Québec ne peut pas stopper l’exploration pétrolière sur Anticosti, affirme Pétrolia

Il est ainsi prévu de mener trois forages avec fracturation dans le but de confirmer le potentiel d’exploitation pétrolière commerciale sur l’île d'Anticosti.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Il est ainsi prévu de mener trois forages avec fracturation dans le but de confirmer le potentiel d’exploitation pétrolière commerciale sur l’île d'Anticosti.
Même si le gouvernement Couillard semble vouloir tourner définitivement le dos à l’exploration pétrolière sur Anticosti, Pétrolia poursuit la préparation des forages avec fracturation prévus cette année. Selon ce que la pétrolière a signifié lundi au Devoir, le contrat signé par le gouvernement ne lui permettrait d’ailleurs pas de se retirer avant cette étape des travaux financés à majorité par l’État.

 

Le Devoir révélait samedi que Québec est allé jusqu’à solliciter des appuis de groupes environnementaux et de scientifiques afin de soutenir sa propre opposition à la poursuite des travaux d’exploration sur l’île d’Anticosti. « Moi, je n’en veux pas de développement des hydrocarbures sur Anticosti », avait d’ailleurs signifié le premier ministre Philippe Couillard, en décembre dernier. Des propos qu’il n’a pas hésité à répéter par la suite.

Pétrolia ne l’entend toutefois pas ainsi. « À notre connaissance aucun droit de retrait n’est prévu au contrat et pour nous, la règle de droit s’applique à tous, y incluant au gouvernement du Québec », a fait valoir lundi en fin de journée le président-directeur général de l’entreprise, Alexandre Gagnon.

En décembre dernier, Pétrolia avait même affirmé son intention de faire respecter « intégralement » le contrat qui oblige l’État à investir près de 57 millions de dollars dans la recherche de pétrole et de gaz de schiste sur l’île. Est-ce que l’entreprise envisage des recours ou des interventions dans le but de faire respecter le contrat signé avec le gouvernement ? « Jusqu’à preuve du contraire, le programme se poursuit et le contrat continue de s’appliquer », a répondu lundi M. Gagnon, par voie de courriel.

« En l’absence d’indications contraires de Ressources Québec, mandataire du gouvernement du Québec le programme d’exploration prévu au contrat se poursuit », a-t-il également précisé. Selon le calendrier élaboré par Hydrocarbures Anticosti, et dont le gouvernement est actionnaire à 35 %, les travaux doivent se poursuivre en 2016.

Trois forages en 2016

Il est ainsi prévu de mener trois forages avec fracturation dans le but de confirmer le potentiel d’exploitation pétrolière commerciale sur l’île. Les documents disponibles sur le site de la société en commandite indiquent cependant que des « travaux supplémentaires » pourraient toutefois être nécessaires avant de statuer sur une éventuelle production commerciale à grande échelle.

Avant de réaliser les forages prévus en 2016, il faudra toutefois obtenir le certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement du Québec, en plus de coordonner l’arrivée des équipements et du personnel.

En tant que partenaire dans Hydrocarbures Anticosti, le gouvernement du Québec pourrait être pris pour investir encore des centaines de millions de dollars pour l’exploration, puis pour l’exploitation d’un hypothétique gisement, au cours des prochaines années.

Or, des études commandées par le gouvernement Couillard dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique portant sur Anticosti mettent en lumière des risques financiers et environnementaux significatifs liés à l’exploitation de pétrole et de gaz sur l’île. L’étude Avantages et désavantages concurrentiels de l’exploitation des hydrocarbures au Québec, menée par le Canadian Energy Research Institute, soulève carrément des questions sur la rentabilité de l’exploitation. Le document souligne ainsi que le coût de production du pétrole pourrait dépasser les 95,50 $ par baril, ce qui rendrait l’extraction tout simplement non rentable.

Des milliards en infrastructures

Qui plus est, l’étude insiste sur les coûts élevés des infrastructures qui seraient nécessaires pour exploiter le pétrole et le gaz. À titre d’exemple, le transport du gaz de schiste supposerait à lui seul des dépenses estimées entre sept et dix milliards de dollars.

Il importe en outre de souligner que la décision sur une éventuelle exploitation, avec ce que cela comporte d’investissements, pourrait devoir être prise d’ici deux ans, soit avant le déclenchement des prochaines élections.

Qu’il s’agisse de gaz ou de pétrole, l’exploitation sur Anticosti nécessiterait de procéder à de la fracturation. Une étude menée pour évaluer les besoins en eau estime que chaque forage consommerait près de 22 millions de litres d’eau. Or, seules deux zones de l’île pourraient répondre aux besoins en eau de l’industrie, et seulement à raison deux ou trois forages simultanés. L’étude suggère donc d’évaluer la possibilité de puiser de l’eau directement dans le golfe du Saint-Laurent.

Plusieurs composés jugés « toxiques » sont ajoutés à cette eau de fracturation, rappelle une étude environnementale gouvernementale. Or, « plusieurs informations sur la persistance dans les milieux aquatiques, la bioaccumulation dans les organismes aquatiques ou la toxicité quant à ces organismes sont manquantes pour de nombreux composés susceptibles d’être utilisés comme intrants de fracturation ». Et il n’existe aucune structure sur Anticosti pour traiter cette eau.

