Vancouver dit non à un projet de pipeline moins ambitieux qu’Énergie Est

Le projet Trans Mountain prévoit la construction d’un pipeline qui permettrait de faire passer la capacité quotidienne de transport de pétrole albertain de 300 000 à 890 000 barils.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le projet Trans Mountain prévoit la construction d’un pipeline qui permettrait de faire passer la capacité quotidienne de transport de pétrole albertain de 300 000 à 890 000 barils.

À l’instar du gouvernement de la Colombie-Britannique, la Ville de Vancouver a décidé de s’opposer fermement au projet de pipeline d’exportation Trans Mountain, qui doit permettre de transporter du pétrole albertain vers la côte ouest. Un geste qui n’a pas provoqué de tollé contrairement au refus d’Énergie Est par les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Au terme d’une évaluation de deux ans du projet d’expansion du transport de pétrole brut de la pétrolière Kinder Morgan, Vancouver a demandé vendredi dernier à l’Office national de l’énergie (ONE) « de ne pas recommander l’approbation » du projet au gouvernement Trudeau.

Le projet Trans Mountain prévoit la construction d’un pipeline qui permettrait de faire passer la capacité quotidienne de transport de pétrole albertain de 300 000 à 890 000 barils. Ce projet est donc moins ambitieux que le projet Énergie Est, de TransCanada. Il est aussi moins long, puisque le pipeline aurait une longueur d’environ 1000 kilomètres, contre 4600 kilomètres pour Énergie Est.

Arguments similaires

Fait à noter, plusieurs des arguments évoqués par la grande ville de la côte ouest canadienne rejoignent ceux soulevés par la Communauté métropolitaine de Montréal. Le plaidoyer livré devant les commissaires de l’ONE fait ainsi état des « risques » liés à un déversement de pétrole des sables bitumineux pour les cours d’eau traversés par le futur pipeline.

Ce projet signifierait également une augmentation significative du trafic de pétroliers dans le secteur de Vancouver. La Ville insiste d’ailleurs sur les risques qui seraient assumés par les autorités municipales et les citoyens en cas de déversement, faisant valoir que les retombées économiques ne font pas le poids face à ces risques.

Selon ce qu’a également souligné l’avocat représentant Vancouver lors des plaidoiries finales devant l’Office national de l’énergie, John Hunter, Kinder Morgan n’a pas suffisamment collaboré avec la Ville, en plus de ne pas la rassurer quant aux risques environnementaux de son projet. Un aspect soulevé également par le président de la CMM, Denis Coderre, qui a carrément accusé TransCanada d’être « arrogante » dans sa gestion du projet Énergie Est. La pétrolière n’a pas participé aux audiences de la CMM.

Aucun tollé

Toujours à l’instar de la CMM, Vancouver a avancé la nécessité de tenir compte de la lutte contre les bouleversements climatiques. Dans ce contexte, elle estime que « les niveaux de production des sables bitumineux vont bientôt plafonner, pour ensuite décliner ». La Ville en conclut qu’il n’est donc pas nécessaire d’accroître la capacité de transport par pipeline.

Vancouver a enfin souligné les résultats d’un sondage mené auprès de 5000 personnes et qui indique que 80 % des répondants s’opposent au projet de Kinder Morgan. Un tel sondage a été mené par la CMM à l’automne 2015. Quelque 94 % des 4000 répondants ont rejeté le projet.

Cette prise de position de Vancouver n’a pas provoqué de levée de boucliers des partisans des sables bitumineux, contrairement au flot de critiques adressées à Montréal et au Québec dans la foulée du refus d’Énergie Est par la CMM. Le refus du projet de Kinder Morgan par la Colombie-Britannique, il y a quelques semaines, n’a pas non plus provoqué de tollé.

« Il est difficile de ne pas voir là une logique de “deux poids deux mesures”, souligne le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault. Les constats sont pourtant similaires à bien des égards. Qui plus est, la Colombie-Britannique a dit non à deux projets de pipelines. »

Le train ou le pipeline ?

Le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, estime qu’il est faux de présenter le pipeline Énergie Est comme une solution de remplacement au transport de pétrole par train. L’argument, mis en avant par les partisans du projet, qui évoquent parfois la tragédie de Lac-Mégantic pour souligner les risques des wagons-citernes, ne serait tout simplement pas valable.

« La réalité, c’est que malgré l’augmentation du transport de pétrole par train, le rail ne peut transporter qu’une fraction de ce qui est transporté par pipeline », affirme M. Guilbeault. Le pipeline de TransCanada est donc, selon lui, essentiellement conçu dans le but de faciliter la croissance de la production des sables bitumineux.

Pour « remplacer » Énergie Est, il faudrait faire circuler chaque jour pas moins de 1570 wagons de pétrole vers le Nouveau-Brunswick, sur le réseau ferroviaire du Québec. Une telle hypothèse est techniquement impossible. D’autant plus qu’il faudrait aussi ramener chaque jour autant de wagons vers l’Alberta.
12 commentaires
  • Jean Pierre Pageau - Abonné 9 février 2016 06 h 13

    ................mais ils sont fous ces Colombiens, comme les québécois et les Yankees .

