Couillard entend «tout faire» pour éviter la poursuite des forages

L’île d’Anticosti, où Pétrolia doit mener des forages avec fracturation, est le refuge d’environ 160 espèces d’oiseaux, dont la bernache du Canada, qui y arrête lors de sa migration.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir L’île d’Anticosti, où Pétrolia doit mener des forages avec fracturation, est le refuge d’environ 160 espèces d’oiseaux, dont la bernache du Canada, qui y arrête lors de sa migration.

Après cinq années de débats et de spéculations sur une éventuelle exploitation de pétrole de schiste sur l’île d’Anticosti, le gouvernement du Québec est visiblement sur le point de mettre un terme au projet d’exploration en cours, selon ce qui se dégage des propos tenus vendredi par le premier ministre, Philippe Couillard.
 

Questionné à plusieurs reprises sur ses intentions par rapport aux forages avec fracturation prévus cette année sur la plus grande île de la province, M. Couillard a en effet été très affirmatif. « La porte n’est même pas un peu entrebâillée. [L’ouverture] est minime, et je voudrais tout faire pour éviter de soumettre un milieu insulaire comme Anticosti à la fracturation hydraulique », a-t-il affirmé au cours du point de presse tenu à la sortie du caucus présessionnel des libéraux.

 

Est-ce que le gouvernement pourrait permettre ces forages, sachant que cette étape est inscrite dans l’entente signée par Québec avec les entreprises Pétrolia et Corridor Resources ? « Le coefficient de difficulté pour passer à cette étape est extrêmement élevé et dépendra en grande partie du résultat des études hydrogéologiques qui seront bientôt publiées », a dit le premier ministre.

Selon lui, les ressources en eau de l’île sont « critiques » pour ce « milieu naturel fragile ». « Ce qui est absolument terrible, c’est d’avoir permis la fracturation hydraulique sur une île située dans le golfe du Saint-Laurent sans étude environnementale préalable », a-t-il insisté.

 

« Jamais un gouvernement libéral n’aurait autorisé un programme de fracturation sur l’île d’Anticosti sans évaluation environnementale préalable », a-t-il ajouté, tout en répétant que l’ex-premier ministre Jean Charest « n’aurait jamais autorisé quelque chose de semblable ».

C’est tout de même sous le règne de Jean Charest que le gouvernement a autorisé des entreprises gazières à mener des forages avec fracturation dans la vallée du Saint-Laurent, à la recherche de gaz de schiste. Ces opérations, menées sans évaluation environnementale, sans consultation de la population et sans encadrement légal spécifique, ont par la suite provoqué un tollé.
 

L’« illusion » pétrolière

Le chef libéral a en outre réaffirmé son appui aux projets d’exploration pétrolière qui se développent ailleurs au Québec, notamment en Gaspésie. Dans le cas du projet Haldimand de Pétrolia, situé à Gaspé, les citoyens n’en sont pas moins divisés sur la question. La Ville réclame même un BAPE sur le projet, ce que lui refuse le gouvernement Couillard.

 

« Notre gouvernement n’a pas de préjugé favorable envers le pétrole, a toutefois souligné vendredi M. Couillard. L’avenir du Québec, ce n’est pas là que nous allons le trouver. L’avenir du Québec est dans notre eau, nos ressources renouvelables et notre capacité d’innover. » Il estime d’ailleurs qu’une éventuelle production pétrolière serait « marginale » par rapport aux besoins de la province.

 

« Il ne faut pas succomber à cette illusion que se précipiter dans les combustibles fossiles va nous assurer la prospérité, alors que nous serions en contradiction avec nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre. »


Il est vrai que dans le cas d’Anticosti, l’exploitation pourrait s’étendre de 2020 à 2095, selon les prévisions établies dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) menée pour l’île. Or, le gouvernement Couillard s’est fixé comme objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre du Québec de 80 % à 95 % d’ici 2050, sous les niveaux de 1990.

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a d’ailleurs esquissé vendredi des perspectives limitées pour la production sur l’île, en raison des engagements du Québec à réduire les gaz à effets de serre. « L’accroissement de la production se produirait en 2040, alors qu’en 2050 on doit réduire nos gaz à effet de serre de 80 %, a-t-il dit. Est-ce que vous pensez que ça peut avoir beaucoup de sens ? »

Malgré les propos sans équivoque du gouvernement, le président-directeur général de Pétrolia, Alexandre Gagnon, a affirmé que l’échéancier prévu est toujours en vigueur. « Nous restons concentrés sur les prochaines étapes dûment prévues aux ententes qui ont été signées de bonne foi entre les parties », a-t-il écrit dans un courriel.

Alors que les libéraux se sont dissociés vendredi des pourparlers qui ont mené à la création par les péquistes d’Hydrocarbures Anticosti, M. Gagnon a maintenu que les discussions ont commencé quand les libéraux étaient au pouvoir.

Une étude menée dans le cadre de l’EES du gouvernement pour évaluer les besoins en eau estime que chaque forage consommerait près de 22 millions de litres d’eau. Plusieurs composés jugés « toxiques » sont ajoutés à cette eau de fracturation, rappelle une étude environnementale gouvernementale produite dans le cadre de l’EES.