17 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 1 février 2016 19 h 48

    Quels arrogants

    Depuis quand un état souverain n'a pas préséance sur les différents corps intermédiaires va-t-il falloir se doter d'une armée pour qu'ils comprennent qu'un état a préséance sur les véléités des individus, quel arrogance, qu'attend le gouvernement pour saisir les équipements et laisser les tribunaux leur faire comprendre qu'elles sont les pégrogatives d'un état

    • J-Paul Thivierge - Abonné 2 février 2016 22 h 33

      Comme il est écrit que le gouvernement du Québec est à 35 % dns ce contrat Comme il en reste pour 30 M$ pour avoir respecter le contrat, je propose que le Québec donne 20 M$ à Pétrolia . les chasse de l,île avec leurs foreuses et ferme ce dossier d'exploitation inutile et du passé .
      On passe à la transition énergétique et on fait d'Anticosti un lieu de tourisme rentable et unique en Amérique.

  • Christian Montmarquette - Abonné 1 février 2016 20 h 03

    Une loi rétroactive


    C'est bien nos supers écolos péquistes qui avaient engagé ce contrat avec Pétrolia en 2014.

    Et l'engagement n'ayant pas été rendu public, on ne sait pas s'il était doté d'une clause de désistement; ce qui devrait être normalement le cas dans tout contrat de cet envergure. Quoi qu'il en soit, si le gouvernement veut se désengager, il pourrait même le faire à l'aide d'une loi rétro-active.

    Après tout, Jacques Parizeau lui-même n'avait-il pas déclaré un jour, qu'un gouvernement pouvait tout faire, sauf changer un homme en femme?

    Christian Montmarquette

    Référence :

    «Les contrats signés par le gouvernement péquiste de Pauline Marois avec Pétrolia et Corridor Resources n’ont jamais été rendus publics. » - Le Devoir

    http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

    .

    • Lucien Cimon - Abonné 2 février 2016 11 h 02

      Votre obsession anti Parti Québécois devient lassante pour le public qui vous endure.
      Jugez donc ceux qui manigance actuellement pour se faire du capital politique ou des profits financiers sur notre dos, et, exercez votre jugement à l'égard de votre argumentaire: ça devrait vous occuper longtemps!
      Lucien Cimon

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 février 2016 18 h 10

      «Votre obsession anti Parti Québécois devient lassante..» -Lucien Cimon

      Personnellement, c'est de remplacer les néolibéraux rouges du Parti libéral, par des néolibéraux bleus du PQ que je considère de plus en plus lassant.

      Et si vous trouvez mes commentaires si lassants..

      Rien ne vous oblige à les lire et à passer au suivant.

      À bon entendeur..

  • Marc Leclair - Inscrit 1 février 2016 20 h 26

    There will be blood

    On vient de se faire "forer" solidement! S'cusez le jeu de mot!

    Je commence à avoir un peu mal aux genoux. Le gouvernement se réveille un peu sur le tard, et qu'on ne vienne pas me dire que les cartes n'étaient pas brassées d'avance.

  • Carmen Labelle - Abonnée 1 février 2016 23 h 26

    Quelle arrogance. À ce que je sache, Anticosti nous appartient toujours et ce qui est dans le sol aussi. On ne leur demandait même pas un sou ( sauf quelques dollars sur le profit que cette entreprise ferait avec notre pétrole. Tout pays est souverain. Est-ce l'Argentine ou un autre pays d'Amérique du Sud qui a exproprié une pétrolière espagnole il y a quelques années?

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 février 2016 11 h 32

      Légalement et constitutionellement, vous avez raison. Maintenant, une fois que Québec a concédé le droit d'explorer et/ou d'exploiter, il devient mal venu de changer d'idée.

    • Marc Leclair - Inscrit 2 février 2016 20 h 01

      @ Sylvain Auclair, Québec oui, les Québécois non. Mais je suis d'accord avec vous.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 2 février 2016 08 h 01

    Un contrat, c'est un contrat

    Le contrat du gouvernement Marois permet d’acquérir la certitude absolue quant au potentiel énergétique de l’île. Finis les rumeurs à l’effet qu'Hydro-Québec a vendu la poule aux œufs d’or à Petrolia.

    Et si, contre toute attente, il est rentable d’exploiter l’ile, les citoyens du Québec obtiendront une part importante des profits qui, autrement, seraient détournés vers des paradis fiscaux.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 2 février 2016 09 h 35

      Il n'est pas juste du gouvernement Marois ce contrat, Philippe Couillard lui même se disait emballé par le projet et par les perspectives de la fracturation hydraulique...

      « Il faut noter l’aspect révolutionnaire - dans le terme réel du terme - de l’introduction de la fracturation. Ça a complètement changé le paysage énergétique mondial. Quand on dit que l’Amérique du Nord et les États-Unis vont être autosuffisants bientôt, cette découverte-là, ça change le monde. Alors oui, il faut viser l’électrification des transports, c’est une bonne idée […] mais il faut également regarder les autres choses que l’on peut faire pour diminuer notre dépendance au pétrole, par exemple avec un autre type d’hydrocarbures, comme le gaz naturel, qui est beaucoup mieux en termes d’émissions de gaz à effet de serre. »

      Le titre même de l'article du Devoir est éloquent

      «Le gaz et la fracturation hydraulique font rêver Couillard»

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/386005/le

      Comme vire-capot c'est difficile de faire mieux !

    • André Tremblay - Abonné 2 février 2016 15 h 23

      Combien de contrats nos gouvernements ont-ils signés comme celui-ci ? Des contrats signés en secret et où on se fait "forer" comme ça.
      Et nous les cochons payeurs de taxes, on est toujours les derniers à le savoir.