  • Claire Lavigne - Inscrite 9 février 2016 08 h 07

    S.V.P. Expliquez-moi!

    Tout simplement, Messieurs Couillard et Justin T. éclairez-moi même si je suis une lanterne!!!

  • Yves Petit - Inscrit 9 février 2016 08 h 07

    Quel diamètre?

    Les compagnies de pipelines ne parlent pas du diamètre de leurs pipeline car les gens savent généralement apprécier la différence entre un tuyau de 12 pouces et un de 42 pouces. Mais pourquoi diable M. Shields ne parle-t-il pas?

    Ce projet "Trans Mountain" comporterait 859 kilomètres de 36 pouces et 121 kilomètres de 42". Ce sont de très gros pipelines qui peuvent causer de très gros dégats lors d'une rupture.

    Quant à Énergie Est il aurait 42 pouces de diamètre ce qui en ferait un des plus gros pipelines au monde. Il faut le dire.
    http://www.transmountain.com/uploads/pages/1417801

    • Luc Falardeau - Abonné 9 février 2016 10 h 32

      Curieusement TransCanada prévoit que la branche d'Énergie Est vers Montréal aura aussi 42 pouces de diamètre, un diamètre égal à celui de la conduite principale...

      Pourquoi un si gros diamètre pour ce qui n'est qu'une branche ?

      Prévoit-on traverser le fleuve à Montréal au cas ou la traversée du fleuve à Québec ne soit pas faisable ? ... Prévoit-on un port d'exportation majeur par pétroliers à Montréal-Est ? ... Prévoit-on construire une nouvelle raffinerie à Montréal-Est ?

    • Yves Petit - Inscrit 9 février 2016 15 h 23

      Luc, je suppose que si le branchement est aussi de 42", c'est qu'ils prévoient, pour une raison quelconque, d'avoir à pomper dans la conduite principale à partir de cet embranchement.

      Étant donné la difficulté de faire approuver un tel projet, ils veulent que ce système de pipeline soit le plus polyvalent possible...mais ça ils ne le diront pas, vous savez le pétrole ce n'est pas transparent, pas comme les porte-parole de Trans-Canada.

    • Luc Falardeau - Abonné 9 février 2016 17 h 04

      Mon point est que la branche de 42" de diamètre vers Montréal est trop grosse pour alimenter uniquement la raffinerie Suncor d'une capacité de 140 000 barils par jour. J'en déduis qu'on nous cache des projets d'expansion à Montréal (raffinage, exportation par navires et trains ou changement de traçé principal).

      La capacité de la ligne principale de 42" de diamètre est de 1 100 000 barils par jour. En faisant le calcul, basé sur la même vitesse d'écoulement, un diamètre de 15" serait suffisant pour alimenter 140 000 barils par jour à la raffinerie Suncor.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 février 2016 18 h 49

      Monsieur Falardeau,

      vous soulevez un excellent point. Il est fort probable que TransCanada ait des projets alternatifs pour faire avaler la pilule. Une raffinerie génératrice d'emplois et de revenus pour le Québec est de l'ordre du possible, mais sa présence ne se justifie pas, Suncor à Montréal, aussi Shell en démantèlement et Valero à Québec suffisent.

      Une autre raffinerie transformerait le sale pétrole en pétrole plus propre pour exportation. Du coup, Irving y perdrait au compte et Valero devrait fermer ses portes. Aussi, ce scénario, qui n'est qu'un scénario, m'apparaît une attrape-nigaud.

  • Jacques Morissette - Inscrit 9 février 2016 09 h 08

    Une population qui ne veut plus croire naïvement ce qui est dit ou promis.

    La population de la Colombie-Britannique ne ressent pas le besoin, c'est à souhaiter, d'écouter ceux pour qui l'argent n'a pas d'odeur.

  • Alain Lavallée - Inscrit 9 février 2016 11 h 13

    Deux projets et Québec bashing ?

    Et bien on attend les réactions du Canada anglais.
    Le 11 janvier le gouv. de BC a dit NON à ce pipeline et pas de réaction négative au Canada anglais.
    Là c'est la ville de Vancouver... on attend les réactions du Canada anglais....
    car ces derniers ont fait beaucoup de bruit suite au rapport de la CMM, soutenu par 82 maires de la région.
    deux poids , deux mesures ?

    • Hélène Boily - Abonnée 9 février 2016 15 h 28

      Les Vancouverois ne peuvent, eux, se faire accuser d'être contre L'Unité Canadienne.

    • Luc Falardeau - Abonné 9 février 2016 17 h 47

      Hélène, je suis d'accord... Les relations Alberta-Colombie-Britanique sont plus respectueuses que les relations Alberta-Québec, parce qu'il est plus facile pour les albertains de taper sur le Québec (un voisin éloigné francophone avec lequel ils ont peu de contact et d'affinité) que sur leur voisin immédiat avec lequel ils partagent de multiples intérêts.

      En temps normal, les albertains se foutent du Québec... La dernière fois qu'ils se sont montré intéressé au Québec était au référendum de 1996 avec leur déclaration d'amour factice. On voit bien aujourd'hui pourquoi.