Eau potable: un expert montre du doigt les stations d’épuration

Les tares des stations d’épuration de Stoneham et de Tewkesbury contribuent à répandre du phosphore dans le lac Saint-Charles.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les tares des stations d’épuration de Stoneham et de Tewkesbury contribuent à répandre du phosphore dans le lac Saint-Charles.

Pour sauver le lac Saint-Charles, la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) devrait s’attaquer en priorité aux problèmes des stations d’épuration de Lac-Delage et de Stoneham, plaide l’expert en santé des lacs, Richard Carignan.

« Nos stations d’épuration d’eaux usées, surtout les petites, sont loin d’être idéales pour arrêter le phosphore et l’azote. Moi, si j’avais à choisir entre une fosse septique et des stations d’épuration à la technologie actuelle comme il y a à Tewkesbury et Stoneham, je prendrais la fosse septique. Je pense que la fosse septique arrête plus que les stations d’épuration », explique M. Carignan.

La CMQ prépare actuellement un plan d’action pour restaurer la santé du lac Saint-Charles qui approvisionne environ 300 000 résidants de Québec en eau potable. Ces dernières années, les apports en phosphore et en azote ont rempli le lac de plantes aquatiques et sa santé s’est rapidement détériorée.

On a beaucoup entendu parler du moratoire pour freiner l’étalement urbain et ensuite raccorder les maisons dotées de fosses septiques à des réseaux d’égouts. Toutefois, le projet de la CMQ vise aussi à moderniser les stations d’épuration.

C’est peut-être l’action la plus importante, selon M. Carignan. L’idée de raccorder des résidences aux égouts est bonne, dit-il. Or l’impact serait limité si la station d’épuration où transitent ces égouts n’était pas à niveau. « C’est assez reconnu que les stations d’épuration québécoises sont pas mal en retard. »

Un problème bien connu

Basé à l’Université de Montréal, ce biologiste se spécialise dans l’étude des plantes aquatiques comme celles qui ont envahi le lac Saint-Charles ces dernières années.

Ses recherches portent surtout sur la contamination des lacs de villégiature dans les Laurentides. Or, l’an dernier, c’est à lui que la CMQ avait confié le soin d’évaluer les études de l’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL).

Dans ses conclusions, l’APEL recommandait entre autres d’« optimiser la performance des stations d’épuration des eaux usées de Lac-Delage et de Stoneham-et-Tewkesbury, notamment en ce qui a trait aux traitements tertiaires destinés à éliminer l’azote et le phosphore des effluents ».

Les « traitements tertiaires » sont ceux qui permettent d’enlever le phosphore, explique le professeur Carignan. « Au Québec, les stations sont de niveau primaire ou tertiaire alors que les tertiaires sont la norme partout ailleurs », déplore-t-il.

Les tares des stations d’épuration de Stoneham et de Tewkesbury sont bien connues et on sait depuis des années qu’elles contribuent à répandre du phosphore dans le lac Saint-Charles.

Les deux municipalités doivent rénover les stations d’ici la fin de l’année si elles souhaitent se conformer aux nouvelles normes du ministère du Développement durable. Or, un différend persiste quant au paiement de la facture estimée à 2,4 millions de dollars.

Dans le passé, les deux villes ont plaidé que le gouvernement devait subventionner les projets puisque c’est lui qui a édicté les nouvelles normes. Or, l’an dernier, le ministère des Affaires municipales avait rejeté leur demande en invoquant le contexte d’austérité.

L’étude produite par l’APEL en 2012 soutient que les rejets de l’usine de Lac-Delage respectaient les normes de l’époque, mais que les concentrations en PT et en azote restent toutefois « importantes » en « considérant que ces eaux se jettent dans un lac jugé prioritaire et démontrant déjà des signes d’eutrophisation accélérée ». On signalait en outre que la performance de l’usine d’épuration était moins bonne que l’année précédente.

