Québec ne prévoit pas de nouvelles opérations de décontamination

La rivière Chaudière a été contaminée à la suite du déversement de pétrole survenu à Lac-Mégantic en 2013. 
Photo: Tony Webster / CC La rivière Chaudière a été contaminée à la suite du déversement de pétrole survenu à Lac-Mégantic en 2013. 

Le gouvernement du Québec ne prévoit pas, pour le moment, de mener de nouvelles opérations de nettoyage dans la rivière Chaudière, contaminée à la suite du déversement de pétrole survenu à Lac-Mégantic en 2013. Un récent rapport d’experts du ministère de l’Environnement soulignait pourtant qu’il serait « souhaitable » de mener de tels travaux.

« Le Comité expert étudie les actions qui peuvent être prises dans les zones problématiques, incluant le nettoyage », a indiqué par écrit le ministère, en réponse aux questions du Devoir.

« Ces actions doivent être envisagées en fonction du meilleur bénéfice environnemental net, c’est-à-dire que les actions prises, telles que l’utilisation de machinerie lourde dans des secteurs sensibles, ne doivent pas être plus dommageables que la situation que l’on cherche à améliorer », a-t-on précisé.

Dans son plus récent rapport, basé sur des données de 2014, le comité expert chargé du suivi de la pollution pétrolière dans la rivière Chaudière soulignait que la contamination a diminué, mais qu’« il reste toutefois desendroits, dans les 15 premiers kilomètres de la rivière, où les teneurs excèdent les critères ». Les scientifiques ont aussi noté que « les sédiments du lac Mégantic, devant le parc des Vétérans et près de la marina, sont contaminés par les hydrocarbures pétroliers et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ».

Une autre étude a mis en évidence « un risque écotoxicologique » lié à cette présence de pétrole et de HAP, des composés reconnus pour leur forte toxicité. Des essais menés en laboratoire ont mis en lumière des impacts sur les poissons. Des échantillonnages ont aussi permis de constater de sérieuses anomalies, dont des déformations et des lésions, chez presque toutes les espèces de poissons.

Le rapport soulignait donc qu’il serait « souhaitable » de décontaminer les zones les plus polluées. De telles opérations, très coûteuses, ont certes été menées, mais sur une très petite portion de la rivière.

Le ministère de l’Environnement a par ailleurs indiqué qu’un suivi de la santé de la rivière sera réalisé cette année. On prévoit notamment un suivi de la contamination des sédiments, et ce, dans différents secteurs du cours d’eau, qui se jette dans le Saint-Laurent.

« Il y aura aussi un suivi de la communauté de poissons. Ce suivi permettra d’étudier l’impact à plus long terme d’une exposition aux sédiments contaminés », a ajouté le ministère. Un suivi a aussi eu lieu en 2015. Le rapport du comité expert « devrait être disponible dans les mois à venir ».

Au moins 100 000 litres de pétrole brut se sont déversés dans la rivière Chaudière, dans la foulée de la tragédie de Lac-Mégantic.

4 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 13 février 2016 10 h 25

    Le déni

    Ici on nage en plein déni. Le député du comté malgré l'hécatombe faunique a déclaré qu'il n'y avait rien là. Imagions maintenant un désatre à grande échelle avec un pipeline qui traversera les terres agricoles et des centines de lacs et rivières. Il ne faut pas s'en faire, ce même député et son gouvernement veillent au grain.

  • Tim Yeatman - Abonné 13 février 2016 11 h 46

    Aveuglement d'une vision à court terme

    À cause de l'immobilisme et le manque de volonté politique de faire le nécessaire, encore plus de produits toxiques vont s'insinuer dans la chaîne alimentaire dont l'être humain est le dernier chaînon, donc l'organisme qui en consommera davantage. C'est comme si les décideurs et les fonctionnaires vivaient sur une autre planète que nous. On s'étonnera ensuite de la lourdeur du système de santé et sa part de plus en plus grande dans le budget!

    Johanne Dion
    Richelieu, Qc

  • Raymond Chalifoux - Abonné 13 février 2016 16 h 09

    "... la communauté de poissons."

    Ici, à St-Ludger-de-Frontenac, à 25km en aval du Lac Mégantic, en Beauce-Sud, justement là où l'austérité autoproclamée empêche ces sacrés "couillards de serreurs de vis budgétaires" de nettoyer..., les "poissons", on sait que c'est nous autres, les citoyens...

    Car de toute façon, les poissons de la Chaudière, nous, depuis juillet 2013, je puis vous dire qu'on les cherche... Et ça inclus les truites qui avaient été ensemencées...

    Je n'ai donc pas la moindre difficulté à imaginer comment vont se solder les futurs fuites du gros boudin d'Énergie Est, car un pipeline sans déversement, tous savent que ça n'existe pas, point à la ligne.

    Il faudrait donc élargir la définition de « crime contre l’humanité », car à la lumière de ce que se sont permis, entre autres, les élus du Michigan et de la ville de Flint, il y a des poursuites, des condamnations, et des incarcérations qui se perdent! Il y a toujours bien une maudite limite à l’impunité, sac-à-papier!

    En Louisianne, suite au massacre qu'a constitué l'incident BP dans le Gollf du Mexique en 2010, les locaux se sont quasiment tus et l'un deux m'a expliqué qu'il y a tellement de gens qui travaillent là-bas pour les pétrolières et à d'excellents salaires, qu'il y avait pour eux une limite à faire des.. "vagues visqueuses", si je puis m'exprimer ainsi.. Mais ici, les retombées économiques seront ridicules, quasi nulles! Et il nous faudrait accepter ça?

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 15 février 2016 06 h 52

      Vous avez raison. Ironiquement maintenant, faisons en sorte que les industries de l'avenir soient celles du nettoyage superficiel et payant des lieux gravement endommagés par une fuite pétrolière et d'embouteillage d'eau potable. Toujours ironiquement, investissons collectivement dans des entreprises comme Sanivan, ne finançons pas les recherches et enquêtes dont les conclusions pourraient déplaire aux politiciens et lobbystes bitumineux et pétroliers, ne permettons pas aux organismes environnementaux susceptibles de poursuivre le gouvernement de donner des recus fiscaux comme organismes de charité, délaissons la voie judiciaire et surtout, dans tous les médias, qualifions publiquement les personnes démocrates et pacifiques refusant passionnément qu'on détériore l'environnement d'idéologues dépassés, de malheureux objecteurs de conscience, d'activistes, d'environnementaliste, au pire d'extrémistes. Alors, tout ira mieux.