant cette situation assez incongrue, sinon loufoque, le gouvernement devrait s'assumer et dire tout simplement qu'il annule le contrat. Et qu'il en paye les frais, s'il le faut. La "comédie" a assez duré. Cette solution de l'annulation, fondée sur le respect de l'environnement, serait à son honneur. L'État de droit n'interdit pas à un gouvernement de revenir sur une décision.


    Michel Lebel

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2016 08 h 05

      Nous sommes d'accord : Ça suffit le parlage des deux côté de la bouche.

      PL

  • Robert Beauchamp - Abonné 16 février 2016 15 h 58

    La manoeuvre

    La manoeuvre est vicieuse et discriminatoire. Tous les prospecteurs devraient être traités de façon égale et non pas en établissant des règles à géométrie variable. Chaque projet devrait être analysé en fonction de critères connus dans la confiance du citoyen. À l'heure actuelle le citoyen est manipulé par toutes sortes d'informations contradictoires venant du politique. En passant, les projets sont financés avec son argent et à bien y penser il devrait être traité en actionnaire. Mon vote vaut bien celui d'un lobbyiste et peut-être compte-t-il plus dans certains cas.

  • Claude Bariteau - Abonné 16 février 2016 16 h 45

    Noir PQ et blanc PLQ

    Selon vos propos, ce PM Couillard trouve mal avisés les permis octroyés par le PQ à Pétrolia sur Anticosti sans évaluation du BAPE et sans étude environnementale comme l'a fait le PLQ sous le gouvernement Charest pour la vallée du Saint-Laurent.

    Dans un cas, c'est inimaginable; dans l'autre, tout à fait ce qu'il fallait faire puisque ce gouvernement fait la sourde oreille aux demandes des citoyens de Gaspé. Que comprendre ?

    Que le PQ a erré en poursuivant les activités enclenchées par le PLQ à Anticosti en faisant en sorte qu'en cas de ressources exploitables le gouvernement en tire avantage, mais que le PLQ n'a pas erré en octroyant des permis pour exploiter, sans participation du Québec aux revenus générés, ce qui justifie le gouvernement Couillard à refuser les demandes des citoyens de Gaspé.

    Si tel est le cas, il y a anguilles sous roche. En fait de grosses anguilles à Gaspé en forme de piastres prêtes à être ingurgitées pour les entreprises en cause. Et, à Anticosti, ces anguilles qui rêvaient gros mais qui doivent partager le butin.

    Il revient aux partis d'opposition de lever ces roches. S'ils ne le font pas, qui le fera ?

  • Marc Brullemans - Abonné 16 février 2016 18 h 40

    Et les GES?...

    Le premier ministre Couillard semble saborder l'exploitation d'hydrocarbures sur Anticosti pour des raisons économiques. Cela se comprend bien compte tenu du prix actuel du pétrole et du gaz sur les marchés. Pour que l'opération devienne rentable, il faudrait que la valeur sur le marché du pétrole ou du gaz quintuple ET, et cela me semble essentiel, qu'une exploitation à grande échelle et efficace du sous-sol d'Anticosti ait lieu. Non seulement la probabilité que ces conditions soient rapidement réunies est faible mais si cela devait être, on pourrait alors véritablement parler d'un saccage de l'île.

    Reste la question des GES qui n'a pas encore été abordée... Si SNC-Lavalin les évalue à 1,5 Mt CO2 eq par année, il faut bien se rendre compte que les auteurs négligent de nombreux facteurs. Si l'on suppose 6500 puits exploités sur une période de 50 ans et que la liquéfaction a lieu au Québec, c'est une augmentation moyenne de 12 Mt par an à laquelle il faut s'attendre, et non pas de 1,5 Mt. Comment pouvons-nous diminuer nos émissions en 2050 à moins de 10 Mt dans un tel contexte? Je le demande à ceux rêvant encore à cette exploitation...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 février 2016 11 h 51

      La question des GES ne se règle pas à l'extraction d'énergie fossile, elle se règle par la diminution de la consommation pour fin de combustion de cette énergie fossile.

      Le hic, on ne le répetera jamais assez, tout le modèle de notre société repose sur l'accès a une énergie concentrée, facile a manipulé pour la rendre disponible en tous lieux et toutes circonstances. Et bien sûr le tout à bas prix...

      Mais ça adonne que tout le monde ne veux qu'une chose, en avoir plus (d'argent) croisé avec moins d'effort, moins de travail et plus de facilité...

      S'attarder à la diminution de l'extraction fossile est une pure perte de temps en matière de réduction de GES. La preuve: le Québec ne fait aucune extraction de pétrole, il a la disponibilité de l'hydraulique pour se chauffer, et malgré tout consomme 5 fois la moyenne mondiale de pétrole par habitant....