6 commentaires
  • Carl Grenier - Inscrit 13 février 2016 07 h 12

    Stoneham-Tewkesbury: une municipalité, deux réalités

    Il n'y a qu'une station d'épuration pour la municipalité de Stoneham-et-Tewkesbury, et elle ne dessert que des résidents du secteur 'Stoneham', tous situés dans le bassin versant du Lac St-Charles, source d'eau potable de la ville de Québec. Aucun résident du secteur 'Tewkesbury' n'est raccordé au réseau d'égouts de Stoneham-et-Tewkesbury, et ils sont pour leur écrasante majorité situés dans le bassin versant de la rivière Jacques-Cartier, et ne peuvent donc contribuer, malgré toute leur bonne volonté, à polluer le lac St-Charles. Les poissons (truite mouchetée, truite arc-en-ciel, saumon, ouitouche, etc) qui pullulent dans la Jacques-Cartier n'ont pas l'air de souffrir trop de nos fosses septiques, mais je suis quant à moi très sceptique de l'expertise de M. Carignan, et surtout, de la diligence de Mme Porter telle que manifestée dans cet article.

  • Benoit Thibault - Abonné 13 février 2016 09 h 40

    Le phosphate des savons ?

    Je me questionne encore pourquoi aujourdhui en 2016, les savons avec phosphates ne sont tout simplement t'ils pas interdit de vente au Québec.

    On s'apprète à légiférer pour les sacs de plastique, alors pourquoi pas les phosphates!

    On s'attaquerait assez efficacemement à au moins une des sources du problème et pas seulement au Lac St-Charles.

    • Romain Jalbert - Abonné 14 février 2016 07 h 16

      La source la plus importante de phosphore, dans les eaux usées domestiques, vient des matières fécales. Difficile de réduire celle-ci à la source !

    • Jean-Yves Arès - Abonné 14 février 2016 11 h 25

      Les choses s'améliorent.

      Depuis 2010 la règlementation a divisé par 4 la concentration permise.

      Et évidemment le consommateur peut faire sa part aussi par ses choix.

      Petit documment ici qui brosse le portrait de la nouvelle règlementation et des choix possibles pour le public.
      http://lacmondor.com/pdf/savons_phosphates.pdf

    • Benoit Thibault - Abonné 15 février 2016 18 h 35

      Merci M. Arès pour la référence. Elle est une excellente source d'information notamment sur la comparaison de ce qu'il y a sur le marché.

      Je me demande quand même pourquoi ne pas tout simplement les interdires ces phosphates! De fil en aiguille cela ferait toujours bien cela de moins et peut-être que d'autres communautés, provinces, etc. emboiterait le pas.

  • Pierre-Jules Lavigne - Inscrit 13 février 2016 20 h 39

    Le chiffre de 100 millions avancé par M. Labeaume mérite d'être confronté à diverses options afin de recevoir "l'acceptabilité social " des payeurs de tx du bassin versant de la St-Charles qui furent autorisés à aménager des fosses septiques et champs d'épuration. Est-ce que la mise à niveau des stations d'épuration existantes éliminera les sels de déglaçage et hydrocarbures répandus sur les immenses autoroutes et boulevards ? Est-ce que d'autres sources d'eau peuvent être mise à contribution afin de réduire l'immense apport annuel en phosphore et azote généré par les milliers de tonnes de plantes aquatiques des marais de cette réserve créé par le rehaussement du niveau naturel du lac St-Charles? Le barrage ne fut-il pas la première source de détérioration de la qualité de l'eau et retenons que son action est permanente. Une baisse du niveau de cette réserve est intrinséquement liée à l'amélioration de la situation! Moultes réflexions sont à établir afin de fixer l'attention sur les seules fosses septiques. Une épreuve des faits est à réaliser afin de déterminer s'il y a des solutions aussi efficaces et moins lourdes pour les payeurs de taxes.