Le gouvernement a l’obligation de respecter le contrat, insiste Pétrolia

Le p.-d.g. de Pétrolia a dénoncé les attaques «constantes et virulentes» du premier ministre depuis la conférence de Paris.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le p.-d.g. de Pétrolia a dénoncé les attaques «constantes et virulentes» du premier ministre depuis la conférence de Paris.

Quoi que puisse dire le premier ministre Philippe Couillard à propos de l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti, le message de Pétrolia demeure le même : le gouvernement est tenu légalement de poursuivre les travaux entamés. L’entreprise, qui a déjà déposé la demande d’autorisation en vue des forages prévus cette année, n’exclut d’ailleurs pas de recourir aux tribunaux pour forcer la main à Québec.

Le président-directeur général de Pétrolia, Alexandre Gagnon, a soutenu lundi que le premier ministre attaque son entreprise « avec constance et virulence » depuis le sommet de Paris sur le climat. « Dans une série de déclarations constamment amplifiées et formulées sans aucun préavis, le premier ministre Philippe Couillard semble remettre en question le respect des contrats », a-t-il ajouté.

Or, a rappelé M. Gagnon au cours d’un point de presse lundi, « nous sommes dans un État de droit, et actuellement, il existe un contrat et un décret, ce qui engage l’État ». Il a ainsi rappelé que le contrat oblige clairement le gouvernement du Québec à injecter un total de 57,7 millions de dollars dans des travaux qui doivent permettre de vérifier s’il existe bel et bien un potentiel d’exploitation commerciale de pétrole sur l’île. Ces travaux devraient se poursuivre au-delà de 2016.

Le porte-parole de Pétrolia a d’ailleurs souligné que la demande de certificat d’autorisation en vue des trois forages avec fracturation prévus l’été prochain a été déposée il y a quelques jours par Pétrolia au ministère de l’Environnement du Québec, au nom d’Hydrocarbures Anticosti. Le gouvernement du Québec, par l’entremise de Ressources Québec, détient 35 % des droits de cette société en commandite.

Alexandre Gagnon s’inquiète toutefois de l’« ingérence » politique dans ce dossier. Il a ainsi dit redouter que le certificat d’autorisation soit refusé, et ce, même si la demande respecte selon lui « les critères objectifs et précis » fixés par le gouvernement. Et contrairement à Philippe Couillard, le dirigeant de Pétrolia estime que les forages à venir peuvent aller de pair avec la protection de l’environnement.

Recours juridiques

La pétrolière n’exclut d’ailleurs pas de recourir aux tribunaux pour obtenir gain de cause dans le dossier. « Nous ne l’excluons pas », a simplement admis M. Gagnon après s’être fait poser la question à plusieurs reprises au cours de sa conférence de presse.

Pour le moment, il invite toutefois le gouvernement au dialogue. « On tend la main au premier ministre pour tenter de savoir quel est son point de vue ou son orientation. » En soi, une rencontre constituerait une avancée, selon Pétrolia, qui a dit lundi que les canaux de communication avec Québec sont tout simplement coupés, et ce, depuis le sommet de Paris. L’entreprise a pourtant affirmé avoir demandé une telle rencontre à plusieurs reprises depuis deux mois.

À Saint-Félicien, en point de presse lundi, le premier ministre a une fois de plus pris ses distances du projet. Il a réaffirmé que c’était « une erreur grave d’avoir engagé des fonds publics [dans ce projet] et signé un contrat alors que ces questions-là [sur la fracturation hydraulique] n’étaient pas éclaircies ».

Au cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, on a néanmoins indiqué lundi que pour le moment, « le programme se poursuit tel que prévu ».

La Coalition Avenir Québec a par ailleurs annoncé son intention de déposer une motion pour forcer le gouvernement à respecter le contrat signé avec Pétrolia.

Travaux à venir

Selon M. Gagnon, la volte-face du gouvernement Couillard est d’autant plus surprenante que les travaux menés jusqu’à présent, et financés majoritairement par l’État québécois, auraient permis d’identifier un potentiel pétrolier « substantiel » qui permet d’envisager les travaux à venir avec « un haut niveau d’optimisme ».

Pétrolia souhaite donc « aller au bout du contrat ». Selon ce qui a été précisé lundi, 24 millions de dollars ont déjà été injectés dans les travaux menés en 2014 et 2015 sur l’île. Selon l’agenda d’Hydrocarbures Anticosti, les forages avec fracturation pourraient porter la note à 55 ou 60 millions.

Il est aussi prévu de mener des travaux après 2016, pour un coût oscillant entre 40 et 45 millions de dollars. On évoque des « travaux supplémentaires » ou le démarrage de l’exploitation commerciale. Dans ce cas, l’industrie s’implanterait dès 2020. Dans ce cas, il faudrait débourser plusieurs milliards de dollars pour développer les infrastructures nécessaires. L’exploitation de pétrole et de gaz de schiste pourrait se poursuivre jusqu’en 2100.

Le gouvernement a toutefois lancé une évaluation environnementale stratégique (EES) pour l’île. Certaines de ces études mettent en lumière des risques financiers et environnementaux significatifs liés à l’exploitation de pétrole et de gaz sur l’île d’Anticosti, dont le potentiel demeure pour le moment hypothétique.

Une étude démontre ainsi que le coût de production du pétrole pourrait dépasser les 95,50 $ par baril. Une autre prévient que le développement de l’industrie des énergies fossiles risque de « contribuer de façon importante » à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Tout cela alors que le gouvernement Couillard affirme vouloir réduire significativement les émissions de la province, au nom de la lutte contre les changements climatiques.