Pour extraire ces hypothétiques ressources, les investissements en exploitation et en infrastructures seraient majeurs. L’étude Avantages et désavantages concurrentiels de l’exploitation des hydrocarbures au Québec, menée par le Canadian Energy Research Institute, soulève carrément des questions sur la rentabilité de l’exploitation. Le document souligne ainsi que le coût de production du pétrole pourrait dépasser les 95,50 $ par baril, ce qui rendrait l’extraction tout simplement non rentable.
27 commentaires
  • Jean-Yves Verreault - Abonné 5 février 2016 15 h 25

    Il est bien évident pour le bon docteur qu'une idée qui ne vient pas de lui ne peut
    être bonne. Comme il est évident aussi que 5 jours avant l'élection de 2012 son actuel ministre des transports, Jacques Daoust, signe des lettres d'entente pour
    l'exploration à Anticosti sans évidemment qu'il y ait une petite pression politique du gouvernement Charest! Dr. Économie ne voit pas non plus l'impact négatif que son attitude peut avoir sur les investisseurs potentiels dans l'économie québécoise lorsque le gouvernement libéral actuel proposerait des partenariats. Plus je le regarde aller plus je me demande si son séjour en Arabie Saoudite,paradis de la démoctatie s'il en est un, l'a changé au point ou on devrait maintenant l'appeler Sheik Couillard!

    • Robert Beauchamp - Abonné 5 février 2016 17 h 04

      De plus le nouveau PDG d'Hydro Québec annonce que les revenus ne sont pas au rendez-vous et songe à des fusions et acquisitions? Quoi! FUSIONS? Cela annonce-t-il qu'Hydro devra privatiser une partie de ses activités pour les fusionner à une entreprises à actions? et le tour est joué pour enclencher une privatisation d'Hydro? En effet le Sheik Couillard partage une forme de gouvernement moyennageuse pour imposer une vision idéologique de gouvernance et le bon peuple n'a qu'à subir pour son bien.

    • Robert Beauchamp - Abonné 5 février 2016 17 h 23

      Prêt à renier sa signature devant Pétrolia mais il s'écrase devant Lowe's. Fort devant les petits mais s'esquive devant les plus gros. Coupe le soutien aux petites gens mais subventionne les gros. Sa génération et lui-même ont pu bénéficier de formations universitaires à peu de frais grâce à un concensius social mais engraisse ses congénères sans gêne et introduit à petit feu le principe d'utilisateur payeur frappant ainsi d'un second souffle et sans état d'äme les moins biens nantis.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 5 février 2016 20 h 08

      Ce projet n'est tout simplement pas bon,et ceci à tous points de vue. Le premier ministre le reconnaît tout simplement.

  • Gilles Théberge - Abonné 5 février 2016 15 h 58

    Qu'est ce qui se cache derrière cette décision

    Il y a anguille sous roche.

    À moins que ce ne soit une manoeuvre pour offrir de larges compensation à ces amis du parti libéral...

    • Benoit Thibault - Abonné 6 février 2016 09 h 00

      Ce qui ce cache derrière... ou devant?
      Le bien paraitre avec Anticosti mais le laisser aller avec le réglement sur la protection de l'eau potable RPEP du ministre Heurtel. Le 22 millions de litre s par puits sera sans doute semblablle sur le continent... à 500m d'une source d'eau potable!

      Il y a peut-être aussi un deal... laissé Anticosti et je laisse le RPEP tel quel. Bon deal n'est-ce pas? Surtout s'il y a une petite compensation financière.

  • P. Raymond - Inscrit 5 février 2016 16 h 42

    Monsieur Couillard,

    Peut-on savoir ce que vous désirez pour le Québec duquel vous êtes premier ministre en titre ? Devenir roitelet-châtelain d'une île d'Anticosti protégée environnementalement et jumelée à une Île Jersey fiscalement protégée ou développer sainement tout le Québec, protéger sainement tout le Québec, ses villes, ses régions,son environnement, son économie des prédateurs financiers et environnementaux qui n'ont cure que de le souiller et d'en tirer profit.

    RSVP

  • Christian Montmarquette - Abonné 5 février 2016 16 h 46

    Pour plaire à ses chums de chasse

    Je ne crois pas deux secondes à la conscience écologiques de ces voyous du Capital.

    Ou bien, y'a pas une cenne à faire avec ça.

    Ou bien Couiilard s'est fait avertir par ses chum de chasse de ne pas gâcher leur party.

    - CM

  • Michel Lebel - Abonné 5 février 2016 17 h 26

    Bravo!

    Bonne décision de protéger le milieu naturel qu'est Anticosti. Je dis bravo.

    M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 février 2016 09 h 32

      Pour qu'Anticosti redevienne vraiment un milieu naturel, faudrait en retirer tous les cerfs de Virigine, qui sont une espèce introduite. J'imagine que nos riches chasseurs seraient beaucoup moins enclins à protéger l'ile dans ces conditions.

    • Michel Lebel - Abonné 6 février 2016 12 h 42


      @ Sylvain Auclair,

      Anticosti a toujours été une balloune électorale pour les partis politiques. Comme Gros-Cacouna. Que le gouvernement Couillard revienne ici sur sa décision, je dis tant mieux. Mieux vaut tard que jamais. Enfin s'il y a trop de cerfs à Anticosti, qu'on les tue tout simplement. Je ne pleurerai pas!

      M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 février 2016 15 h 15

      Ce que je voulais dire, c'est que, naturellement, il n'y aucun cerf à Anticosti.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 février 2016 17 h 16

      Je crois qu il faut etre naif pour croire ce PM Couillard qui parle au travers de son chapeau sans vision que celui d enrichir ses copains de ces compagnies de petrole.AUCUNE TRANSPARENCE. Groupe de ministres plus faibles les uns que les autres. Quelles vraies affaires. J-P.Grise