27 commentaires
  • Sylvain Bolduc - Abonné 15 février 2016 16 h 27

    Exploration vs. Exploitation

    Il faut bien faire la distinction entre les 2 étapes. Le PM nous fait peur ici avec des données pouvant résultées de l'exploitation maximale alors qu'ici Petrolia parle de 3 forages d'exploration.

    NUANCE

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2016 08 h 23

      Regardons les résultats des puits déjà creusés avec fracturation ailleurs au Québec. Ils perdent tous du gaz; aucun n’est étanche. 3 de plus ne nous démontrera que ce que nous savons déjà : Le problème n'est pas la technologie, le problème est la Terre. Et nous nous préparons à envahir la Gaspésie de ces champs de mines. Regardons plus loin que le bout de notre nez.

      PL

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2016 08 h 45

      Si ces trois trous prouvent hors de tout doute, par études et BAPE, que l'exploitation par fracturation n'est pas un modèle sécure, je suis tout à fait pour. Qu'on n'en finisse de ce débat et qu’on promulgue le moratoire «éternel» sur tout notre territoire. Nos gouvernements ont été trop vacillants sur celui-ci. Les «promoteurs» trouvent encore des failles (ils sont fort là-dessus, c’est leur job de trouver des failles).

      PL

  • Gilbert Troutet - Abonné 15 février 2016 17 h 13

    Une suite d'erreurs

    La première erreur, sous Jean Charest, a été de céder les droits d'exploitation à des compagnies privées, en catimini et pour une bouchée de pain, ce qui avait été dénoncé comme « le vol du siècle ». Le gouvernement Marois n'a été guère plus éclairé en signant ensuite des contrats avec les compagnies en question. Que Philippe Couillard essaie de réparer ces erreurs, c'est à mettre à son crédit.

    Leçon à tirer : voilà ce qui arrrive quand vous avez des lobbyistes dans l'antichambre du gouvernement, à vous faire croire au pactole. Ce sont les mêmes qui essaient de nous vendre aujourd'hui le pipeline Énergie-Est, toujours par la porte dérobée.

    • Donald Bordeleau - Abonné 16 février 2016 18 h 22

      Ce n'est que de l'exploration pour vérifier l'importance de la ressource.

      Monsieur Couillard ne tirera pas la plogue pour Anticosti, ceci serait contraire au Plan Nord et aussi à sa Stratégie St-Laurent.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 15 février 2016 17 h 31

    On les voit venir de loin avec leurs gros sabots.

    Ce que veut Petrolia c est une compensation monetaire que Couillard leur donnera et bon prince il pourra accepter l horrible pipeline pour plaire au ROC,Donc sauver les chevreuils et empoissonner l eau des quebecois.Tres bon "deal".C est parfait.On se fait baiser des deux bords. J-P.Grise

    • Jean-Luc Pinard - Abonné 18 février 2016 10 h 08

      Tout-à-fait d'accord avec vous.

      Ça doit être la fête chez Petrolia, alors que les perspectives de rentabilité de ce projet étaient à leur plus bas: une belle subvention déguisée sous la forme d'indemnisation pour bris de contrat, appuyée à 100% par deux chefs d'opposition qui ont joué à profusion la même valse, pour ajouter de l'eau au moulin : une belle unanimité. Ça sent la collusion et la complicité.
      Un peu d'entêtement chez M. Couillard et quelques bonnes firmes d'amis avocats prendront aussi leur juste part.
      Pour enrichir certains intérêts particuliers, on a un gouvernement des plus efficaces.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 février 2016 19 h 02

    Détestation

    J'ai de la détestation des gens, politiciens ou autres, qui brisent des contrats.

    (M Couillard quant à lui aime bien utiliser abusivement ce mot de détestation pour l'appliquer aux 40 % de souverainistes québécois.)

    Dans une société de droit, un contrat doit être respecté, qu'il soit respectable ou non, à moins qu'il n'y ait eu vice de formulation ou de consentement dans le contrat québécois.

    • Carmen Labelle - Abonnée 16 février 2016 19 h 54

      quand il s'avère que c'est nuisible et que les cours du pétrole ont changé, au contraire c'est judicieux. Et ll y a des clauses échappatires dans ce contrat. D'autre part, je n'ai aucune sympathie pour des industries qui jouent du lobby et de la manipulation d'opinion à tour de bras!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2016 08 h 26

      «consentement dans le contrat québécois»
      La fracturation est interdite partout au Québec. C'est dans la Loi. Donc... soutenir cette Loi est «légal».

      PL

  • Michel Lebel - Abonné 15 février 2016 22 h 48

    En attente...

    Si je saisis bien la question, l'exécution du contrat lui-même est lié à l'obtention d'un certificat permettant la fracturation hydraulique. Avant de crier au loup, attendons de savoir si le certificat est accordé. Que les fonctionnaires ou les agences pertinentes fassent objectivement leur job, sans écouter les Pierre jean jacques et Philippe...

    M.L.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2016 08 h 34

      Sommes-nous prêt à lever le moratoire sur la fracturation sur notre territoire ? Là est «la» question. Une fois la porte ouverte, nous ne pourrons plus la fermer... nulle part. La décision appartient justement à Pierre, Jean et Jacques, Pierrette, Jeanne et Jacqueline et j’ai souvenance que ceux-ci ont déjà «répondu». La «mémoire» est une très bonne chose.

      PL